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Pas de blé pour les sportifs, ça pourrait être dangereux.

par Dr Céline Palussière

publié le  7 novembre 2011

Valeur diagnostique du taux sérique d’IgE spécifiques pour l’oméga-5 gliadine du blé chez les adultes atteints d’anaphylaxie induite par le blé. : Han-Jung Parka, Joo-Hee Kimb, Jeong-Eun Kimc, Hyun-Jung Jina, Gil-Soon Choid, Young-Min Yea, Hae-Sim Parka

aDepartment of Allergy and Clinical Immunology, Ajou University School of Medicine, Suwon,
bDivision of Pulmonary, Allergy, and Critical Care Medicine, Department of Medicine, Hallym University Sacred Heart Hospital, Hallym University School of Medicine, Anyang,
cDepartment of Internal Medicine, Samsung Changwon Hospital, Sungkyunkwan University School of Medicine, Changwon, and
dDepartment of Allergy, Kosin University Gospel Hospital, Pusan, Korea

dans Int Arch Allergy Immunol 2012 ;157:147-150 (DOI : 10.1159/000327549)

- Contexte :

  • Le blé est un allergène alimentaire important, associé à des réactions allergiques sévères, dont l’anaphylaxie au blé induite par l’effort (ABIE) et l’anaphylaxie induite par le blé (AIB).
  • Pour le diagnostic de ABIE, il est nécessaire de pratiquer un test de provocation à l’effort après ingestion de blé, ce qui est chronophage et dangereux.
  • L’allergène oméga-5 gliadine a été identifié comme un allergène majeur dans l’ABIE et l’AIB.
  • Nous avons évalué la valeur diagnostique des taux d’immunoglobulines E (IgE) sériques vis à vis du blé chez des patients adultes souffrant de ABIE ou AIB.

- Méthodes :

  • Au total 27 patients ont été sélectionnés et classés en deux groupes selon la sévérité de leurs réactions allergiques pour le blé.
  • Les IgE sériques spécifiques du blé et de l’oméga-5 gliadine ont été mesurées grâce au système ImmunoCAP.
  • Pour évaluer la valeur diagnostique, les courbes ROC ont été produites.

- Résultats :

  • Le groupe 1 incluait 17 patients ayant des antécédents d’anaphylaxie et le groupe 2 incluait 10 patients ayant une dermatite atopique ou de l’urticaire.
  • Les taux d’IgE spécifiques sériques pour le blé étaient augmentés chez 47% des sujets du groupe 1 et chez 100% du groupe 2.
  • Cependant tous les patients du groupe 1 avaient des IgE spécifiques sériques pour l’oméga-5 gliadine positifs, alors que seuls 20% des patients du groupe 2 avaient des taux élevés.
  • Afin d’identifier la meilleure valeur diagnostique, une transformation logarithmique des taux d’IgE spécifiques pour l’oméga-5 gliadine du blé a été calculée, avec une valeur seuil à 0,3.
  • Sur ces critères, nous avons trouvé une spécificité et une sensibilité de 100%.

- Conclusion :

  • Cette étude confirme que le taux d’IgE sérique de l’oméga-5 gliadine du blé peut être un marqueur utile pour le diagnostic de ABIE et AIB.

 Dr Céline Palussière

Commentaire de l'auteur :

L’anaphylaxie au blé est une entité rare mais potentiellement sévère, dont il existe des formes associées à l’effort. Le diagnostic est parfois difficile, reposant sur la clinique et les tests cutanés, plus rarement les tests de provocation.

L’allergologie moléculaire apporte aussi de précieuses informations, grâce à la mise en évidence d’un allergène fréquemment en cause dans l’anaphylaxie au blé : l’oméga-5 gliadine.

Cette étude cherche à évaluer les performances diagnostiques d’un taux d’IgE positives pour cet allergène.

L’oméga-5 gliadine est une protéine issue du gluten, elle fait partie des protéines de stockage du blé comme toutes les gliadines et les gluténines. Sa responsabilité dans les anaphylaxies au blé induites par l’effort est connue depuis une dizaine d’années maintenant. Le dosage de Tri a 19 est disponible en pratique courante.

Les auteurs ont recherché les taux d’IgE spécifiques pour l’oméga-5 gliadine chez 27 sujets souffrant d’allergie au blé : 17 personnes souffrant d’anaphylaxie et 10 patients souffrant de dermatite atopique ou d’urticaire.

Il est intéressant de relever que seuls la moitié des patients souffrant d’anaphylaxie au blé avaient des IgE positives pour le blé, alors que tous étaient positifs pour l’oméga-5 gliadine. Il s’agit donc d’un allergène majeur dans cette pathologie, tout au moins dans le groupe observé.

Le manque de sensibilité du test global au blé dans le « groupe anaphylaxie » pourrait reposer sur le manque d’hydrosolubilité de certaines protéines, et en particulier des protéines de stockages. Celles-ci seraient donc sous-représentées dans l’extrait global. Le test d’IgE réactivité vis à vis de l’oméga-5 gliadine présente donc de meilleures performances diagnostiques dans l’anaphylaxie au blé.

L’atopie n’est pas un facteur de risque reconnu pour l’anaphylaxie au blé. Les deux groupes étudiés ici correspondent à deux entités différentes, bien que reposant sur le même produit allergisant, le blé. Dans le cas de dermatite atopique ou d’urticaire, le test global du blé est meilleur : seulement 20% d’entre eux avaient des IgE spécifiques positives pour l’oméga-5 gliadine.

Cette étude confirme donc des données déjà connues, mais a le mérite de souligner la nécessité de savoir ce que l’on cherche avant de prescrire des tests biologiques. Il est important de cibler ses demandes d’IgE spécifiques en fonction de la pathologie recherchée.

référence :

http://www.allergique.org/article4313.html


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