Enregistrer au format PDF

La fée Créola traque les nourrissons siffleurs.

par Dr Philippe Carré

publié le  15 avril 2004

L’asthme est associé à une hypersécrétion glandulaire induisant une expectoration caractéristique qui peut être utilisée facilement comme marqueur d’inflammation. Les corps de Créola en sont un des témoins et cette étude a évalué si leur présence chez des nourrissons siffleurs pouvait prédire la survenue ultérieure d’un asthme.

La présence de corps de Créola chez les enfants siffleurs prédit le développement d’un asthme. : Yumi Yamada, Shigemi Yoshihara and Osamu Arisaka

Department of Pediatrics, Dokkyo University School of Medicine, Mibu, Tochigi Japan

dans Pediatric Allergy and Immunology 15 (2), 159-162.

- Contexte. On a montré que les corps de Créola (CC) étaient présents de façon spécifique dans les expectorations d’adultes asthmatiques et utiles cliniquement dans l’estimation de l’hyperréactivité bronchique, de façon corrélée aux niveaux de protéine cationique éosinophile de l’expectoration.

- But de l’étude.

  • Évaluer si les CC peuvent être détectés dans l’expectoration d’enfants siffleurs, et leur signification clinique dans le développement de l’asthme.

- Méthodes.

  • 23 nourrissons siffleurs, âgés en moyenne de 5.3 mois, ont été évalués.
  • La présence de CC dans l’expectoration était déterminée par la coloration de Papanicolaou.
  • Les enfants étaient divisés en deux groupes : CC+ et CC-.
  • De plus, a été étudiée la relation entre la présence de CC et les scores de symptômes d’asthme survenant pendant une période d’un mois après l’évaluation initiale.

- Résultats.

  • 1) Les CC ont été dépistés chez 15 des 23 (65%) enfants siffleurs ;
  • 2) les scores de symptômes d’asthme étaient significativement plus élevés dans le groupe CC+ que dans le groupe CC- (p< 0.001) ;
  • 3) chez les enfants présentant leur premier épisode de sifflements, les scores de symptômes d’asthme étaient aussi significativement plus élevés dans le groupe CC+ (p< 0.05).
  • De plus, l’asthme infantile était diagnostiqué pendant les deux années qui suivaient chez 12 (80%) des enfants du groupe CC+, mais aucun du groupe CC-.

- Conclusion. Cette étude suggère que les CC découverts dans l’expectoration d’enfants siffleurs peuvent être utilisés pour identifier l’évolution vers un asthme infantile ultérieur.

 Dr Philippe Carré

Commentaire de l'auteur :

La présence de corps de Créola était significativement retrouvée chez 2/3 des nourrissons siffleurs et les scores de symptômes d’asthme étaient plus élevés chez eux, qu’ils en soient à leur premier épisode de sifflements ou à plusieurs.

De façon plus caractéristique, 80% des enfants CC+ développaient un asthme dans les deux années suivantes, et aucun dans le groupe CC-.

La corrélation, dans les expectorations, entre les CC et le niveau de la protéine cationique éosinophile, connue comme un marqueur fiable de l’inflammation bronchique, confirme que les CC peuvent représenter un marqueur d’inflammation et donc d’hyperréactivité bronchique chez la majorité des enfants siffleurs, et servir de témoin du risque de développement ultérieur d’un asthme, permettant de mettre en place des mesures préventives.

La pertinence de cette donnée doit être confirmée dans des cohortes plus importantes, de même que sa faisabilité en pratique quotidienne chez les enfants siffleurs ; s’agit-il d’un marqueur plus intéressant que la protéine cationique ?

référence :

http://www.allergique.org/article2078.html


Dans la même rubrique

Avec ou sans nez rouge, l’enfant qui doit siffler sifflera !!, Dr Stéphane Guez
Dans ce travail très pratique les auteurs démontrent que les corticoïdes locaux par voie nasale ne permettent pas de diminuer la survenue d’épisodes de wheezing chez les enfants (...)
Faut-il se faire souffler dans les bronches une bonne fois ou à plusieurs reprises ?, Dr Alain Thillay
Dans la démarche diagnostic de tous les jours, les Allergologues ont du mal à intégrer le recours au test de provocation allergénique particulièrement au niveau des muqueuses (...)
L’asthmatique serait-il aussi métabolique ?, Dr Philippe Carré
Des études antérieures ont montré que le surpoids et l’obésité étaient des facteurs de risque d’asthme, aussi bien chez l’homme que chez la femme, avec un risque en gros multiplié par (...)
Crache test : la sécurité du diagnostic avant tout !, Dr Hervé Couteaux
L’éosinophilie constatée lors de l’examen cytologique d’une expectoration spontanée a permis de diagnostiquer un asthme chez 351 patients sur 481 (soit 73% des patients) alors que, (...)
Les phénotypes : il n’y a plus que ça de vrai, même dans la toux chronique., Dr Philippe Carré
La toux chronique idiopathique, définie comme une toux durant plus de 8 semaines, est source de nombreux problèmes diagnostiques, et l’inflammation sous-jacente des voies (...)