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Test de provocation orale à l’arachide : la moitié des « joueurs » sont gagnants !

par Dr Alain Thillay

publié le  17 juillet 2003

Quel est le devenir d’un allergique à l’arachide ? C’est une question récurrente que se pose l’allergologue dans sa pratique quotidienne Ici, les auteurs de cette étude pratiquent un suivi de patients allergiques à l’arachide qui, dans le cadre d’une étude antérieure, avait subi test de provocation orale et mesure des IgE spécifiques de l’arachide.

Évolution naturelle de l’allergie à l’arachide : résolution et possibilité de récurrence. : David M. Fleischer, MDa Mary Kay Conover-Walker, MSN, RN, CRNPa Lynn Christie, MS, RD, LDb A. Wesley Burks, MDb Robert A. Wood, MDa From the aDepartment of Pediatrics, Johns Hopkins University School of Medicine and the bDepartment of Pediatrics, University of Arkansas for Medical Sciences and Arkansas Children’s Hospital. dans JACI July 2003 • Volume 112 • Number 1

- CONTEXTE.
* Il est bien connu que l’allergie à l’arachide est un problème qui évolue sur la vie entière.
* Nous avons précédemment rapporté qu’environ 20% des enfants voient disparaître leur allergie à l’arachide et que plus de 60% des patients ayant un taux d’IgE spécifiques de l’arachide de classe 5 ou inférieure réussissent le test de provocation orale (pas de réaction lors de ce test).

- OBJECTIF. Le but de cette étude était de mieux décrire l’évolution naturelle de l’allergie à l’arachide en revoyant des patients qui avaient subi un test de provocation orale à l’arachide lors de la précédente étude.

- MÉTHODES.
* Nous avons proposé un test de provocation à l’arachide à des patients ayant des taux d’IgE spécifiques de l’arachide de classe 5 ou inférieure.
* Ceux qui le réussissaient étaient explorés plus avant par questionnaire évaluant la réintroduction de l’arachide dans leur régime alimentaire et si des récurrences étaient apparues.

- RESULTATS.
* Quatre-vingt quatre patients ont été évalués, et 80 participaient à l’analyse complète.
* Cinquante-cinq pour cent de ceux ayant des taux d’IgE spécifiques de l’arachide de classe 5 ou moins et 63% de ceux ayant des taux de classe 2 ou inférieure réussissaient le test de provocation, comparés à l’étude précédente qui donnaient des résultats respectifs de 61% et de 67%.
* Les quatre patients additionnels qui réussissaient le test de provocation dans cette étude alors qu’ils avaient subi un échec dans la précédente étude.
* Trois patients ayant eu des réactions anaphylactiques initiales et 2 patients des taux initiaux d’IgE spécifiques supérieurs à 70 réussissaient leur test de provocation.
* Le suivi de ceux qui réussissaient le test de provocation (pas de réaction) dans les deux études montrait que la majorité des patients réintroduisaient l’arachide dans leur alimentation, mais qu’ils continuaient à lire les étiquettes, à limiter ou à manger le moins souvent possible de l’arachide, et à avoir une aversion pour l’arachide qui est un trait commun à cette population.
* Deux patients ont été suspectés de réactions ultérieures à l’arachide après avoir réussi leur test de provocation.

- CONCLUSIONS. Les patients ayant des antécédents d’allergie à l’arachide et des taux d’IgE spécifiques de classe 5 ou inférieure ont au moins 50% de chance de voir disparaître leur allergie. La récurrence de l’allergie à l’arachide est possible mais ne semble pas très commune.

 Dr Alain Thillay

Commentaire de l'auteur :

Il s’agit d’une étude de suivi. Des patients allergiques à l’arachide précédemment évalués lors d’une étude sont réévalués dans les mêmes conditions. Il était pratiqué lors des deux études la mesure du taux des IgE sériques spécifiques de l’arachide et un test de provocation orale à l’arachide.

Les patients sont divisés en deux groupes : un groupe dont les IgE sont de classe 5 ou inférieure et un groupe de classe 2 ou inférieure. Ensuite ces patients subissaient le challenge oral.

Les résultats du test de provocation orale négatif sont stables à distance, respectivement de 61 et 67% lors de la première étude, et, 55% et 63% lors de la seconde.

A noter que 4 patients qui passaient avec succès le test de provocation avaient réagi lors de l’étude précédente. A retenir aussi que 3 patients ayant eu des réactions anaphylactiques initialement et 2 ayant des taux d’IgE spécifiques de l’arachide supérieurs à 70 passaient avec succès le test de provocation orale.

Il paraît intéressant de noter que la plupart des patients gardent une aversion pour l’arachide mais que visiblement ils pratiquent l’autotest de réintroduction à doses faibles tout en surveillant la composition des aliments.

Enfin, dernier point important, sur l’ensemble des patients ayant réussi le test de provocation orale, seuls deux d’entre eux ont fait des réactions ultérieurement.

Ainsi, selon cette étude, un patient allergique à l’arachide sur deux ayant des IgE spécifiques de l’arachide de classe 5 ou inférieure verra disparaître leur allergie avec un risque de récurrence faible.

Il n’y a pas grand chose à ajouter, si ce n’est de constater que l’examen diagnostique majeur de l’allergie à l’arachide reste le test de provocation orale.

Les auteurs me confortent dans l’idée que les allergiques alimentaires font de façon « raisonnable » des tentatives de réintroduction eux-mêmes sans attendre l’avis du médecin.

référence :

http://www.allergique.org/article1377.html


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