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Un acteur de plus dans l’allergie IgE médiée, le TLR4 ?

par Dr Alain Thillay

publié le  21 janvier 2006

Une théorie pour expliquer l’augmentation de la prévalence des maladies IgE médiées serait le déficit de stimulation du système immunitaire par les agents microbiens. Ici, chez la souris, les auteurs tentent de démontrer l’implication du TLR4 (récepteur des agents pathogènes) dans la genèse de la sensibilisation aux protéines alimentaires.

Rôle du TLR4 dans la sensibilisation allergique aux protéines alimentaires chez la souris. : M. C. Berin, Y. Zheng, M. Domaradzki, X.-M. Li, H. A. Sampson

Division of Pediatric Allergy and Immunology and the Jaffe Institute for Food Allergy, Mount Sinai School of Medicine, New York, NY, USA

dans Allergy 61 (1), 64-71

- Contexte

  • La prévalence de la sensibilisation aux protéines alimentaires et aux autres allergènes est en augmentation.
  • Une hypothèse pour expliquer cette augmentation est la diminution de l’exposition aux infections et aux productions d’origine microbienne qui laisserait le champ libre au système immunitaire pour développer des réactions inappropriées à des antigènes inoffensifs au travers d’un manque de développement des cellules régulatrices.

- Objectif et méthode

  • Nous avons émis l’hypothèse que le TLR4 (Toll-like receptor 4), probablement via la flore commensale, pourrait inhiber le développement de la sensibilisation allergique aux protéines alimentaires.
  • Nous avons testé cette hypothèse en sensibilisant des souris, ayant des contextes génétiques différents, C3H et BALB/c, TLR4+ et TLR4-, à deux trophallergènes communs la Bêta-lactoglobuline (BLG) et l’arachide (AR).

- Résultats

  • La réponse des cellules B n’était pas significativement influencée par le statut TLR4.
  • La réponse des cellules T était orientée TH2 chez les souris C3H TLR4 déficientes comparée aux souris C3H TLR4 efficientes, mais cette orientation TH2 n’était pas observée chez les souris TLR4 déficientes BALB/c.
  • Chez les souris à susceptibilité anaphylactique C3H, la déficience en TLR4 était associée à une augmentation de la sévérité de l’anaphylaxie à l’AR et à une diminution de cette sévérité vis-à-vis de la BLG.
  • Chez les souris résistantes à l’anaphylaxie BALB/c, la déficience en TLR4 n’était pas suffisante pour rendre les souris susceptibles à l’anaphylaxie induite à l’AR.

- Conclusions

  • Nous concluons que, bien que le statut TLR4 puisse influencer la réponse des cellules T et la sévérité de l’anaphylaxie, la nature de l’influence est hautement dépendante de l’antigène et du contexte génétique.

 Dr Alain Thillay

Commentaire de l'auteur :

Les TLR sont des récepteurs qui ont la capacité de reconnaître divers agents pathogènes initiant la réponse immune. TLR4 reconnaît les lipopolysaccharides et est présent au niveau de différentes cellules immunitaires dont les cellules dendritiques.

La phagocytose est en partie régulée par les TLR.

Les bactéries de la flore intestinale sont reconnues par les TLR de façon physiologique et l’activation résultante est nécessaire pour la protection de l’hôte.

Les auteurs de cette étude partent donc de cette hypothèse que le TLR4 activé via la flore commensale activerait de façon adéquate le système immunitaire. Le manque de stimulation du TLR4, ici sa déficience, orienterait une réponse immune vers TH2 donc propice à la réponse IgE. Cette hypothèse répondrait bien à la théorie hygiéniste.

L’étude a été pratiquée sur un modèle murin avec deux contextes génétiques différents BALB/c et C3H, et pour chacun d’eux TLR4+ ou TLR4-.

Dans le modèle C3H, la déficience en TLR4, oriente la réponse immune vers TH2, constatation qui ne se vérifie pas dans le modèle BALB/c. Il en est de même pour la sévérité de la réaction anaphylactique.

Ainsi, l’hypothèse de départ n’est donc pas franchement démontrée puisqu’elle dépendrait grandement du terrain génétique. Il reste donc encore beaucoup de travail pour impliquer formellement le TLR4 dans la théorie hygiénique.

référence :

http://www.allergique.org/article2981.html


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