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Montre-moi ton taux de cortisol, je te dirai qui est ta mère.

par Dr Philippe Carré

publié le  25 janvier 2010

Le phénotype asthmatique dépend de facteurs génétiques et environnementaux, parmi lesquels le stress psychologique maternel, qui a été rapporté comme facteur associé au développement de sifflements et d’asthme dans l’enfance. Les auteurs ont émis l’hypothèse d’une relation avec les taux de cortisol en réponse au stress.

Diminution des taux de cortisol chez les enfants asthmatiques exposés à des épisodes récurrents de stress maternel psychologique à la naissance. : Lisa C. Dreger, MAa, Anita L. Kozyrskyj, PhDbcf, Kent T. HayGlass, PhDd, Allan B. Becker, MDc, Brian J. MacNeil, PhDe

a Department of Psychology, Faculty of Arts, University of Manitoba, Winnipeg, Manitoba, Canada

b Department of Community Health Sciences, Manitoba Center for Health Policy, University of Manitoba, Winnipeg, Manitoba, Canada

c Department of Pediatrics and Child Health, University of Manitoba, Winnipeg, Manitoba, Canada

d Department of Immunology, Faculty of Medicine, University of Manitoba, Winnipeg, Manitoba, Canada

e School of Medical Rehabilitation, University of Manitoba, Winnipeg, Manitoba, Canada

f Department of Pediatrics, Faculty of Medicine and Dentistry, University of Alberta, Edmonton, Alberta, Canada

dans JACI Volume 125, Issue 1, Pages 116-122 (January 2010)

- Contexte :

  • Des données sont en faveur d’une association entre l’exposition à un stress maternel et le développement d’asthme dans l’enfance, entre l’exposition à un stress maternel et une augmentation de la réponse du cortisol chez les enfants, et entre l’asthme dans l’enfance et une diminution de la réponse du cortisol.

- Objectif :

  • Etudier l’association entre les taux de cortisol chez l’enfant et les facteurs prédictifs combinés d’exposition à un stress maternel, et l’asthme infantile.

- Méthodes :

  • Les taux sériques de cortisol ont été mesurés à l’âge de 7 à 10 ans, en relation au statut asthmatique et à l’exposition à un stress maternel, dans un échantillon représentatif d’enfants (n=503) nés en 1995
  • Les données de l’état de santé et des prescriptions de médicaments étaient recueillies
  • Le stress maternel était défini par le diagnostic médical d’un épisode dépressif ou anxieux, ou une histoire de prescription de médicaments liés à un tel épisode dans les données de santé de la mère
  • Le statut asthmatique des enfants était déterminé par l’examen de 2 pédiatres allergologues.

- Résultats :

  • L’analyse de régression linéaire multiple a montré que l’exposition à un stress maternel limité à la première année de la vie était prédictive de taux élevés de cortisol chez les enfants, quel que soit le statut asthmatique (> de 40% d’augmentation)
  • Une interaction significative a été mise en évidence dans le groupe des enfants exposés à un stress maternel au-delà de la période post-natale, telle que l’absence d’asthme prédisait une augmentation du cortisol de 25.9%, et la présence d’asthme prédisait une diminution de 5.2% du cortisol
  • Les taux de cortisol étaient plus bas dans les asthmes atopiques avec hyperréactivité bronchique.

- Conclusion :

  • Parmi les enfants exposés à un stress maternel récidivant, une élévation des taux de cortisol apparaît en réponse à un stress aigu quand il n’y a pas d’asthme associé, alors qu’en comparaison les enfants asthmatiques tendent à avoir des taux de cortisol plus bas.

 Dr Philippe Carré

Commentaire de l'auteur :

Dans cette étude chez 503 enfants, ceux qui ont été exposés à un stress maternel pendant leur première année de vie répondent à un stress aigu par une augmentation des taux de cortisol, indépendamment de leur statut asthmatique.

Chez ceux exposés à un stress maternel récurrent et qui n’ont pas d’asthme, on note une augmentation de 26% des taux de cortisol, alors que ceux ayant de l’asthme répondent à un stress aigu par une baisse de 5.2% des taux de cortisol.

Ces données confirment un risque augmenté d’asthme de l’enfance en cas d’exposition à un stress maternel persistant, et sont en faveur d’une association entre les taux de cortisol infantiles et le statut asthmatique selon l’exposition à un stress maternel.

Elles sont aussi en faveur du rôle possible de l’exposition précoce au stress maternel dans la diminution de l’activité de l’axe hypothalamo-hypophysaire (AHH), qui a déjà été rapportée dans les maladies atopiques. Cette modification de l’AHH pourrait être liée à une diminution de la sensibilité des récepteurs stéroïdiens induite par un stress chronique.

Le fait que les enfants exposés au stress maternel après l’âge de 1 an avaient des taux de cortisol, en réponse à un stress aigu, comparables aux enfants n’ayant pas été exposés, par contraste avec ceux ayant été exposés pendant leur première année, soulève l’hypothèse que la modification de la réponse au stress pourrait être secondaire à une altération précoce de la maturation du système immunitaire.

Cette étude permet donc de conclure que l’exposition à un stress maternel au tout début de la vie était associée, à l’âge scolaire, à une sécrétion de cortisol, en réponse à un stress aigu, qui diffère selon la présence d’une maladie asthmatique, les enfants asthmatiques répondant avec des taux abaissés de cortisol.

Ceci confirme les hypothèses en faveur de l’influence du stress maternel et de l’environnement social et familial sur le développement de l’asthme chez les enfants.

référence :

http://www.allergique.org/article3951.html


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