Enregistrer au format PDF

Banzaï sur le Staph !

par Dr Alain Thillay

publié le  9 avril 2004

De façon intuitive, les praticiens savent l’effet très bénéfique des macrolides dans le traitement des infections cutanées de la dermatite atopique. Déjà, de nombreuses publications confirmaient ce constat.
Cette étude japonaise tente d’en apporter la preuve.

Effets d’un antibiotique de la classe des macrolides, la Midécamycine, sur la réponse cytokinique Th2 induite par les productions de Staphylococcus aureus chez des patients souffrant de dermatite atopique. : Matsui K, Nishikawa A.

Department of Immunobiology, Meiji Pharmaceutical University, Kiyose, Tokyo 204-8588, Japan. kmatsui@my-pharm.ac.jp

dans J Interferon Cytokine Res. 2004 Mar ;24(3):197-201

- OBJECTIF.
Dans cette étude, les effets de la Midécamycine (MDM), appartenant à la classe des macrolides, sur la réponse cytokinique Th2 induite par les productions du Staphylococcus aureus, entérotoxine B staphylococcique, acide lipoteichoïque et peptidoglycane a été évaluée sur les cellules mononuclées du sang périphérique (CMSP) provenant de patients atteints de dermatite atopique (DA).

- RESULTATS

  • MDM a inhibé l’ARNm l’entérotoxine B staphylococcique induisant l’expression des cytokines Th2 Interleukine-4 (IL-4) et IL-5 sur les CMSP de patients atteints de DA.
  • De plus, MDM avait aussi un effet suppresseur sur l’expression de l’ARNm de l’acide lipoteichoïque et de l’ARNm de la peptidoglycane chez ces patients.
  • L’inhibition de l’expression de l’ARNm par la MDM était corrélée à la synthèse des cytokines dans les CMSP, indiquant que la MDM contrôle la production des cytokines Th2.
  • De plus, les Staphylococcus aureus isolés à partir des lésions cutanées des patients atteints de DA étaient particulièrement sensibles à la MDM comparativement à la Gentamicine qui est largement utilisée au Japon conjointement aux corticoïdes pour les applications en tant que topique cutané dans la DA.

Ces résultats suggèrent que l’administration de MDM sous forme de topique cutané pourrait être bénéfique dans le traitement des lésions de DA surinfectées par Staphylococcus aureus.

 Dr Alain Thillay

Commentaire de l'auteur :

Encore un article qui insiste sur l’intérêt du recours aux Macrolides dans le traitement des surinfections cutanées de la dermatite atopique.

Ici, le point abordé de façon précise concernant la Midécamycine est la démonstration faite de son action.

Les productions du Staphylocoque doré, l’entérotoxine B staphylococcique, l’acide lipoteichoïque et la peptidoglycane induisent les cytokines Th2 qui, elles-mêmes, favorisent la production des IgE.

La Midécamycine inhibe la production des ARNm présidant à la synthèse de ces trois productions du Staphylocoque doré.

Cette inhibition est corrélée à celle de la synthèse des cytokines du profil Th2.

Ces constatations suggèrent fortement, outre l’effet antibiotique, à priori supérieur à celui de la Gentamicine, que la MDM a effet anti-inflammatoire en rapport avec une inhibition de la synthèse des cytokines Th2.

Ainsi, en pratique quotidienne, traiter la surinfection cutanée d’un sujet atteint de dermatite atopique par ce Macrolide va permettre, d’une part, de lutter contre l’infection par effet antibiotique, et, d’autre part, lutter contre l’hyperactivité Th2 présente chez le sujet atopique aggravée par les productions du Staphylocoque doré par inhibition de la synthèse des cytokines du profil Th2.

Depuis au moins une vingtaine d’années, l’école angevine (Alfred Sabbah), certes sans apporter une preuve formalisée, enseignait l’efficacité des Macrolides sur les surinfections cutanées de la dermatite atopique.
A l’époque, le slogan était : les Macrolides, c’est la classe thérapeutique de l’atopique.

Il faut savoir toutefois que la Midécamycine mise sur le marché en 1978 a été supprimée il y a quelques années.

Je me souviens avoir ici même commenté un article concernant la Roxithromycine, autre Macrolide, concernant le traitement des infections cutanées de la dermatite atopique.

Il se trouve que j’utilise ce médicament largement dans cette indication pour le plus grand bonheur de mes patients qui voient leur infection cutanée guérir mais aussi diminuer l’état inflammatoire « basal » de leur peau.

Une petite remarque, à mon sens, c’est un crime de mettre sur une dermatite atopique un antibiotique, comme le font apparemment les japonais.
Le risque de sensibilisation, par cette voie, est vraiment grand.

Cet article confirme de façon pertinente le recours aux Macrolides dans le traitement des surinfections cutanées de la dermatite atopique.

Bien sûr, il ne faut pas pour autant oublier de pratiquer un bilan allergologique complet, particulièrement à la recherche d’une allergie alimentaire, surtout chez le tout petit.

référence :

http://www.allergique.org/article2067.html


Dans la même rubrique

DA et allergie aux acariens : voie injectable ou sublinguale ?, Dr Alain Thillay
Les auteurs turinois de cette étude prospective pilote non contrôlée en ouvert ont cherché à savoir si l’ITSL acariens domestiques montrait une efficacité sur la diminution du (...)
Les allergiques sont des coquins : après le latex, voilà qu’ils deviennent allergiques aux gants en PVC !, Dr Stéphane Guez
Dans ce travail, les auteurs présentent les résultats de patch-tests chez des patients présentant une suspicion d’allergie de contact aux gants en vinyle. A l’aide d’échantillons (...)
Un nouveau bazooka thérapeutique dans la dermatite atopique sévère : gare aux dégâts collatéraux !!, Dr Stéphane Guez
Dans ce travail clinique portant sur 2 patients présentant une dermatite atopique sévère, les auteurs démontrent que la leflunomide peut être une alternative thérapeutique (...)
Malassezia et DA : la mauvaise association !, Dr Alain Thillay
Le genre Malassezia rassemble des levures appartenant au groupe des Fungi imperfecti. Elles font partie de la flore commensale des humains. En situation normale, ces levures (...)
Allergie de contact professionnelle, du boulot pour l’allergo !, Dr Alain Thillay
Cette étude est d’origine australienne, sa lecture a déclenché chez moi quelques sourires. En effet, ma formation d’allergologue m’a appris que nous devons nous aider des produits (...)