Enregistrer au format PDF

L’invention du gratouillomètre.

par Dr Alain Thillay

publié le  10 février 2004

Le prurit est un symptôme fréquent dans la dermatite atopique. Avoir recours au prurit pour évaluer l’activité de la maladie, que cela soit en clinique ou dans les études, n’est pas possible car non objectif. Les auteurs, à l’aide d’un moyen original, tentent de rendre la mesure du prurit objective.

Développement d’une méthode objective de mesure du grattage utilisable cliniquement chez l’enfant souffrant de dermatite atopique. : Kenneth Benjamin, PhDa Karen Waterston, BAa
Margaret Russell, RGNa Olivia Schofield, FRCPEa Brian Diffey, PhDb Jonathan L. Rees, FMedScia

aSystems Group, Department of Dermatology, The University of Edinburgh, Edinburgh, United Kingdom
bDepartment of Medical Physics, The University of Newcastle, Newcastle, United Kingdom

dans JAAD January 2004 • Volume 50 • Number 1

- CONTEXTE.
Le prurit est un symptôme majeur des maladies cutanées et qui reste peu étudié.

- OBJECTIF et METHODE.
Nous avons eu recours à un accéléromètre digital porté par chaque membre et d’une vidéo infrarouge des patients utilisés comme référence, sur des enfants atteints de dermatite atopique et de sujets contrôles dans leur propre domicile la nuit.

- RESULTATS.

  • L’analyse des vidéo montre que le grattage nocturne et l’agitation sont plus complexes que ce que nous pouvions penser initialement, avec plusieurs mouvements potentiellement vulnérants au niveau cutané non conformes aux mouvements de grattage stéréotypés.
  • Les enfants atteints de dermatite atopique passaient en moyenne 46 minutes de moins de période d’inactivité ou de période de sommeil nocturne que les sujets du groupe de contrôle (468+/- contre 422+/-37, P<0,001).
  • Les enfants atteints de dermatite atopique avaient 2 à 3 fois plus de grattage ou d’agitation que les sujets contrôles, avec une petite corrélation entre les groupes (P<0,01).
  • Le grattage et l’agitation étaient hautement corrélés l’un à l’autre (0,94, P<0,01).
  • Le score à l’accéléromètre était hautement corrélé aux résultats de la vidéo (P>0,02, P<0,01, pour grattage, l’agitation et le temps de sommeil).
  • Les scores individuels des membres étaient hautement corrélés avec chacun d’eux (P approximatif 0,87-0,98), suggérant une perte d’information peu importante en ne mesurant qu’un seul membre.
  • Il existait une relation peu importante entre l’évaluation par les parents du grattage et la mesure objective de ce grattage.

- CONCLUSION.
L’accéléromètre procure un moyen pratique d’évaluer le grattage nocturne au domicile des patients et pourrait être utilisé en tant que mesure objective de l’activité de la maladie aussi bien dans les essais cliniques que dans la pratique clinique de tous les jours.

 Dr Alain Thillay

Commentaire de l'auteur :

L’accéléromètre digital est un petit dispositif que l’on fixe sur une surface dont on veut connaître la position ou les mouvements. Il est relié à un appareil qui enregistre les données, ce qui permet pour reprendre l’exemple de cette étude, de mesurer les types de mouvements et les périodes d’activité du ou des membres du patient.

D’après les résultats, il y a une perte non significative si un seul membre est équipé par rapport à l’équipement des quatre membres.

Globalement, l’étude montre qu’il y a corrélation entre grattage, agitation nocturnes et dermatite atopique.

Les eczémateux restent moins longtemps inactifs et dorment moins longtemps.

Enfin, fait très important, on ne note pas de corrélation entre l’évaluation parentale du grattage et la mesure objective à l’accéléromètre digital.

Il manque bien sûr dans cette étude, ce qui pourrait constituer le sujet d’une autre étude, à savoir la durée de grattage et de l’agitation chez des enfants atteints de dermatites atopiques en fonction de la gravité de la maladie.

Cette méthode semble effectivement être assez simple pour être utilisée dans le cadre d’essais cliniques.

Par contre en pratique quotidienne, il faudrait disposer d’accéléromètres digitaux miniaturisés autonomes.

Cela constituerait une sorte de holter d’enregistrement de l’activité prurigineuse.

référence :

http://www.allergique.org/article1952.html


Dans la même rubrique

Voilà un lien possible entre dermatite atopique et champignons !, Dr Céline Palussière
La flore cutanée normale est très diverse, avec présence de champignons, le plus souvent sans aucune manifestation pathologique. Ceux-ci sont toutefois soupçonnés d’être parfois (...)
Le figuier est souvent phototoxique mais pas seulement…, Dr Geneviève DEMONET
Une étude a été menée sur 47 patients ayant une photophytodermatose de contact au figuier. On a pratiqué des patch-tests puis des photo-patchs tests à l’aide de dilutions en série (...)
Mesdemoiselles : pour avoir de jolies mains, faites vous faire des piercings !, Dr Céline Palussière
Dans cette étude, les pratiques de près de 6000 adolescents suédois ont été étudiées, et leur association avec l’eczéma des mains a été recherchée. De plus, pour près de 4500 d’entre (...)
Rôle du bon « gras » chez le nourrisson à haut risque d’atopie., Dr Alain Thillay
L’acide Gamma-linolénique fait partie des acides gras essentiels. Cette publication montre que le fait d’enrichir l’alimentation du nourrisson avec l’acide Gamma-linolénique ne (...)
La dyshidrose c’est pas le pied, mais c’est le pied !!, Dr Stéphane Guez
Dans ce travail, les auteurs démontrent qu’il existe un lien fort entre dermatophytose plantaire et dyshidrose, alors qu’il n’y a as de lien avec les antécédents de dermatite (...)