Enregistrer au format PDF

Faut il réhabiliter le lait de soja chez les enfants allergiques aux protéines du lait de vache ?

par Dr Dominique Marchand

publié le  10 août 2003

Sachant qu’il existe un débat sur la place des laits infantiles à base de protéines de soja qui pourraient constituer une alternative pour l’alimentation des enfants allergiques au lait de vache, une équipe de pédiatres polonais a étudié la prévalence de l’allergie au soja dans une population d’enfants tous allergiques au lait de vache.

Prévalence de l’allergie au soja chez les enfants allergiques au lait de vache : Szaflarska-Szczepanik A, Gasiorowska J. Katedra i Klinika Pediatrii, Alergologii i Gastroenterologii, Akademia Medyczna, ul. M. Sklodowskiej-Curie 9, 85-094 Bydgoszcz, Poland. dans Med Wieku Rozwoj. 2003 ;VII(2):243-248.

En raison de données contradictoires sur la prévalence de l’allergie au soja dans la population pédiatrique, les recommandations pour l’utilisation de lait à base de cette protéine sont ambiguës.

-  But de l’étude : estimer la prévalence de l’allergie au soja chez les enfants porteurs d’une allergie IgE médiée au lait de vache.

- Population :
* 97 patients âgés de 6 mois à 4 ans avec une histoire personnelle suggérant une allergie alimentaire au lait de vache porteurs d’IgE spécifiques fréquentant le département de Pédiatrie, Allergologie et Gastro-entérologie, entre 2000-2002 furent étudiés.
* Des IgE spécifiques au soja furent recherchées chez tous les patients.

- Résultats :
* une allergie protéique au soja avec IgE spécifiques a été détectée chez 45% des enfants avec une allergie IgE médiée au lait de vache.
* Les manifestations cliniques dans les 2 groupes avec ou sans IgE spécifiques au soja étaient comparables.
* Des symptômes gastro-intestinaux ont été observés plus fréquemment chez les enfants avec une allergie au lait de vache et soja que chez les enfants avec une allergie au lait de vache seule (52% et 42% respectivement),
* une dermatite atopique a été observée plus souvent chez les enfants avec allergie au lait de vache que chez les enfants avec allergie au lait de vache et soja (81 et 74% respectivement).
* L’incidence des symptômes du tractus respiratoire était similaire dans les 2 groupes.
* Les différences n’étaient pas statistiquement significatives.

- Conclusion : il ressort de l’ensemble que la préférence se doit d’être accordée aux laits à base hydrolysats de protéines chez l’enfant en raison de la forte prévalence d’allergie à la protéine soja chez les enfants avec allergie au lait de vache avec IgE spécifiques.

 Dr Dominique Marchand

Commentaire de l'auteur :

Dans la mesure où 45% des enfants allergiques aux protéines du lait de vache possèdent des IgE spécifiques dirigées contre les protéines du soja, il paraît donc illogique de proposer l’alternative soja, même s’il existe une petite nuance clinique entre les enfants avec symptômes gastro-intestinaux ( plus d’allergie couplée lait -soja) ou dermatite atopique associée (moins d’allergie couplée).

La véritable alternative réside dans les hydrolysats de caséine ou même la diète élémentaire à base d’acides aminés essentiels dans les formes graves avec dénutrition et/ou réaction allergique aux quelques épitopes linéaires ayant résisté à l’hydrolyse, cf. l’article « Les tribulations d’un enfant italien allergique au lait de vache ».

Outre le sécurité allergènique pour un enfant allergique aux protéines du lait, il ne faut pas négliger la valeur énergétique de l’ aliment qui est voisine de 2000 KJ pour 100g de poudre à reconstituer pour un hydrolysât contre seulement 490 à 500 KJ pour les substituts à base de soja, donc gare à la dénutrition !

Le seul avantage du soja chez l’enfant sans doute à l’origine de sa large diffusion réside hélas dans son acceptabilité au niveau du goût contrairement aux hydrolysats, il faut le reconnaître.

Les auteurs ne précisent pas également s’il s’agit d’une réaction croisée ou associée lait de vache-soja et laissent donc la porte ouverte à une foule de travaux à venir sur l’existence d’épitopes communs, probablement linéaires plus que conformationnels, entre les différentes protéines du lait et du soja.

Beaucoup de progrès ont ainsi été réalisés dans le domaine de l’allergie aux protéines du lait de vache par l’étude des épitopes linéaires ou conformationnels.

Ainsi il n’est pas indispensable d’éviter de consommer des produits laitiers cuits aux enfants porteurs d’IgE dirigées contre les épitopes conformationnels qui sont désorganisés ou modifiés par la chaleur,cf. l’article « Un examen biologique pour déterminer la persistance ou non d’une allergie au lait de vache ».

Enfin, le fait de découvrir des IgE spécifiques contre une protéine (sensibilisation) n’est pas en soi suffisant pour affirmer une allergie à cette protéine faute d’un challenge réaliste en double aveugle contre placebo, Gold standard du diagnostic d’une allergie alimentaire, procédure qui est passée sous silence dans l’abstract.

référence :

http://www.allergique.org/article1415.html


Dans la même rubrique

Quand on y voit plus clair dans le TPO en double aveugle …, Dr Hervé Couteaux
Les auteurs de cette étude hollandaise ont mis en évidence qu’une faible dose seuil en DBPCFC était corrélée à un âge supérieur à 10 ans, des sIgE-arachide supérieures à 5,6kU/l et à (...)
Tagadas, dragibus, boules de gommes et badaboum., Dr Alain Thillay
Cette publication montre combien l’étude de cas est une exercice difficile. D’autant plus qu’elle touche ici le problème bien difficile de suspicion d’allergie à un additif (...)
Il est important de bien connaître sa géographie pour faire de bons diagnostics d’allergie alimentaire., Dr Alain Thillay
Les trophallergènes responsables d’allergie alimentaire ne sont pas les mêmes d’une région du monde à l’autre, d’une ethnie à l’autre. Cela implique que l’Allergologue ait une bonne (...)
Hello, y-a-t-il de la noisette dans des cookies sans noisette ?, Dr Alain Thillay
Cette étude qui nous vient d’Allemagne intéresse au plus haut point l’Allergologue. Elle permet de donner du sens à la fameuse mention que l’on retrouve sur maints produits de (...)
L’ambroisie a le melon depuis qu’elle a gagné la courge !, Dr Hervé Couteaux
Cette étude italienne, pilotée par Ricardo Asero, a mis en évidence que l’allergie au melon survenant chez des sujets polliniques à l’ambroisie était liée le plus souvent aux (...)