Enregistrer au format PDF

T’as pas froid aux bronches toi !

par Dr Philippe Carré

publié le  13 août 2003

Le froid et l’effort dans des conditions climatiques hivernales sont des facteurs reconnus d’hyperréactivité bronchique et/ou de symptômes respiratoires chez des sujets prédisposés. Les auteurs ont essayé d’en évaluer la prévalence par le biais d’un questionnaire auprès d’une population adulte vivant en climat froid.

Est-ce que vivre sous un climat froid ou faire du ski de loisir augmente le risque de maladie obstructive pulmonaire ou de symptômes ? : Kotaniemi JT, Latvala J, Lundback B, Sovijarvi A, Hassi J, Larsson K. Department of Pulmonary Medicine, Paijat-Hame Central Hospital, Lahti, Finland. jyrki.kotaniemi@phks.fi dans Int J Circumpolar Health. 2003 May ;62(2):142-57.

- Objectif. Les symptômes respiratoires et les maladies obstructives pulmonaires qui surviennent pendant l’effort ou par temps froid ont été analysés dans une grande étude par questionnaire postal auprès d’une population adulte vivant en climat froid.

- Le but de cette étude était de mesurer la prévalence d’essoufflement lors de l’effort (EE) ou par temps froid, et d’évaluer si le risque (odd ratio : OR) d’asthme, de bronchite chronique, ou d’essoufflement, pendant l’effort ou par temps froid, était affecté par le ski de randonnée de loisir, ou par le travail extérieur en climat froid.

- Résultats.
* Des 9737 personnes recrutées, 84% ont répondu ; 876 travaillaient en extérieur et 1497 étaient des skieurs de randonnée.
* Parmi les non-fumeurs, les asthmatiques avaient la prévalence la plus élevée d’EE par temps froid (78%-82%), mais les allergiques et les bronchitiques avaient aussi des taux de prévalence significativement plus élevés (22%-38% et 27%-59% respectivement) que les sujets sains (10%-19%).
* Dans toutes les catégories, la prévalence de l’EE était significativement plus élevée chez les fumeurs que chez les ex ou les non-fumeurs.
* L’analyse des facteurs de risque a montré des risques élevés de problèmes respiratoires chez ceux qui avaient une histoire familiale de maladie obstructive pulmonaire ou d’allergie.
* Les skieurs n’avaient pas un risque significativement élevé d’asthme ou de symptômes respiratoires.
* Parmi ceux qui travaillaient en extérieur, le risque d’EE par temps froid : OR :1.23 (intervalle de confiance IC :1.03-1.47) et de bronchite chronique : OR :1.77 (IC : 1.21-2.60) était plus élevé que parmi ceux qui travaillaient en intérieur.

- Conclusion. Le risque de bronchite chronique et de symptômes bronchiques était élevé chez ceux qui travaillaient en extérieur, mais pas parmi ceux qui faisaient du ski de randonnée régulier, et le risque d’asthme n’était pas significativement augmenté par l’exercice régulier ou par le fait de travailler dans un climat froid.

 Dr Philippe Carré

Commentaire de l'auteur :

Les patients qui étaient asthmatiques, allergiques ou bronchitiques, ceux qui avaient des antécédents de maladie respiratoire ou allergique familiale, et ceux qui fumaient avaient une prévalence élevée d’essoufflement à l’effort (EE) par temps froid, le taux le plus important étant retrouvé chez les asthmatiques.

Le risque était aussi plus élevé chez ceux qui travaillaient en extérieur par rapport à ceux qui travaillaient en intérieur.

Par contre, la pratique du ski de loisir ne s’accompagnait pas de symptômes plus importants.

L’apparition de symptômes respiratoires est donc reliée essentiellement au terrain individuel ou familial prédisposant.

L’exposition prolongée à des conditions extérieures de froid est aussi un facteur de risque, alors que le ski de loisir classique n’en n’est pas un.

Il semble donc que ce soit principalement les conditions de l’exposition au froid qui soient les plus importantes dans la prévalence des symptômes ; on peut rappeler à cet effet que plusieurs études ont montré que des athlètes exposés à des entraînements intensifs l’hiver, à des températures basses (comme les skieurs de fond nordiques) avaient une prévalence anormalement élevée d’hyperréactivité bronchique ; ces conditions extrêmes finissant par entraîner des altérations de la muqueuse respiratoire (abrasion de l’épithélium) favorisant la survenue de symptômes.

référence :

http://www.allergique.org/article1421.html


Dans la même rubrique

Dans l’asthme, tout est-il joué à un an ?, Dr Clément FOURNIER
Cette étude montre que l’évolution de la taille la première année de vie pourrait avoir une influence sur l’asthme = les enfants qui grandissent plus vite la première année de vie (...)
Un enfant asthmatique remue moins qu’un enfant non asthmatique : un nouvel espoir pour traiter les enfants hyperactifs ?, Dr Stéphane Guez
Les auteurs démontrent un lien entre diminution de l’activité physique et antécédents de wheezing ou de symptômes très évocateurs d’asthme dans l’enfance. Cependant il n’est pas (...)
Plus de soleil pour moins d’asthme ?, Dr Cécilia Nocent
Il s’agit d’une étude prospective cherchant l’existence d’un lien entre la carence en vitamine D chez des enfants et l’existence d’un asthme chez ces mêmes enfants. Les taux (...)
Tant qu’à faire de l’asthme autant attendre la retraite ! !, Dr Stéphane Guez
Cette étude indique que le pronostic fonctionnel de l’asthme sur le plan respiratoire dépend de la durée de l’affection et qu’un asthme qui débute tard a un meilleur pronostic qu’un (...)
USA : les écoles de l’asthme s’ouvrent à Internet , Dr Dominique Marchand
Le colloque singulier reste la pierre angulaire de la prise charge d’un patient asthmatique y compris d’age pédiatrique pour l’apprentissage des gestes tant pour une technique (...)