Enregistrer au format PDF

Mourir d’une septicémie ou devenir asthmatique : le choix cruel des nouveau-nés !

par Dr Stéphane Guez

publié le  8 janvier 2014

Exposition aux antibiotiques durant les 2 premières années de vie et développement d’un asthme et d’autres affections allergiques à 7.5 ans : un relation dose-dépendante. : Hoskin-Parr L, Teyhan A, Blocker A, Henderson AJW. Antibiotic exposure in the first two years of life and development of asthma and other allergic diseases by 7.5 yr : a dose-dependent relationship.

dans Pediatr Allergy Immunol 2013 : 24 : 762–771.

- Introduction :

  • L’utilisation des antibiotiques (AB) dans la petite enfance perturbe la microflore intestinale à une période critique pour le développement du système immun.
  • On peut faire l’hypothèse que cela prédispose au développement des maladies allergiques.
  • Les auteurs ont étudié les associations entre l’utilisation des antibiotiques durant les 2 premières années de vie avec le développement d’un asthme, d’un eczéma ou d’une pollinose à l’âge de 7.5 ans dans une étude portant sur une cohorte longitudinale.

- Matériel et Méthode :

  • Les 4952 patients étudiés appartiennent à l’étude longitudinale Avon étudiant les parents et les enfants (ALSPAC)
  • L’utilisation des antibiotiques et les symptômes d’asthme, d’eczéma, et de pollinose ont été rapportés par les mères.
  • L’atopie a été évaluée par des prick-tests à l’âge de 7.5 ans.
  • Le nombre total de traitements antibiotiques a été considéré comme l’exposition principale.
  • Les données ont été analysées en utilisant par régression logistique multi variée.

- Résultats :

  • Les enfants qui ont pris des antibiotiques durant l’enfance (0 à 2 ans) ont plus fréquemment de l’asthme à 7.5 ans (OR 1.75, IC95% : 1.40-2.17), et le odd ratio (OR et IC95%) augmente avec un nombre plus important de traitements :
    • une fois : 1.11 (0.84-1.48),
    • deux fois 1.50 (1.14-1.98),
    • trois fois 1.79 (1.34-2.40),
    • 4 fois ou plus 2.82 (2.19-3.63).
  • L’augmentation de l’utilisation des antibiotiques est également associée avec des odd ratios plus élevés pour le risque d’eczéma et de pollinose mais pas de l’atopie.
  • Les effets apparaissent être associés avec le cumule plus qu’une période critique d’exposition durant les 2 premières années de vie.

- Conclusion :

  • Une association robuste et dose dépendant a été trouvée entre l’utilisation des antibiotiques durant les 2 premières années de vie et l’asthme à l’âge de 7.5 ans mais ne semble pas être médiée par l’association à une atopie.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Les auteurs montrent que l’utilisation des antibiotiques durant les 2 premières années de vie est corrélée à une augmentation du risque de faire de l’asthme, de l’eczéma et une pollinose. C’et le cumul des traitements qui est le facteur de risque le plus important. Cela ne passe pas par une augmentation du risque d’atopie.

Les résultats de ce travail rejoignent ceux d’autres études qui ont impliqué l’utilisation des antibiotiques dans le développement du risque allergique, conduisant d’ailleurs concept de la théorie hygiéniste.

Cependant, ce concept s’appuie sur une modification de l’équilibre entre TH1 et TH2. L’absence dans ce travail de relation entre antibiotiques et atopie va contre cette explication.

Il reste alors à envisager d’autres hypothèses : soit une action délétère des molécules antibiotiques elles-mêmes sur le système respiratoire et la peau, soit une modification du microbiote.

Ce dernier mécanisme est actuellement très à la mode, et il est vrai que tout traitement antibiotique va modifier la flore intestinale conduisant à un déséquilibre dans le production de facteurs inducteurs de tolérance. Mais le lien avec l’asthme et la dermatite atopique n’est pas encore connu.

On ne peut donc pas éliminer un biais dans ce travail : les enfants ayant un terrain d’asthme, de dermatite atopique ou de rhinite sont plus fréquemment surinfectés et ont donc plus souvent besoin d’antibiotiques.

On en revient décidément souvent au dilemme de l’œuf et de la poule.

référence :

http://www.allergique.org/article4735.html


Dans la même rubrique

Si vous voulez des enfants non atopiques, faites-les malingres à la naissance., Dr Philippe Carré
Les bébés de PPN ont dans cette étude une prévalence globale cumulée de manifestations allergiques (dermatite atopique, troubles gastro-intestinaux et asthme) plus basse que des (...)
Prévention primaire du risque atopique chez le nourrisson et l’enfant : coup de chapeau à Denise Anne, Erika, Fabienne, Gisèle..., Dr Dominique Marchand
Pour les non initiés, le titre est un clin d’œil à DA Moneret-Vautrin, E Isolauri, F Rance, G Kanny, toutes animatrices du CICBAA et pionnières de la prévention primaire du risque (...)
Retarder l’introduction de certains aliments pour réduire le risque d’eczéma et de sifflements : mythe ou réalité ?, Dr Cécilia Nocent
Cette étude est très intéressante. Son but est de tester la robustesse d’une recommandations : retarder l’introduction d’aliments allergéniques comme le lait de vache, les œufs de (...)
On le savait mais c’est confirmé : allergie de l’enfant, le père n’y est pour rien, c’est la faute de la mère !!, Dr Stéphane Guez
Dans ce travail épidémiologique appuyé sur des dosages biologiques, les auteurs démontrent que le taux des IgE maternelles à une bonne spécificité pour prédire le risque de (...)
Prévalence de l’asthme et de la rhinite allergique, à l’italienne., Dr Alain Thillay
D’après cette étude, en Italie, chez l’adulte jeune, la prévalence de l’asthme n’aurait pas augmenté dans les années 90. Malheureusement, il ne s’agit que d’une étude de (...)