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C’est facile de « monter » des bronches au nez pour tout soigner avec le « montelukast » !!

par Dr Stéphane Guez

publié le  12 novembre 2005

L’asthme est une affection multifactorielle avec un lien de causalité réciproque très étroit entre le nez et les bronches. Il faut donc agir sur ces 2 sites de l’inflammation allergique pour une meilleure efficacité et une épargne des corticoïdes inhalés. Le montelukast a-t-il cette double action sur les bronches et le nez ?

Effets du montelukast sur les symptômes de rhinite chez les patients ayant un asthme et une rhinite allergique saisonnière. : George Philip ; Anjuli S. Nayak ; William E. Berger ; Francisque Leynadier ; France Vrijens ; S. Balachandra Dass ; Theodore F. Reiss

dans Current Medical Research and Opinion Volume : 20 Number : 10 Page : 1549 — 1558

- Objectif de l’étude :

  • Le but de ce travail a été d’évaluer le traitement par montelukast 10 mg par jour pour traiter une rhinite allergique, chez des patients ayant une rhinite allergique symptomatique et un asthme actif, durant la saison pollinique.

- Méthodologie :

  • Il s’agir d’une étude multicentrique portant sur 881 patients (age : de 15 ans à 85 ans), ayant :
    • une sensibilité à des allergènes saisonniers,
    • des symptômes de rhinite allergique saisonnière
    • et un asthme actif.
  • Après une période en simple aveugle avec un placebo pendant 3 à 5 jours, les patients ont été randomisés en 2 groupes :
    • l’un avec 10 mg de montelukast (n=415)
    • et l’autre groupe avec un placebo (n=416)
  • pendant 2 semaines, en double aveugle pendant la période de traitement actif.
  • Objectifs principaux : Le score quotidien de symptômes de rhinite, la moyenne de jours symptomatiques nasal et de symptômes nocturnes et une appréciation quotidienne globale par le patient sur une échelle de 0 à 3.

- Résultats :

  • Le montelukast réduit le score quotidien symptomatique sur le plan nasal avec une différence entre montelukast et placebo par rapport à la moyenne de - 0.12 (IC95% : -0.18 à -0.06, p<0.001).
  • Une amélioration identique est observée :
    • sur le score quotidien des symptômes nasaux (-0.14, IC95% : -0.21 à -0.07, p<0.001)
    • et sur le score symptomatique nocturne (-0.10 [-0.16, -0.04 ; p ≤ 0.001]).
  • Des améliorations (p<0.05) sont également observées pour :
    • les symptômes quotidiens oculaires
    • et sur les objectifs secondaires comme les évaluations globales de la rhinite allergique par les patients et par les médecins ainsi que sur le score de qualité de vie de la rhino conjonctivite.
  • L’analyse montre une amélioration des symptômes de rhinite numériquement plus importante (bien que non statistique) chez les patients ayant un asthme plus sévère au début de l’étude.
  • Le montelukast entraîne une amélioration de l’échelle d’évaluation globale de l’asthme par les patients et par les médecins : la différence en moyenne est de -0.24 (-0.41 à -0.06, p<0.008), et de -0.17 (-0.33 - -0.01, p<0.037).
  • De façon similaire, le recours au béta2 mimétique courte durée d’action est réduit sous montelukast (p<0.005).

- Conclusion :

  • Le montelukast entraîne une amélioration significative des symptômes de la rhinite allergique, tout en entraînant une amélioration bénéfique de l’asthme, chez des patients ayant à la fois une rhinite et un asthme.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Dans ce travail multicentrique réalisé pendant la saison pollinique, les auteurs démontrent que le montelukast réduit la symptomatologie nasale et oculaire, appréciée aussi bien sur les scores symptomatiques que par les scores de qualité de vie, tout en réduisant la symptomatologie asthmatique et le recours aux Béta2mimétiques.

Ce travail est très intéressant et important en pratique quotidienne.

En effet il est maintenant bien admis et démontré que les patients asthmatiques ont dans plus de 85% des cas une rhinite associée. Méconnaître cette rhinite est un facteur d’aggravation de l’asthme. N’agir que sur le versant bronchique pour améliorer la symptomatologie asthmatique serait donc une erreur et il est indispensable de prendre en charge correctement la rhinite associée avant d’augmenter la pression thérapeutique au niveau bronchique.

L’idéal est bien entendu de proposer des traitements permettant à la fois de contrôler la muqueuse nasale et la muqueuse bronchique puisque le mécanisme physiopathologique sous jacent est le même : une inflammation secondaire post allergique immédiate.

Le montelukast est le seul antileucotriène disponible actuellement en France. Cette nouvelle classe thérapeutique potentialise au niveau bronchique l’action des corticoïdes locaux et a un effet broncho-protecteur en particulier de l’asthme d’effort. Mais ce médicament administré per os et agissant par voie sanguine devrait agir également au niveau nasal.

Cette étude démontre qu’il y a bien une action bénéfique avec une réduction significative des scores symptomatiques de rhinite, de jour comme de nuit, ainsi qu’une diminution des symptômes oculaires avec une bonne amélioration de la qualité de vie tout en ayant un effet bénéfique sur l’asthme.

Il s’agit donc d’une molécule permettant un traitement global de la maladie asthmatique à la fois dans son expression bronchique et dans son expression nasale.

référence :

http://www.allergique.org/article2906.html


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