Enregistrer au format PDF

Asthme dans les services d’urgence anglais : my god !!!

par Dr Stéphane Guez

publié le  20 juillet 2003

Les patients asthmatiques font une grande confiance aux services des urgences pour les prendre en charge correctement lors d’une crise. Cette prise en charge débute bien entendu par une évaluation du degré de sévérité de la crise, évaluation qui conditionne le traitement. Cette évaluation est-elle bien réalisée ?

Les départements des urgences sont encore peu performants dans l’évaluation de la gravité des crises d’asthme. : S Harvey1, L Forbes2, D Jarvis2, J Price3 and P Burney2
1 Intensive Care National Audit and Research Centre, London, UK
2 Department of Public Health Sciences, Guy’s, King’s and St Thomas’ School of Medicine, London, UK
3 Department of Child Health, Guy’s, King’s and St Thomas’ School of Medicine
dans Emerg Med J 2003 ; 20:329-331

- Objectif de l’étude : Quantifier le recueil de données sur les signes vitaux des enfants qui se présentent aux départements des urgences pour une crise d’asthme, afin d’évaluer si les indicateurs de sévérité sont utilisés correctement.

- Méthodes :
* Les données de tous les enfants, qui se sont présentés pour le traitement d’une crise d’asthme dans les 4 services des urgences de Londres sur une période de 3 mois, concernant la fréquence cardiaque, le débit mètre de pointe, la saturation en oxygène et la fraction inspiratoire d’oxygène, ont été collectés.
* Les relations entre les indicateurs de sévérité et le devenir de l’enfant (admission ou non) ont également été étudiées.

- Résultats :
* Il y a eu 255 consultations sur 229 enfants.
* La fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire et la saturation en oxygène ont été enregistrées chez la plupart des enfants consultants (94.5%, 85.5% et 96.8%).
* Mais la fraction inspiratoire en oxygène et le débit mètre de pointe n’ont été enregistrés que chez peu d’enfants (48.6% et 48.5%).
* La fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire sont plus élevées et la saturation en oxygène est plus basse chez les enfants qui sont hospitalisés que ceux qui ne le sont pas.

- Conclusions  : L’évaluation de l’obstruction bronchique est mal adaptée aux enfants, mais lorsqu’elle est correctement effectuée, elle est utile pour guider le devenir : hospitalisation ou non. Il est donc nécessaire de prévoir des formations pour améliorer l’évaluation du degré de sévérité de l’état respiratoire des enfants qui se présentent aux services des urgences pour une crise d’asthme.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Dans ce travail, les auteurs démontrent que les services d’urgences de Londres ne savent pas correctement évaluer la gravité d’une crise d’asthme de l’enfant car ils ne pratiquent qu’une fois sur 2 un débit mètre de pointe et une mesure de la fraction inspiratoire d’oxygène.

Heureusement ce travail est anglais et concerne les anglais de Londres. Mais enfin on peut se demander si ces données ne seraient pas les mêmes en France. Il serait ainsi intéressant de faire un tour dans tous les services d’urgences et regarder simplement s’il existe un débit mètre de pointe accessible avec des embouts adaptés aux enfants.

Malgré cela il faut temporiser le caractère ombrageux de ce travail, car les mesures des fréquences cardiaque et respiratoire ainsi que la saturation artérielle en oxygène ont été réalisées chez presque tous les patients, et il s’agit de bons indicateurs de sévérité de l’asthme.

D’autre part un patient en crise ne peut pas souffler correctement surtout s’il panique, et le fait de faire un effort expiratoire va aggraver son asthme.

Il n’est donc pas forcément utile de lui faire une mesure du débit de pointe, qui va confirmer un syndrome obstructif sévère, et permettre de savoir qu’il est 12h à midi.

Mais pour les crises d’asthme peu sévères il s’agit d’un bon indicateur de gravité.

référence :

http://www.allergique.org/article1384.html


Dans la même rubrique

Le patient n’a plus besoin de médecin : intérêt d’un auto-questionnaire sur l’asthme., Dr Stéphane Guez
Dans ce travail, les auteurs ont démontré qu’un score d’appréciation de la qualité de vie dans l’asthme qui a été validé par le collège des allergologues américains et qui est largement (...)
L’asthme, c’est pas dans la tête !, Dr Alain Thillay
Je me pose souvent cette question : « Pourquoi l’asthme, fait-il l’objet de tant de questions ayant trait à la psychologie, à l’affectif ? » La question la plus souvent posée par (...)
Anxiété et dépression majorent les risques d’asthme aigu., Dr Isabelle Bossé
Tous les autres éléments intervenant de façon pertinente dans la dégradation aiguë de l’asthme ayant été pris en compte, l’état anxieux et dépressif des patients majore le risque de (...)
Asthme sévère : qui ? quand ? comment ? pourquoi ?, Dr Hervé Couteaux
Pour cette étude bien ciblée, qui ne s’est intéressée qu’à certains facteurs de risque préalablement suspectés, c’est l’intolérance à l’aspirine qui est le facteur le plus corrélé à la (...)
Manger et siffler , ne pas manger et respirer : un choix à faire très tôt dans la vie ! !, Dr Stéphane Guez
Décidément il faut être dans la norme si on ne veut pas être menacé par toutes les malédictions de la terre. Il est curieux de constater qu’un « beau bébé » est plus à risque de (...)