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IgE totales : examen totalement utile ou totalement inutile ?

par Dr Stéphane Guez

publié le  12 février 2004

Une élévation des IgE totales est une constatation banale chez un patient atopique asthmatique, mais il est vrai que l’on ne sait pas très bien ce que signifie réellement ce taux élevé en terme de maladie atopique. Témoigne-t-il d’une sensibilisation, d’une inflammation bronchique, d’une altération des fonctions pulmonaires ?

Le taux des IgE totales et spécifiques du sérum reflète l’éosinophilie sanguine et la concentration de la fraction exhalée de NO, mais pas la fonction pulmonaire d’enfants asthmatiques sensibilisés aux acariens de la poussière de maison. : Oliviero Sacco1, Rosa Sale1, Michela Silvestri1, Laura Serpero1, Federica Sabatini1, Maria E Raynal1, Maurizio Biraghi2 and Giovanni A Rossi2

1Pulmonary Unit, G. Gaslini Institute, Genoa, Italy, 2Valeas S.p.A., Milan, Italy

dans Pediatric Allergy and Immunology 14 (6), 475-481

Bien que des taux élevés d’IgE soient considérés comme un marqueur des maladies atopiques, leurs significations cliniques pour évaluer les patients ayant une affection allergique sont encore débattues.

- Objectif de l’étude et méthode : Afin d’évaluer les relations possible entre le taux des IgE et un certain nombre de paramètres cliniques, 83 enfants ayant une asthme modéré (age moyen 10.98) et sensibilisés aux acariens de la poussière de maison (D ptéronyssinus et D farinae) ont été inclus dans cette étude.

- Résultats  :

  • En comparaison à des valeurs obtenues chez des enfants sains lors d’examens réalisés dans ce même laboratoire, les enfants ayant un asthme allergique ont des taux élevés d’éosinophiles sanguins (expression en pourcentage mais également en nombre absolu), et ont une élévation de la fraction exhalée de NO, mais des valeurs identiques en terme de fonction pulmonaire.
  • Dans cette population d’allergiques asthmatiques, les taux des IgE totales, mais également les taux d’IgE spécifiques sont corrélés de façon positive au taux des éosinophiles, de la fraction exhalée de NO, mais pas aux paramètres fonctionnels respiratoires.

- Conclusions :

  • Ainsi, des corrélations significatives, bien que modestes, ont été trouvées chez des patients asthmatiques et allergiques, entre le taux des éosinophiles, le taux des IgE et le NO mais pas avec la fonction respiratoire.
  • Les enfants atopiques sensibilisés aux acariens et ayant un asthme modéré ont un taux d’IgE total qui reflète les marqueurs systémiques de l’inflammation (éosinophilie sanguine et NO) mais pas les volumes pulmonaires ou le degré d’obstruction bronchique.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Chez 83 enfants asthmatiques atopiques, les auteurs démontrent que les taux des IgE totales et des IgE spécifiques sont corrélés de façon significative au taux des éosinophiles sanguins et au NO exhalé, donc aux marqueurs de l’inflammation systémique et locale, mais pas aux paramètres fonctionnels respiratoires.

Ce travail est très intéressant car il offre une deuxième chance à l’intérêt du dosage des IgE totales dans l’exploration d’un patient atopique.

Ce taux était de moins en moins demandé car sujet à de fortes variations en fonction en particulier d’infections diverses virales ou parasitaires, mais également parce que sa signification n’était pas claire.

Ce travail a donc le mérite de préciser l’intérêt d’évaluer ce taux car il semble directement corrélé au taux des éosinophiles sanguins et aux taux de la fraction exhalé de NO. Il témoigne donc de l’état d’inflammation systémique et local chez un enfant asthmatique et allergique.

La diminution de ce taux d’IgE totales pourrait donc signer une amélioration de la maladie atopique en terme d’inflammation.

Si on rapproche de ce travail les résultats d’études antérieures qui montraient que parallèlement à l’amélioration clinique de jeunes asthmatiques allergiques, il y a également une diminution du taux des IgE totales, on peut donc penser qu’on dispose avec le taux des IgE totales d’un marqueur important du suivi d’un enfant atopique.

Il faudrait donc confirmer ce travail pour remettre dans un deuxième temps au goût du jour ce dosage qui, il y a quelques années encore, était très demandé par les cliniciens. Maintenant, on sait de façon plus précise ce qu’il peut apporter et ce qu’il ne peut pas dire, en particulier en ce qui concerne la fonction pulmonaire.

référence :

http://www.allergique.org/article1957.html


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