L’avenir sera infra-moléculaire ou ne sera pas !

lundi 22 septembre 2008 par Dr Hervé Couteaux1166 visites

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L’avenir sera infra-moléculaire ou ne sera pas !

L’avenir sera infra-moléculaire ou ne sera pas !

lundi 22 septembre 2008, par Dr Hervé Couteaux

A peine remis du traumatisme occasionné par le passage à un mode de raisonnement moléculaire dans sa pratique, l’allergologue de bonne volonté doit rechausser ses lunettes et aborder d’un pas gaillard l’étape suivante, centrée sur les épitopes, tout ça se passant désormais au niveau infra-moléculaire !...

Cartographie d’épitopes (IgE et IgG4) séquentiels d’allergènes du lait avec un test immunodiagnostique basé sur une technologie « microarray » de peptides. : Inmaculada Cerecedo, MDa, Javier Zamora, PhDb, Wayne G. Shreffler, MD, PhDc, Jing Lin, PhDc, Ludmilla Bardina, MScc, Ma Carmen Dieguez, MD, PhDd, Julie Wang, MDc, Alfonso Muriel, MScb, Belén de la Hoz, MD, PhDa, Hugh A. Sampson, MDc

a Servicio de Alergología, Hospital Universitario Ramón y Cajal, Madrid, Spain
b Unidad de Bioestadística Clínica, Hospital Universitario Ramón y Cajal, CIBER de Epidemiología y Salud Pública (CIBERESP), Madrid, Spain
c Division of Pediatric Allergy and the Jaffe Institute for Food Allergy, the Mount Sinai School of Medicine, New York, NY
d Unidad de Alergología, Hospital del Sureste, Arganda del Rey, Spain

dans JACI Volume 122, Issue 3, Pages 589-594 (September 2008)

- Contexte :

  • L’analyse de peptides par microarray (puces) est une nouvelle méthode qui peut fournir des informations utiles sur la nature des allergies spécifiques.

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à determiner la spécificité et la diversité des liaisons entre les anticorps IgE et IgG4 et les épitopes séquentiels des alpha s 1-, alpha s 2, béta-, kappa-caséines et des béta-lactoglobulines au moyen d’un chip de peptides.

- Méthodes :

  • Un test immunodiagnostic microarray a été realise avec des sera de 31 enfants présentant une allergie au lait IgE-médiée (un groupe réactif de 16 enfants avec des TPO positifs pour le lait et un groupe tolerant de 15 enfants avec des TPO négatifs pour le lait)
  • Une bibliothèque de peptides, composé de 20 acides aminés (AA) se chevauchant par 17 (3-offset), correspondant à la séquence primaire des αs1-, αs2-, β- et κ- caséines et β-lactoglobuline a été imprimé sur diapositives revêtues d’une couche d’époxy.
  • Une région a été défini comme un épitope si elle était statistiquement associés au groupe réactif et reconnue par au moins 75% des patients réactifs.

- Résultats :

  • En utilisant cette méthode, 10 épitopes au total ont été identifiés :
    • αs1, AA 28 à 50, 75% réactifs et 26,7% tolérants
    • αs2, AA 1 à 20, 75% réactifs et 13,3% de tolérants, AA 13 à 32, 75% réactifs et 26,7% tolérants, AA 67 à 86, 75% réactifs et 33,3% tolérants et AA 181 à 207, 75% réactifs et 20% tolérants
    • β-caséine, AA 25 à 50, 75% réactifs et 33,3% tolérants, AA 52 à 74, 81,3% réactifs et 26,7% tolérants et AA 154 à 173, 75% réactifs et 33,3% tolérants
    • β-lactoglobuline, AA 58 à 77, 81,3% réactifs et 40% tolérants
    • κ-caséine, AA 34 à 53, 87,5% réactifs et 40% tolérants.

- Conclusion :

  • Plusieurs régions ont été définies comme étant des épitopes ; elles ont montré des profils de reconnaissance différents pour les groupes réactifs et tolérants.
  • D’autres études sont nécessaires pour valider l’utilité de cet essai en pratique clinique.

En découpant certains allergènes (certaines protéines) du lait en séquences de 20 acides aminées se chevauchant par trois et en étudiant les liaisons de ces différents fragments avec les anticorps d’un groupe d’enfants réactifs au lait et d’un groupe tolérant, cette équipe de Sampson a mis en évidence 10 épitopes de caséines et de béta-lactoglobulines.

Nous voici au cœur de la réponse immunitaire, et cet outil sera très certainement de première importance pour une connaissance plus fine des processus allergiques en cause dans l’APLV.

Nous attendons maintenant les études qui vont se servir de tels outils pour des applications directement cliniques.

Ce que nous savons actuellement concerne essentiellement le produit allergisant (le lait de vache), mais nous n’avons que peu de données sur les réactivités au niveau moléculaire, c’est-à-dire au niveau des allergènes présents dans ce produit.

Les prévalences de positivité in vitro sont de l’ordre de 40-60 % pour les β Lactoglobuline et de 50-70 % pour les caséines (alpha supérieur à béta, lui même supérieur à kappa)

Certaines équipes se sont déjà intéressées à l’IgE-réactivité de certains peptides et tentent de relier cette réactivité à des données pronostiques.

La positivité pour un ou plusieurs de ces peptides étant le signe d’un retard dans l’acquisition de la tolérance pour le lait de vache.

Sampson lui-même a déjà fait part de quelques résultats préliminaires : les enfants ayant acquis une tolérance à l’âge moyen de 3 ans étaient plus rarement positifs pour l’un de ces peptides que ceux qui étaient devenus tolérants à l’âge de 8 ans et surtout que ceux qui étaient toujours allergiques au lait après 8 ans.

Cette application de la technologie des microarrays (ou puces) trouve là une application prometteuse.

N’oublions pas l’utilisation « de base » en diagnostic allergologique qui nous permettra, avec un échantillon sanguin extrêmement réduit de tester l’IgE-réactivité d’un sérum vis-à-vis de plusieurs dizaines d’allergènes…

Progrès technologique immense qui ne vaudra que par l’interprétation des résultats qui en sera faite : maîtriser l’allergologie moléculaire est plus que jamais d’une importance primordiale en allergologie !