Méfiez-vous des antibiotiques chez le nourrisson.

vendredi 23 juin 2006 par Dr Philippe Carré2641 visites

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Méfiez-vous des antibiotiques chez le nourrisson.

Méfiez-vous des antibiotiques chez le nourrisson.

vendredi 23 juin 2006, par Dr Philippe Carré

L’augmentation de la prévalence de l’allergie et de l’asthme a été reliée à une augmentation de l’utilisation des antibiotiques dans l’enfance. Les auteurs ont évalué 2 groupes d’enfants : un groupe contrôle et l’autre présentant de l’allergie et des sifflements, en étudiant la pression antibiotique au cours des 3 premières années de leur vie.

Sifflements atopiques et exposition précoce aux antibiotiques : étude cas-contrôle. : Mike Thomas1, Adnan Custovic2, Ashley Woodcock2, Julie Morris3, Angela Simpson2 and Clare S. Murray2

1Department of General Practice, University of Aberdeen, Aberdeen, UK, 2Academic Division of Medicine and Surgery South, University of Manchester, UK, 3Department of Medical Statistics, Wythenshawe Hospital, Manchester, UK

dans Pediatric Allergy and Immunology 17 (3), 184-188

- Contexte

  • Plusieurs facteurs, y compris l’utilisation précoce dans la vie des antibiotiques, ont été impliqués dans l’augmentation de la prévalence de la sensibilisation allergique et de l’asthme.

- Objectifs

  • Une étude cas-contrôle, comparant l’exposition aux antibiotiques de 37 enfants sensibilisés avec sifflements récurrents (âgés de 3 à 5 ans) et 37 enfants non sensibilisés n’ayant jamais sifflé, a été conduite à partir d’une cohorte de population à la naissance (appariés pour l’âge, le sexe, l’atopie parentale, l’exposition aux allergènes et la possession d’animaux de compagnie).

- Méthodes

  • Les données ont été recueillies sur la prescription des antibiotiques au cours des 3 premières années de la vie (moment, type et indication) à partir des données de prise en charge médicale.

- Résultats

  • Plus de cas que de contrôles ont reçu significativement un ou plusieurs traitements par antibiotiques pendant la première année de la vie (92% vs 70%, p=0.04).
  • Le délai moyen de la première antibiothérapie était plus court chez les cas que chez les contrôles (6 vs 8 mois, p=0.03).
  • Le nombre total d’antibiothérapies était plus grand parmi les cas que les contrôles dans chacune des trois premières années de la vie, mais de façon significative seulement en tenant compte de la totalité de la période des 3 ans (249 vs 182, p=0.05).
  • L’augmentation du taux des antibiotiques reçus chez les cas par rapport aux contrôles était plus importante au cours de la première année de la vie (1.32, IC à 95% 0.99-1.78).
  • Il y avait significativement plus de cas que de contrôles avec prescriptions d’antibiotiques pour des infections des voies aériennes inférieures pendant les 3 premières années (p=0.007), mais pas pendant la première année (p=0.52).
  • Les classes d’antibiotiques utilisées étaient similaires dans les deux groupes.

- Conclusion

  • Ces données confortent l’hypothèse que l’exposition précoce dans la vie à des antibiotiques à large spectre peut avoir un rôle dans la sensibilisation et dans l’expression des sifflements.

Les auteurs ont étudié les rapports entre la consommation d’antibiotiques dans les trois premières années de la vie et les sifflements, dans un groupe d’enfants siffleurs (cas) entre 3 et 5 ans, par rapport à un groupe contrôle d’enfants non siffleurs (contrôles).

Chez les enfants siffleurs (=cas) :
- plus d’enfants avaient reçu des antibiothérapies dans la première année de vie
- le délai de prescription de la première antibiothérapie était plus court
- le nombre total d’antibiothérapies reçues était plus grand
- les prescriptions pour des infections des voies aériennes inférieures étaient plus fréquentes

Par contre, il n’y avait pas de différence quant aux classes d’antibiotiques prescrites.

Les auteurs concluent que l’exposition précoce dans la vie aux antibiotiques peut avoir un rôle dans l’apparition de la sensibilisation allergique et des sifflements.

Ceci rejoint un peu l’hypothèse hygiéniste qui veut que l’exposition précoce des enfants aux toxines bactériennes favoriserait la déviation du système immunitaire vers un phénotype non allergique TH1.

Les antibiotiques prescrits précocement protégeraient au contraire les enfants de l’exposition aux toxines bactériennes et favoriseraient une déviation du système immunitaire vers la voie TH2, permettant l’expression du phénotype allergique et l’apparition plus fréquente des sifflements.

Faut-il supprimer ou éviter au maximum les antibiotiques dans la petite enfance ? Éternel débat entre les tenants et les adversaires de l’hypothèse hygiéniste.