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IFN-gamma dans le syndrome hyper-IgE : vers une meilleure compréhension et un traitement de cette maladie rare ?

par Dr Arnaud Scherpereel

publié le  26 avril 2003

Le syndrome hyper-IgE (ou syndrome de Buckley) fait partie de ces maladies dites souvent orphelines car la rareté des patients atteints retarde souvent les avancées physiopathologiques et thérapeutiques pour ces pathologies. Un nouvel élément est ici apporté pour une meilleure compréhension de la maladie.

Insuffisance sélective de la sécrétion d’IFN-g chez les patients présentant un syndrome hyper-IgE. : R. Ito1, M. Mori1, S. Katakura1, N. Kobayashi1, T. Naruto1, Y. Osamura2, Y. Aihara1, S. Yokota1
1Department of pediatrics, Yokohama City University School of Medicine, Fukuura kanazawaku Yokohama city, Japan ; 2Department of pathology, Tokai University of Medicine, Bohseidai Isehara, Japan dans Allergy 58 (4), 329-336

- Introduction  :
* le syndrome d’hyper-immunoglobulines E (IgE) est un déficit immun complexe caractérisé par une dermatite chronique eczémateuse, des infections récurrentes à staphylocoque, des pneumatocèles, un chimiotactisme réduit des neutrophiles, et une fonction cellulaire T perturbée de manière variable.
* Quoique la production d’interféron-g (IFN-g) chez les patients présentant un syndrome hyper-IgE est soulignée et impliquée dans le chimiotactisme réduit des neutrophiles, le mécanisme précis de leur production inadéquate d’IFN-g reste inconnu.
* Pour élucider la pathogénie de la production diminuée d’IFN-g chez les patients présentant un syndrome hyper-IgE, nous avons évalué la production et la sécrétion d’IFN-g in vitro par les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMCs) de patients présentant un syndrome hyper-IgE.

- Méthodes : le chimiotactisme des neutrophiles, les taux d’ARNm de plusieurs cytokines, la production intracellulaire et la sécrétion extracellulaire d’IFN-g, d’interleukine-2 (IL-2), et d’IL-4 par les PBMCs de trois patients présentant un syndrome hyper-IgE ont été déterminés.

- Résultats :
* la transcription de l’ARNm de l’IFN-g et la production de sa protéine étaient normales.
* Cependant, il existait une insuffisance sélective de la sécrétion des molécules d’IFN-g chez les patients présentant un syndrome hyper-IgE.
* Une étude microscopique par laser confocal a clairement démontré l’accumulation intracellulaire de l’IFN-g chez les patients présentant un syndrome hyper-IgE.

- Conclusion : nous avons démontré qu’il existait une insuffisance sélective de la sécrétion des molécules d’IFN-g chez les patients présentant un syndrome hyper-IgE. Nous espérons que cette donnée pourra offrir un nouveau moyen pour comprendre cette maladie.

 Dr Arnaud Scherpereel

Commentaire de l'auteur :

Parmi les nombreux paramètres immunologiques étudiés in vitro dans les cellules mononucléées sanguines de patients présentant un syndrome hyper-IgE, il a été mis ici en évidence une insuffisance sélective de la sécrétion des molécules d’IFN-g.

Les données antérieures et récentes avaient surtout souligné la balance perturbée des cytokines sécrétées par les lymphocytes T (CD4+) en faveur d’un profil Th2 responsable de la synthèse majorée d’IgE et de leurs taux sanguins élevés.

Ainsi, l’expression des gènes du transforming growth factor beta (TGF-Béta) et de l’interféron gamma dans les cellules T activées circulantes est réduite (Br J Haematol 2003 Apr ;121(2):324-331) favorisant un taux d’Il-4 proportionnellement trop élevé qui induit la synthèse d’IgE.

L’ expression élevée d’IL-13 dans les lymphocytesCD4+ de patients présentant un syndrome hyper-IgE pourrait aussi pour part induire les taux élevés d’IgE chez ces sujets (Clin Exp Immunol 2002 Jun ;128(3):532-7).

Dans les formes familiales de la maladie, il a aussi été mis en évidence une altération de la balance des cytokines Th1/Th2 (Neth J Med 2002 Oct ;60(9):349-53).

Que nous apporte donc la conclusion du présent article ? Peut-être une raison du déséquilibre de la balance des cytokines sécrétées par les lymphocytes T (CD4+) en faveur d’un profil Th2. En effet, l’orientation de cette balance dépend pour part de « l’atmosphère » en médiateurs produits par les cellules mononucléées (monocytes, macrophages) sanguines par exemple lors d’un agression infectieuse.

Ainsi, si les cellules des sujets atteints sont incapables de relâcher l’IFN-g (médiateur pro-Th1) produit, elles favorisent une orientation Th2 des lymphocytes et donc une synthèse d’IgE.

De plus ce déficit en IFN-g diminue la réponse anti-infectieuse non-spécifique (cellules natural killer …). Associé au déséquilibre de la balance des cytokines sécrétées par les lymphocytes T (CD4+) en faveur d’un profil Th2, le déficit en IFN- pourrait être impliqué dans la physiopathologie des infections récurrentes et de l’eczéma chronique caractéristiques de cette maladie.

Ce nouvel élément est également un argument supplémentaire pour proposer l’apport d’IFN (alpha) comme traitement possible (en alternative à la corticothérapie et autres immunosuppresseurs) des formes sévères du syndrome hyper-IgE, dont plusieurs observations ont rapporté une efficacité potentielle (ex : Bol Asoc Med P R 2000 Apr-Aug ;92(4-8):59-62).

Pour mémoire, les formes bénignes du syndrome hyper-IgE, souvent associées à des taux très élevés d’IgE, ne requièrent aucun traitement spécifique.

référence :

http://www.allergique.org/article1100.html


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