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Éloignez la chambre de la cuisine chez les enfants allergiques.

par Dr Philippe Carré

publié le  22 janvier 2014

Allergènes alimentaires de la poussière de matelas dans les maisons norvégiennes : une source potentielle importante d’exposition allergénique. : R. J. Bertelsen, C. K. Faeste, B. Granum, E. Egaas, S. J. London, K.-H. Carlsen, K. C. Lødrup Carlsen, M. Løvik,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2014 (44) 142–149.

- Contexte :

  • La sensibilisation aux allergènes alimentaires et les réactions allergiques alimentaires sont principalement liées à l’ingestion de l’allergène, mais peuvent aussi survenir lors d’une exposition à partir des voies respiratoires ou de la peau
  • On sait peu de choses quant à l’exposition aux allergènes alimentaires dans l’environnement domestique.

- Objectif :

  • L’objectif de cette étude était d’abord de décrire la fréquence de détection des allergènes du poisson, de l’œuf, du lait et de l’arachide dans la poussière de matelas recueillie dans les habitations d’adolescents âgés de 13 ans,
  • et secondairement d’identifier les caractéristiques des habitations associées à la présence d’une contamination de la poussière par des allergènes alimentaires.

- Méthodes :

  • Les allergènes alimentaires étaient mesurés par une analyse en blot de la poussière de matelas recueillie dans 143 maisons d’Oslo en Norvège
  • Les associations entre les caractéristiques de la maison (recueillies par un questionnaire parental et par des techniciens de l’étude) et les allergènes alimentaires ont été analysées par des modèles de régression multi variée.

- Résultats :

  • Les allergènes de poisson ont été détectés dans 46% des échantillons de poussières des matelas, d’arachide dans 41%, de lait dans 39%, et d’œuf dans 22% ; seuls 3 échantillons ne contenaient aucun de ces allergènes
  • Les 4 allergènes alimentaires étaient plus fréquemment détectés dans les matelas des petits logements (< 100 m2) que dans les logements plus grands(≥ 130 m2) ; 63-71% des petits logements (n=24) avaient des allergènes de lait, d’arachide et de poisson dans les échantillons de poussières par rapport à 33-44% des logements plus grands (n=95)
  • Les allergènes de lait, d’arachide et d’œuf étaient plus fréquemment détectés dans les maisons avec la chambre et la cuisine au même étage par rapport à des étages différents, avec des odds ratios de 2.5 (IC à 95% :1.1, 5.6) pour le lait, de 2.4 (IC :1.0, 6.1) pour l’arachide et 3.1 (IC :1.3,7.5) pour l’œuf.

- Conclusions et relevance clinique :

  • Les allergènes alimentaires sont souvent retrouvés dans les lits des maisons norvégiennes, la taille du logement et la proximité entre la chambre et la cuisine étant les principaux déterminants
  • En raison du temps passé par les enfants dans leur chambre, la poussière des matelas peut être une source importante d’exposition aux allergènes alimentaires.

 Dr Philippe Carré

Commentaire de l'auteur :

Dans cette étude norvégienne recherchant la présence d’allergènes alimentaires dans la poussière des matelas de 143 maisons d’Oslo où vivaient des adolescents de 13 ans, les auteurs montrent que les allergènes de poisson, d’arachide, de lait et d’œuf sont détectés dans les échantillons de poussière provenant des matelas des chambres (respectivement dans 46%, 41%, 39% et 22% des échantillons).

Seuls 3 des échantillons de poussière ne contiennent aucun allergène alimentaire.

Les caractéristiques topographiques de la maison associées à la détection le plus souvent des allergènes alimentaires dans le matelas étaient la petite taille du logement et la proximité de la chambre et de la cuisine sur le même étage, ce qui suggère que les poussières aéroportées et les vapeurs de cuisson sont des modes de transport fréquents. Il est possible aussi que dans ces conditions de proximité, les adolescents ramènent plus souvent de la nourriture dans leurs chambres.

Les enfants passent de nos jours beaucoup de temps à l’intérieur des maisons, et en particulier dans leur chambre, où les matelas peuvent être des réservoirs importants de poussières et d’allergènes ; l’environnement à domicile est donc une source potentielle importante d’exposition allergénique.

Bien que l’exposition cutanée et respiratoire puisse induire des réactions limitées chez des sujets très sensibles, la poussière de matelas est un réservoir d’allergènes alimentaires peu exploré, mais dont il faut considérer l’importance compte-tenu du temps que passent les enfants dans leur chambre.

Cette étude n’avait pas pour objectif d’étudier les effets de l’absence d’exposition aux allergènes alimentaires sur la sévérité de la maladie allergique, mais le fait de détecter des allergènes d’arachide dans l’environnement chez plus de la moitié des enfants rapportant une allergie à l’arachide prouve que l’éviction des allergènes connus n’est pas faite et que les enfants et surtout leurs parents ne sont pas « sensibilisés » à cette problématique. Des études restent à faire pour apporter la preuve qu’une éviction stricte à la maison des allergènes alimentaires de l’environnement pourrait améliorer la maladie allergique.

référence :

http://www.allergique.org/article4745.html


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