Enregistrer au format PDF

Céphèmes, pénèmes et réactivité croisée sans peine, amen.

par Dr Stéphane Guez

publié le  6 décembre 2010

Hypersensibilité à IGE aux céphalosporines : réactivité croisée et tolérance des pénicillines, monobactames et carbapénèmes. : Antonino Romano, Francesco Gaeta, Rocco Luigi Valluzzi, Cristiano Caruso, Gabriele Rumi, Philippe Jean Bousquet

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - November 2010 (Vol. 126, Issue 5, Pages 994-999, DOI : 10.1016/j.jaci.2010.06.052)

- Introduction :

  • Il n’y a que peu d’études portant sur la réactivité croisée et la tolérance des pénicillines, aztréonam et carbapénèmes au sein d’un groupe important de patients présentant une allergie aux céphalosporines.

- Objectif de l’étude :

  • Les auteurs ont étudié la possibilité d’utiliser des pénicillines, monobactames et carbapénèmes chez des sujets allergiques aux céphalosporines et qui en avaient particulièrement besoin.

- Matériel et Méthodes :

  • Il s’agit d’une étude prospective portant sur 98 patients consécutifs qui ont présenté des réactions immédiates (jusqu’au choc anaphylactique) aux céphalosporines et qui ont eu des tests cutanés positifs pour ces médicaments.
  • Pour évaluer la réactivité croisée aux pénicillines, monobactames et carbapénèmes ainsi que la tolérance à de telles bétalactames alternatives, tous les patients ont eu :
    • des tests cutanés,
    • et un dosage des IgE spécifiques avec :
      • des pénicillines
      • aussi bien que des tests avec aztréonam, imipénème/cilastatine et méropénem.
  • Les patients avec des résultats négatifs ont eu un test de réintroduction de méropénem, imipénème/cilastatine, aztréonam et amoxicilline.

- Résultats :

  • Des résultats positifs à l’exploration allergologique ont été notés chez 25 patients (25,5%), dont 1 patient positif à toutes les molécules testées et un autre avec une positivité seulement pour l’aztréonam.
  • Un autre patient avait des résultats positifs à la fois pour la ceftazidime et aztréonam.
  • Une réaction aux céphalosporines ayant des chaines latérales similaires ou identiques avec celles de la pénicilline est un facteur prédictif de réactivité croisée avec un risque multiplié par 3 d’avoir une exploration allergologique positive avec les déterminants pénicilline.
  • Les tests de provocation avec des bétalactames alternatives ont été bien tolérés à l’exception d’une réaction urticarienne avec imipénème/cilastatine.

- Conclusion :

  • Environ 25% des patients ayant une allergie aux céphalosporines auront de résultats positifs avec les pénicillines, 3.1% avec aztréonam, 2% avec imipénème/cilastatine et 1% avec méropénème.
  • Chez ceux qui ont particulièrement besoin d’un traitement alternatif par des bétalactames, des tests cutanés avant traitement sont conseillés car des résultats négatifs indiquent une tolérance aux bétalactames concernées.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Ce travail prospectif a étudié les réactivités croisées aux autres bétalactames chez des patients ayant un diagnostic certain d’allergie IgE aux céphalosporines.

Il existe 25% de réaction croisées avec les pénicillines mais peu de réactions avec les autres bétalactames.

Ce travail est très intéressant pour la pratique quotidienne.

Il existe 4 sous-classes de bétalactames :

  • les pénèmes (pénicillines),
  • les carbapénèmes (imépénème-cilastatine, méropénem et ertapénem),
  • le monobactame (aztreonam)
  • et enfin le céphèmes (céphalosporines de 1°, 2° et 3° génération).

Les auteurs ont donc testé chez tous les patients allergiques aux céphèmes les autres bétalactames.

Il existe une réactivité croisée dans 25% des cas avec les pénicillines, donc inversement 75% des patients tolèrent les pénicillines.

Les autres bétalactames sont bien supportées par 95% des patients : on peut donc en première intention chez des patients authentiquement allergiques aux céphèmes, prescrire aztréonam ou imipénème-cilastatine et méropénème, soit une carbapénème ou un monobactame.

Les auteurs confirment par ailleurs que la probabilité d’avoir une réaction croisée céphèmes/pénèmes s’observe surtout lors de la sensibilisation aux céphalosporines de 1ère génération qui ont des chaînes latérales proches ou similaires des pénicillines (chaines proches : cefalotine, cefamandole et identiques : cefaclor, cefalexine, cefatrizine).

Il n’y a pas de réaction croisée avec les pénicillines pour les céphalosporines de 3° génération.

Dans tous les cas, les auteurs recommandent donc un bilan allergologique chez les patients ayant présenté une hypersensibilité immédiate aux céphalosporines pour leur prescrire une alternative thérapeutique de la famille des bétalactames.

référence :

http://www.allergique.org/article4140.html


Dans la même rubrique

Le réseau qui fait peur aux malades : faut-il encore accepter de prendre des médicaments ?, Dr Stéphane Guez
Ce travail rapporte les résultats des déclarations de réactions anaphylactiques sévères au réseau national d’Allergo-vigilance de 2002 à 2010. Il précise les manifestations sévères le (...)
Pénicillines sans risque : enfin le bonheur pour les allergiques !!, Dr Stéphane Guez
Les auteurs ont étudié la réalité de l’allergie croisée entre céphalosporines et pénicillines lors d’une allergie initiale à une céphalosporine. Ils démontrent que cette réactivité est (...)
La cefazoline risque de perdre sa note triple A !!!, Dr Stéphane Guez
Les auteurs ont étudié et précisé la réalité d’une allergie à la cefazoline chez des patients investigués selon les critères définis par la société européenne d’allergie. Sur 10 (...)
Quand on est tétanisé, on s’en souvient au moins cinq ans., Dr Philippe Carré
Les réactions allergiques IgE-dépendantes au vaccin anti-tétanique sont exceptionnelles. A partir de 4 cas, les auteurs montrent que l’allergie est bien en rapport avec l’AT et (...)
Procès en perspective pour les parents des allergiques à la pénicilline : mise en évidence d’une prédisposition génétique !!, Dr Stéphane Guez
Dans ce travail, les auteurs démontrent qu’il existe un lien entre allergie à l’aspirine et polymorphisme génétique 589T de l’IL4 avec une association significative selon le type (...)