En bref... : Parabens dans les crèmes : sans dangers ?

par le Dr Philippe Auriol

27 février 2006

Avec des émissions diffusées sur les chaînes publiques stigmatisant les parabens pour leur risque de déclenchement de cancer, des livres et des journaux de santé grand public enfonçant le clou en ajoutant encore à la suspicion : tout le monde doutait un peu, voire beaucoup de l’innocuité de ces produits.

Et voilà que l’afssaps, dans son journal "Vigilances" de ce mois ci, l’affirme :

Les experts de la commission de cosmétologie du 16 décembre 2004 se sont ainsi prononcés en faveur de l’innocuité des produits cosmétiques contenant de l’aluminium.

Alors évidemment, l’Afssaps s’entoure de précautions : des études complémentaires sont en cours mais le doute est vraiment très faible et alors : on nous aurait menti ? Les personnes qui criaient au loup pour les parabens n’auraient pas d’élément scientifique pour appuyer leurs allégations ?

Voici le communiqué de l’Afssaps :

Évaluation du risque lié à l’utilisation des parabens dans les produits cosmétiques

Les sels d’aluminium sous forme d’hydroxychlorure d’aluminium et de zirconium hydraté AlxZr(OH)yClz (et leur complexe avec la glycine) sont autorisés par la réglementation cosmétique uniquement dans les produits antitranspirants à la concentration maximale de 20% d’hydroxychlorure d’aluminium et de zirconium anhydre 1.

Les sels d’aluminium (chlorohydrate d’aluminium, le plus souvent), présents dans ces formulations, bloquent le processus de transpiration en resserrant les pores de la peau et en limitant donc la sécrétion sudorale. En raison de son intérêt technologique, la substitution de l’aluminium dans les produits cosmétiques n’est pas envisageable actuellement.

L’exposition à l’aluminium via l’utilisation répétée de ce type de produit est régulièrement dénoncée dans une certaine presse, elle a même été mise en cause dans l’apparition de diverses pathologies (maladie d’Alzheimer, cancer du sein...) ce qui à ce jour, malgré une expertise approfondie del’ensemble des données disponibles, n’a pas été confirmé. Les experts de la commission de cosmétologie du 16 décembre 2004 se sont ainsi prononcés en faveur de l’innocuité des produits cosmétiques contenant de l’aluminium.

Néanmoins, même si effectivement l’exposition attendue, eu égard aux effets toxiques potentiels de l’aluminium, n’est pas de nature à entraîner une suspicion de risque pour le consommateur, dans le contexte actuel des interrogations sociétales sur les dangers de l’aluminium et afin de disposer d’arguments scientifiques fiables permettant d’y répondre de manière objective et documentée, les experts ont estimé indispensable la réalisation d’une étude de pénétration cutanée de l’aluminium selon les lignes directrices actuelles.

En effet, le passage transcutané de l’aluminium, bien qu’il soit faible, est avéré. Après application cutanée, la pénétration de l’aluminium se ferait essentiellement au niveau des follicules pileux qui sont répartis de façon uniforme sur tout le corps. Une étude préliminaire sur deux volontaires sains a été réalisée avec une application unique sous pansement occlusif de chlorohydrate d’aluminium au niveau de chaque aisselle, d’autres travaux sur peau de rongeurs ont également été effectués. Ces études ne sont cependant pas recevables car elles présentent de nombreux biais méthodologiques.

De ce fait, deux études in vitro de pénétration transcutanée de l’aluminium ont été transmises à l’Afssaps par les industriels et évaluées par les experts de la commission de cosmétologie. Ces deux études n’ont pas non plus été jugées recevables par les experts de la commission de cosmétologie du 15 juin 2004 et ne permettent pas d’évaluer de façon fiable la pénétration transcutanée de l’aluminium dans les conditions exposées.

Un nouveau protocole visant à évaluer la pénétration cutanée in vitro sur peau humaine de diverses formulations cosmétiques contenant du chlorohydrate d’aluminium a été soumis par les représentants de l’industrie cosmétique à l’AFSSAPS. La commission de cosmétologie du 1er décembre 2005 a jugé ce protocole conforme aux recommandations actuelles du CSPC 4 et s’est donc déclarée favorable à la réalisation de cette étude. Les résultats sont attendus courant 2006 et feront l’objet d’une évaluation par les experts de la commission de cosmétologie. Une publication est aussi envisagée.

Source

Département d’évaluation des produits cosmétiques, biocides et de tatouages

référence :

http://www.allergique.org/breve608.html

partager partager


Dans la même rubrique

Allergie au lait de vache : faut-il éviter les probiotiques ?, Dr David Fahri
Un probiotique est un produit contenant suffisamment de micro-organismes viables pour modifier la microflore de l’hôte de façon à produire des effets bénéfiques sur sa santé. Une (...)
Aurait-on mis la charrue avant les bœufs avec rBet v 1 ?, Dr Hervé Couteaux
Bet v 1 est l’allergène majeur représentatif de l’ensemble des pollens des Fagales. En d’autres termes, Bet v 1 croise avec les allergènes homologues d’autres espèces des Fagales. (...)
Anesthésie générale et anaphylaxie chez l’enfant : une étude française..., Dr Geneviève DEMONET
Quelle est la fréquence des accidents anaphylactiques lors des anesthésies générales chez l’enfant ? Quels sont les allergènes les plus fréquemment en cause ? Les résultats des tests (...)
Tagadas, dragibus, boules de gommes et badaboum., Dr Alain Thillay
Les additifs alimentaires sont souvent rendus responsables de réactions allergiques. Pourtant, les réactions allergiques IgE médiées sont rares, les autres mécanismes évoqués peu (...)
Paracetamol : plus facile à avaler qu’à démontrer qu’on y est allergique ! !, Dr Stéphane Guez
L’allergie aux médicaments est toujours un diagnostic difficile et aucun test à lui seul n’est satisfaisant pour affirmer ou infirmer ce diagnostic. Le test de provocation orale (...)

Pas encore abonné? -> Les articles de plus d'un an sont accessibles sans abonnement


Toutes les archives

Les archives de plus d'un an sont accessibles sans abonnement

01/2012 | 12/2011 |