Alertez les pères : les futures mamans ne doivent plus s’occuper de la maison ! !

mardi 8 février 2005 par Dr Stéphane Guez2404 visites

Accueil du site > Sciences > Environnement > Alertez les pères : les futures mamans ne doivent plus s’occuper de la maison (...)

Alertez les pères : les futures mamans ne doivent plus s’occuper de la maison ! !

Alertez les pères : les futures mamans ne doivent plus s’occuper de la maison ! !

mardi 8 février 2005, par Dr Stéphane Guez

Les enfants siffleurs sont de plus en plus nombreux, impliquant certainement un facteur d’environnement. Les mères utilisent de nombreux produits chimiques pour l’entretien de la maison : y a t’il un lien entre l’utilisation de ces produits pendant la grossesse et le risque de sifflements chez l’enfant ?

L’utilisation fréquente de produits chimiques ménagers est associée à des sifflements persistants chez les enfants d’age préscolaire. : A Sherriff1, A Farrow2, J Golding1 the ALSPAC Study Team1 and J Henderson1

1 Unit of Paediatric and Perinatal Epidemiology, Division of Child Health, University of Bristol, Bristol BS8 1BR, UK
2 Department of Health and Social Care, Brunel University, Isleworth, Middlesex TW7 5DU, UK

dans Thorax 2005 ;60:45-49

- Introduction :

  • En Angleterre et dans d’autres pays développés, la prévalence des symptômes d’asthme est en augmentation ces dernières années.
  • Cela est certainement secondaire à une augmentation de l’exposition à des facteurs d’environnement.

- Objectif de l’étude :

  • Ce travail a été réalisé pour étudier l’association entre :
    • l’utilisation par la mère de produits chimiques en période prénatale
    • et la survenue de sifflements dans la petite enfance.

- Méthodologie :

  • Il s’agit d’une population issue d ‘une étude longitudinale parents et enfants. Avon Longitudinal Study of Parents and Children (ALSPAC)
  • La fréquence d’utilisation de 11 produits chimiques domestiques a été déterminée par un questionnaire rempli par les femmes durant la grossesse, et un score d’exposition chimique a été déterminé.
  • 4 types de manifestations respiratoires ont été identifiés de la naissance à l’age de 42 mois à l’aide d’un questionnaire rempli par les parents :
    • jamais de sifflements,
    • sifflements précoces transitoires,
    • sifflements persistants
    • et sifflements à début tardif.
  • Une analyse statistique (régression logistique multivariée) a été utilisée pour évaluer les relations entre ces différents symptômes respiratoires et l’exposition au score chimique, en tenant compte des biais possibles.
  • L’analyse a été faite sur 7019 enfants pour 13971 inclus (50%).

- Résultats :

  • La moyenne du score d’exposition chimique est de 9.4
  • Une augmentation de l’utilisation de produits chimiques domestiques est associé à des sifflements persistants durant la petite enfance (OR par unité d’augmentation du score chimique 1.06 (IC95% : 1.03-1.09) mais pas avec les sifflements transitoires, ni avec les sifflements de début tardif.
  • Les enfants dont la mère a les plus forts taux d’exposition aux produits chimiques ont plus de 2 fois le risque de présenter des sifflements persistants durant la petite enfance par rapport aux mères qui ont les scores les plus bas : OR 2.3 (IC95% : 1.2-4.4).

- Conclusion :

  • Ces données suggèrent que l’utilisation fréquente de produits chimiques en période prénatale est associée à un sifflement persistant chez l’enfant.
  • Le suivi de cette cohorte est en cours pour déterminer si le score d’exposition chimique est également associé aux sifflements, asthme et atopie à un age plus tardif.

Ce travail évoque un lien d’entre l’environnement chimique et le risque pour les enfants de présenter des sifflements bronchiques dans la petite enfance. Ce risque est multiplié par deux chez les mères qui sont le plus fortement exposées à des produits chimiques ménagers pendant la grossesse.

Ce travail est intéressant car pour la première fois il fait intervenir des facteurs d’environnements non allergiques dans l’étiologie des sifflements bronchiques des enfants très jeunes.

Il semble, au vu de ce travail, que l’exposition à des produits chimiques pendant la grossesse augmente le risque de sifflements à la naissance. Cependant, il est probable que l’enfant soit également exposé très tôt à ces mêmes produits chimiques ménagers dont il reste bien entendu des traces dans l’atmosphère du domicile.

On retrouve ici la notion de pollution intérieure qui est un problème majeur, avec un risque peut-être encore plus élevé pour les voies respiratoires que la pollution extérieure.

Il aurait été intéressant d’avoir une analyse de l’air inspiré plutôt qu’une étude indirecte de l’exposition aux produits chimiques dont on ne connaît pas bien les voies de pénétration toxique chez la mère. Le mécanisme de l’atteinte de l’enfant n’est par non plus précisé.

Il faut donc peut-être d’abord attendre une confirmation de ce lien entre environnement chimique de la mère pendant la grossesse et wheezing chez le nouveau né, avant de se lancer dans des hypothèses physiopathologiques plus poussées.