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Asthme après dermatite atopique, c’est pas automatique !!

par Dr Alain Thillay

publié le  27 septembre 2007

Jusqu’alors nombre d’études laissaient penser que la majorité des nourrissons et des jeunes enfants souffrant de dermatite atopique deviendrait asthmatique dans l’enfance. Dans cette revue méthodique, ces auteurs néerlandais analysent les études prospectives de cohorte après être passées au crible de critères d’éligibilité exigeants.

Risque du développement de l’asthme chez de petits enfants atteints d’eczéma atopique : revue méthodique. : Annelies E. van der Hulst, MDa, Helen Klip, PhDb, Paul L.P. Brand, MD, PhDa

a Princess Amalia Children’s Clinic, Isala Klinieken, Zwolle, The Netherlands
b Department of Epidemiology and Biostatistics, Isala Academy, Isala Klinieken, Zwolle, The Netherlands

dans JACI Volume 120, Issue 3, Pages 565-569 (September 2007)

- Introduction :

  • Il est habituel de croire que la majorité des nourrissons et des petits enfants atteints précocement d’eczéma atopique développera de l’asthme dans l’enfance.
  • Cette croyance est principalement basée sur des études de population en section croisée.
  • Une étude récente suggère un rapport plus complexe entre eczéma précoce et asthme.

- Objectif :

  • Cette revue méthodique a été conduite afin d’évaluer le risque de développer de l’asthme chez des enfants atteints d’eczéma atopique durant les 4 premières années de vie.

- Méthodes :

  • Une recherche précise a été effectuée pour identifier toutes les études prospectives de cohorte sur le sujet.
  • En retenant les rapports d’éligibilité, nous avons calculé le risque de développer l’asthme à 6 ans ou plus chez des enfants ayant eu de l’eczéma atopique dans les 4 premières années de la vie.

- Résultats :

  • Treize études prospectives de cohorte ont été incluses, dont 4 études de cohorte de naissance et 9 études de cohorte d’eczéma.
  • L’Odds Ratio (OR) pour le risque d’asthme après eczéma, comparé aux enfants sans eczéma, dans les études de cohorte de naissance était de 2,14 (IC de 95%, 1,67-2,75).
  • La prévalence de l’asthme à l’âge de 6 ans dans les études de cohorte d’eczéma était de 35,8% (IC de 95%, 32,2% à 39,9%) pour les patients hospitalisés et de 29.5% (IC de 95%, 28,2% à 32,7%) pour un groupe combiné de patients hospitalisés et de patients ambulatoires.

- Conclusion :

  • Bien qu’il y ait un plus grand risque de développer l’asthme après eczéma précoce dans l’enfance, seulement 1 sur 3 des enfants eczémateux développe de l’asthme ultérieurement pendant l’enfance.
  • C’est inférieur à ce qui avait été précédemment évoqué.

- Implications cliniques :

  • Nos résultats doivent avoir des conséquences importantes pour conseiller les patients présentant de l’eczéma atopique et à leurs parents.

 Dr Alain Thillay

Commentaire de l'auteur :

Pour comprendre cette étude, il faut revenir à quelques définitions.

La dermatite atopique est une dermatose inflammatoire chronique associée à l’atopie.

L’atopie est, elle-même, caractérisée par sa propension à réagir aux antigènes communs de l’environnement par les IgE.

Cette coexistence de deux phénotypes ouvre la discussion.

Pour certains, la dermatite atopique n’est qu’une maladie inflammatoire chronique mais n’est pas une maladie allergique à IgE. Ainsi, les sensibilisations retrouvées chez ses patients par les tests cutanés n’impliqueraient pas obligatoirement leur rôle dans la dermatite atopique.

Pour d’autres, tout est lié, dermatite atopique et atopie. Ce lien serait constant pour expliquer la maladie, par exemple, le rôle des allergies alimentaires.

Pour l’asthme, même chose, il s’agit d’une maladie chronique inflammatoire des bronches dont le facteur allergique IgE dépendant est prépondérant chez l’enfant.
Toutefois, ici le lien asthme et allergie parait plus net.

Dans cette étude de revue méthodique, les auteurs montrent que si, effectivement, il existe bien un lien évolutif entre dermatite atopique et asthme de l’enfant, il n’est pas aussi flagrant que ce que laissaient supposer nombres d’études antérieures.

Les auteurs ont analysé en tout 13 études prospectives de cohortes longitudinales qui, nous le savons, sont plus productives pour décrire l’évolution en fonction de facteurs de risques potentiels.

Ces études sont donc plus précises et ramènent à la « raison » les résultats plus grossiers d’études antérieures probablement transversales ou cas-contrôles.

Ce travail est donc intéressant et primordial pour comprendre combien il est difficile de faire la part des choses.

L’avenir nous dira sans doute les rapports plus précis qu’il existe entre IgE et dermatite atopique. Une manière de se dire que l’allergologie est vraiment une science formidable, nous en apprenons tous les jours et ce n’est pas fini…

En tous cas, comme l’indiquent les auteurs, la relation reste suffisamment forte pour mettre en place des mesures préventives autour de l’enfant atteint de dermatite atopique. Oui, mais là, il y a l’hypothèse de l’hygiène qui pointe son nez, alors….

référence :

http://www.allergique.org/article3437.html


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