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Va-t-on regretter d’avoir donné de la vitamine D à nos enfants ?

par Dr Philippe Carré

publié le  17 octobre 2003

On sait que la vitamine D peut prévenir chez l’animal des maladies auto-immunes, ce qui a fait évoquer une action dépressive de la réponse TH1. Les auteurs envisagent, en contrepartie, une possible déviation immune vers un excès de la réponse TH2, posant la question d’une éventuelle fréquence plus élevée de l’allergie associée à l’absorption de vitamine D dont tous nos enfants sont abreuvés dans leur jeune âge pour éviter le rachitisme, et cela depuis plusieurs générations. Serait-ce une des causes d’augmentation de la fréquence de l’allergie ?

Double effet de la modification d’expression du rapport TH1/TH2 induite par la vitamine D : stimulation de la production d’IgE et diminution de l’éosinophilie des voies aériennes, dans un modèle murin de maladie allergique des voies aériennes. : Matheu V, Back O, Mondoc E, Issazadeh-Navikas S.

Section for Medical Inflammation Research, Department of Cell and Molecular Biology, University of Lund, BMC 111, Lund 22184, Sweden.}

dans J Allergy Clin Immunol. 2003 Sep ;112(3):585-92

- Contexte.
* La vitamine D, additif alimentaire commun, est connue pour prévenir l’induction de maladies auto-immunes expérimentales chez la souris.
* Une possible déviation immune d’une réponse TH1 à une réponse TH2 a été évoquée.
* Bien qu’il n’y ait pas de doute sur les effets bénéfiques de la vitamine D, son rôle dans l’allergie n’a pas été étudié.

- Objectif. Pour définir le rôle de la vitamine D dans la modulation du développement d’une maladie à médiation TH2, les auteurs ont utilisé un modèle murin d’inflammation à éosinophiles des voies aériennes.

- Méthodes.
* Des souris de 5 semaines étaient stimulées à J0 avec de l’ovalbumine intra-péritonéale. Puis un test de provocation par voie nasale avec de l’ovalbumine était réalisé à J7, J8, J9 et J10, et à J11 des échantillons étaient recueillis.
* Certaines souris ont reçu des injections sous-cutanées de vitamine D tous les 2 jours, aux jours -3, -1, 1, 3, 5, 7 et 9.
* Les groupes contrôles recevaient du PBS les mêmes jours.

- Résultats.
* Le traitement précoce par la vitamine D augmentait la prolifération des cellules T induite par l’allergène de même que la production de cytokines TH2 (IL-4 et IL-13) et d’IgE.
* De façon surprenante, la réponse inflammatoire locale dans le liquide de lavage broncho-alvéolaire et le tissu pulmonaire était améliorée de façon significative avec un moindre recrutement d’éosinophiles et des taux inférieurs d’IL-5.
* Ces données étaient attribuées à l’effet retard de la vitamine D après mise en place d’une réponse immune précoce.

- Conclusion. Les auteurs suggèrent que l’excès de supplémentation en vitamine D pourrait influencer le développement d’une réponse TH2 amenant à une prévalence accrue de l’allergie, alors que la vitamine D pourrait avoir des effets bénéfiques prometteurs sur l’éosinophilie des voies aériennes.

 Dr Philippe Carré

Commentaire de l'auteur :

Cette étude expérimentale chez la souris est très intéressante.

Partant du principe expérimental que la vitamine D pourrait induire un déséquilibre de la balance TH1/TH2 au profit des TH2, les auteurs ont voulu vérifier si cet excès de TH2 pouvait s’accompagner chez l’animal d’une augmentation des marqueurs de l’allergie qui y sont étroitement liés.

A cet effet, les auteurs ont réalisé chez des souris un test de provocation nasale après sensibilisation des animaux, certains ayant été préalablement traités par de la vitamine D.

L’hypothèse semble confirmée puisque les souris traitées par la vitamine D ont une prolifération accrue de marqueurs d’allergie (IL-4, IL-13 et IgE) en réponse à l’allergène ; mais de façon surprenante, il existait aussi une réponse inflammatoire à éosinophiles moins importante dans le poumon.

L’interprétation des auteurs est en faveur d’une réponse immune précoce dans le sens allergique induite par un excès de supplémentation en vitamine D, alors que cette vitamine aurait en elle-même un effet anti-inflammatoire protecteur retardé.

Encore un mythe qui pourrait tomber en matière de protection allergique : l’excès de supplémentation en vitamine D, qui a bonne presse pour la santé de nos chérubins, pourrait en fait avoir des effets délétères en terme de facilitation d’une réponse allergique de type immédiate.

Effets qui viendraient contrebalancer l’action par ailleurs bénéfique de la vitamine D sur l’inflammation des voies aériennes.

Reste à expliquer pourquoi, et à confirmer ces données chez l’homme.

référence :

http://www.allergique.org/article1625.html


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