Enregistrer au format PDF

Latex en sous-cutané : plaidoyer pour un traitement sadomaso ou fétichisme allergologique ?

par Dr Stéphane Guez

publié le  31 août 2003

L’allergie au latex est un réel problème aussi bien parce que l’éviction de cette matière est parfois difficile dans certains métiers, mais également en raison des allergies croisées alimentaires qui y sont associées. Un traitement par désensibilisation classique est-il possible dans certains cas ?

Immunothérapie spécifique pour une allergie sévère au latex. : Pereira C, Pedro E, Tavares B, Ferreira MB, Carrapatoso I, Rico P, Loureiro G, Rodrigues F, Santos MC, Palma-Carlos AG, Chieira C. Immunoallergology Department, Coimbra University Hospital, Coimbra, Portugal dans Allerg Immunol (Paris). 2003 Jun ;35(6):217-25

- Objectif de l’étude :
* Les auteurs ont étudié 4 patients (3 femmes adultes et un garçon de 13 ans) ayant une allergie au latex.
* Tous avaient présenté une anaphylaxie lors d’un contact avec du latex ou lors de l’ingestion d’un aliment ayant une allergie croisée avec le latex.
* Les 3 femmes avaient présenté des manifestations cliniques sévères sur leur lieu de travail.
* Le jeune garçon était porteur d’un spina bifida avec des antécédents de 9 interventions chirurgicales et devait avoir d’autres opérations.

- Méthodologie :
* Un test positif en prick au latex, un taux positif d’IgE spécifiques au latex (Cap-RAST Pharmacia de classe 3 pour les femmes et de classe 4 pour le garçon) ont permis d’affirmer le diagnostic.
* Les 4 patients ont été traités par une immunothérapie spécifique avec des extraits aqueux (ALK-ABELLO) administrés par voie sous cutanée en milieu hospitalier selon une protocole de rush modifié.

- Résultats :
* Une dose d’entretien a été obtenue avec 0.35 g de protéine selon l’importance des réactions locales.
* Chez un patient, une dose plus forte a induit une réaction systémique 40 minutes après l’administration du traitement, et a cédé rapidement aux thérapeutiques symptomatiques.
* Un test de provocation avec des gants en latex a été réalisé 2 mois après le début de la désensibilisation, 2 femmes n’ont pas de symptômes et une autre a eu une réaction modérée de type rhino conjonctivite.
* Le garçon a pu avoir une intervention chirurgicale sans réaction allergique.
* Les auteurs ont également observé une diminution de la réactivité cutanée au prick test vis-à-vis du latex chez tous les patients.

- Conclusion : Les auteurs considèrent que la désensibilisation au latex par voie sous-cutanée est sans danger, bien tolérée et efficace en utilisant cette dose d’extraits allergénique.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Dans ce travail, les auteurs sont parvenus à désensibiliser au latex par voie sous-cutanée 4 patients ayant des antécédents allergiques sévères au latex. Cette désensibilisation a été bien tolérée et efficace avec négativation des tests de provocation et diminution des pricks au latex 2 mois après le début du traitement.

Ce travail est important car il ouvre des perspectives intéressantes dans la prise en charge de l’allergie au latex.

Le nombre de cas étudié est trop faible pour en tirer des conclusions définitives, mais il est intéressant de constater que cette désensibilisation est possible à condition de respecter certaines précautions.

Ce traitement a été conduit en milieu hospitalier pour une surveillance longue, et d’ailleurs un incident mineur est apparu 40 minutes après l’injection.

D’autre part l’importance de la réaction locale a guidé le choix de la dose du traitement d’entretien.

La négativité du test de provocation démontre l’efficacité de ce traitement, sans qu’il y ait eu un test de provocation initial permettant d’affirmer ce résultat.

Reste à savoir combien de temps il faut poursuivre ce traitement ? S’il peut réellement permettre par exemple d’exercer un métier nécessitant un contact permanent avec le latex ?

Il est vraisemblable que ce traitement sera uniquement à réserver à des patients devant subir de nombreuses interventions chirurgicales ou dans des indications très particulières car l’éviction restera la thérapeutique la plus sage et certainement la plus efficace à proposer pour la majorité des patients.

référence :

http://www.allergique.org/article1476.html


Dans la même rubrique

IEC et AA II = réaction croisée., Dr Alain Thillay
Dans la pratique quotidienne, j’ai vu des cas de toux persistante après substitution de l’IEC par un Sartans. On voit ici que l’expression de la réaction croisée entre ces deux (...)
Vous êtes allergiques à l’iode ? Ou allergique « aux allergiques à l’iode » ? , Dr Céline Palussière
Cette étude suisse évalue l’imputabilité de l’iode dans les réactions d’hypersensibilité aux produits de contraste iodés (PCI). Deux groupes de patients sont étudiés : ceux qui ont (...)
Time is money, donc, ne perdons plus de temps dans l’asthme à l’aspirine et advienne que pourra !, Dr Gérald Gay
Voici une étude qui laisse rêveur à plus d’un titre. Tout d’abord, l’analyse du vocabulaire utilisé dans cet article américain permet de mesurer l’avance intellectuelle prise dans (...)
Réactions adverses aux produits de contraste : identification, prévention et traitement., Dr Isabelle Bossé
D’abord savoir reconnaître les différents aspects que peuvent prendre ces réactions adverses, ensuite savoir les reconnaître tôt surtout chez des patients avec des facteurs de (...)
Allergie à la « Péni...ble », Dr Jean-Charles Bonneau
Voilà bien des tests réalisables en allergologie libérale sans risque à priori, mais cela n’est pas dit ! On peut toutefois regretter le manque de précisions quant à la (...)