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Faut-il retarder la diversification pour la prévention primaire des maladies allergiques ?

par Dr Fabienne Rancé

publié le  22 avril 2004

Les recommandations pour la prévention primaire des allergies évoluent avec les données de la littérature. Certaines mesures sont fondées sur des données irréfutables. D’autres sont plus discutables. La dernière controverse est issue de l’article de Zutavern A et al. paru dans les Archives Disease of Childhood

L’âge d’introduction des aliments solides et la relation asthme - eczéma : A Zutavern1, E von Mutius1, J Harris2, P Mills2, S Moffatt2, C White2 and P Cullinan2

1 Dr von Haunersches Kinderspital (University Children’s Hospital) ; Lindwurmstr. 4, 80337 Munich, Germany
2 Department of Occupational and Environmental Medicine, Imperial College of Science and Technology (National Heart and Lung Institute), 1b Manresa Road, London SW3 6LR, UK

dans Archives of Disease in Childhood 2004 ;89:303-308

Les études scientifiques recommandent de retarder l’introduction des aliments solides pour la prévention de l’asthme et des allergies.

- Objectif : Analyser l’effet du retard d’introduction des aliments solides dans la protection du développement de l’asthme, de l’eczéma et de l’atopie.

- Méthode :

  • Il s’agit d’une étude de cohorte avec un suivi prospectif de 642 enfants recrutés avant la naissance par questionnaire dans la population générale.
  • Les enfants sont suivis jusqu’à l’âge de 5 ans ½.
  • Le terrain atopique est déterminé chez les parents ainsi que l’enfant (à l’âge de 5 ans et demi) par tests cutanés aux aéroallergènes (pollens, chat et acariens).
  • Un questionnaire établit la présence d’eczéma (diagnostic par un médecin) et de « wheezing » à l’âge préscolaire.
  • L’introduction des aliments solides est analysée rétrospectivement à l’âge de 1 an pour les fruits et légumes, le riz, les céréales, l’œuf, les produits lactés, le poisson et les viandes.

- Résultats :

  • L’introduction différée des aliments solides ne protège pas du wheezing à l’âge préscolaire ni de l’eczéma ou du wheezing transitoire.
  • Au contraire, en introduisant l’œuf tardivement,
    • le risque d’eczéma est multiplié par 1.6 (OR ajusté, IC95% 1.1 - 2.4),
    • le risque du wheezing préscolaire multiplié par 1.5 (OR ajusté, IC95% 0.92 - 2.4).
  • L’introduction différée du lait multiplie le risque d’eczéma par 1.7 (OR ajusté, IC95% 1.1 - 2.5).
  • Les auteurs n’ont pas observé de corrélation significative entre le nombre d’aliments introduits et le développement de manifestations atopiques chez l’enfant.
  • De même, ils n’ont pas relevé d’association statistique entre l’allaitement maternel exclusif pendant 8 semaines et le devenir.

- Conclusion : Les résultats de l’étude ne militent pas en faveur d’une prévention du développement de l’asthme et des allergies en différant la diversification.

 Dr Fabienne Rancé

Commentaire de l'auteur :

La conclusion formulée par les auteurs est qu’il n’existerait pas d’arguments pour promouvoir la prévention des allergies en différant la diversification.

Les comités scientifiques des pédiatres européens et américains préconisent de retarder la diversification à l’âge de 4-6 mois. Néanmoins, nous disposons de peu d’études concernant l’efficacité d’un retard de la diversification sur la prévention du développement des maladies allergiques.

Il est démontré que le nouveau-né a un statut immunitaire favorable au développement des allergies ; il n’est donc pas logique de le mettre en contact précocement avec de multiples allergènes alimentaires.

Les allergies alimentaires représentent la première manifestation de l’atopie chez le nourrisson. La période 0 - 6 mois est propice pour le développement des allergies alimentaires.

La variable allergie alimentaire n’est pas prise en compte par Zutavern et al. L’étude de Zutavern et al. démontre plus l’absence d’intérêt de prolonger un apport lacté exclusif que l’absence d’effet protecteur d’un retard de la diversification. Il convient aussi de souligner que Zutavern et al. n’ont pas montré d’associations délétères entre une diversification retardée et le développement des manifestations atopiques pour les aliments autres que le lait et l’œuf.

L’étude de Zutavern et al. s’ajoute aux données conflictuelles concernant l’efficacité des mesures de prévention primaire. Elle démontre aussi la nécessité d’avoir des études de cohorte méthodologiquement bien conduites (randomisées, contrôlées et prospectives) pour analyser correctement les mesures de prévention à long terme.

référence :

http://www.allergique.org/article2093.html


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