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Bientôt des croquettes désensibilisantes pour les allergiques au chat.

par Dr Stéphane Guez

publié le  28 février 2004

La désensibilisation spécifique apparaît de plus en plus comme le traitement d’avenir de la maladie allergique. Après la voie sous-cutanée et sublinguale, de nombreux chercheurs travaillent sur la voie orale qui offre des avantages pratiques évidents. Mais peut-on contourner le problème de la destruction digestive des allergènes ?

Fabrication de microsphère d’allergènes encapsulés, avec des agglutinines de germe de blé, pour agir sur les entérocytes. : Walter F, Scholl I, Untersmayr E, Ellinger A, Boltz-Nitulescu G, Scheiner O, Gabor F, Jensen-Jarolim E.

Department of Pathophysiology, Medical University of Vienna, Waehringer Guertel 18-20, Vienna A-1090, Austria

dans Biochem Biophys Res Commun. 2004 Mar 5 ;315(2):281-7

- Objectif de l’étude : Les auteurs ont construits des particules pouvant permettre une immunothérapie orale dans l’allergie de type I, en protégeant les allergènes de la digestion et en permettant la capture intestinale des antigènes.

- Méthodologie :

  • Le pollen de bouleau a été encapsulé dans des microsphères poly(d,l-lactic-co-glycolic acid)) d’un polymère avec une technique permettant la fabrication de sphères de 1 à 4 micron.
  • Puis ces microsphères ont été liées à des agglutinines de germes de blé pour pouvoir se fixer d’une façon préférentielle sur les entérocytes.

- Résultats  :

  • Cette liaison n’a pas entraîné d’altération de la surface des microsphères comme cela a pu être vérifié par microscopie électronique.
  • Cette liaison aux agglutinines est spécifique et peut être inhibée par la chitotriose à 14.7+/- 6.9%.
  • Des quantités comparables d’allergènes ont été libérés par l’ensemble des microsphères avec 46.3% +/- 1.7% et 44.5% +/- 2.6% pendant 21 jours.
  • En mimant la digestion gastrique in vitro, l’antigénicité des allergènes encapsulés dans ces microsphères liées aux agglutinines est préservée à 59.8% +/- 1.5% même après 2 heures.
  • L’ingestion de ces particules par des souris BLAB/C induit la production de taux élevés d’IgG spécifiques des allergènes avec des taux plus élevés que des gavages par des microparticules non encapsulés.

- Conclusion : Les auteurs concluent que ces microsphères liées aux agglutines de blé sont des vecteurs possibles pour un délivrance orale et une action sur la muqueuse intestinale en raison de la bio adhésion entre agglutinines et entérocytes.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Les auteurs décrivent la mise au point de microsphères d’allergènes entourées d’une coque d’agglutinines, permettant respectivement la protection de l’allergène contre la digestion et l’accrochage des microsphères aux sommets des entérocytes. Chez la souris il y a alors induction d’un taux élevé d’IgG spécifiques anti-allergènes.

Ainsi il semble possible, avec une technique relativement simple, de fabriquer des microsphères d’allergènes ayant la capacité de protéger l’allergène de la digestion et de lui permettre de gagner facilement la paroi des entérocytes grâce à la propriété des agglutines de se lier aux entérocytes de façon plus efficaces que les lectines sur les résidus N-acetyl-glycosamine du mucus qui recouvre les cellules intestinales.

Cette association permet à l’allergène d’être délivré d’une façon plus importante au niveau des cellules digestives que lorsque les microsphères ne sont pas liées aux agglutinines.

L’ingestion de ces microsphères, comme le gavage avec des allergènes, induit la production d’IgG et non d’IgE, mais avec un taux beaucoup plus élevé lorsque l’allergène est encapsulé.

C’est donc l’accumulation d’allergènes à la surface de l’entérocyte qui permet la production d’IgG protectrices.

On voit immédiatement les perspectives thérapeutiques possibles qui résultent de l’application de ces données. A quand des produits de désensibilisation efficaces par voie orale ?

référence :

http://www.allergique.org/article1980.html


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