On utilise sans modération l’artillerie lourde au pays de l’oncle Sam, y compris dans l’asthme.

jeudi 18 décembre 2008 par Dr Gérald Gay903 visites

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On utilise sans modération l’artillerie lourde au pays de l’oncle Sam, y compris dans l’asthme.

On utilise sans modération l’artillerie lourde au pays de l’oncle Sam, y compris dans l’asthme.

jeudi 18 décembre 2008, par Dr Gérald Gay

Voici une très intéressante analyse, astucieusement menée, qui démontre qu’aux États-Unis aussi les médecins prescrivent plus en fonction de la communication industrielle qu’en fonction des consensus. Bien la peine de se vanter de « guidelines » et autres « evidence based medicine » !

Étude rétrospective sur la prescription en première intention de l’association propionate de fluticasone et salmétérol chez des asthmatiques bénéficiaires d’une assurance maladie aux États-Unis. : Friedman H, Wilcox T, Reardon G, Crespi S, Yawn BP.

Analytic Solutions, Inc., New York, New York 10012, USA.

dans Clin Ther. 2008 Oct ;30(10):1908-17.

Le consensus international préconise la prise en charge médicamenteuse de l’asthme persistant modéré par une faible dose d’un corticostéroïde inhalé (CSI).

La prise simultanée d’un beta²-mimétique de longue durée d’action (B2L) doit être réservée aux patients dont l’asthme n’est pas contrôlé par le CSI seul.

On remarque cependant aux États-Unis que de nombreux patients présentant un asthme persistant modéré sont d’emblée traités par l’association propionate de fluticasone et salmétérol (SRTD).

- Objectif :

  • Le but de cette étude était d’observer si les prescriptions de SRTD étaient en rapport avec les données du consensus de prise en charge de la maladie asthmatique.

- Méthodes :

  • La base de données d’une assurance maladie privée a été analysée rétrospectivement afin d’étudier les patients (âgés de 12 à 62 ans) à qui une pharmacie a délivré au moins une fois du SRTD entre le 1er octobre 2004 et le 30 septembre 2006.
  • La date de la première délivrance de SRTD a été associée à chaque patient.
  • Les informations concernant les consultations et les délivrances médicamenteuses au cours des 365 jours qui ont précédé cette première délivrance de SRTD ont été colligées.
  • Il a été ainsi possible d’estimer assez justement la sévérité réelle de l’asthme de chaque patient si pendant l’année précédant la délivrance initiale de SRTD ils ont eu recours à plus de 365 prises de beta 2 mimétique de courte durée d’action (B2C), ou à une corticothérapie orale (CO) délivrée en ville, ou ont été admis aux urgences pour asthme avec prescription d’une CO, ou enfin hospitalisés en raison de leur asthme.

- Résultats :

  • Parmi les 87.459 patients ayant débuté un traitement de SRTD, 60,8% étaient des femmes d’un âge moyen de 37,3 ans.
  • 60.453 patients parmi eux, soit 69,1%, n’avaient jamais eu de prescription d’un CSI ou ne présentaient d’élément permettant de suspecter un asthme modéré ou sévère.
  • Durant l’année précédant la première prise de SRTD, seulement 6,3% avaient reçu un CSI, 7,4% avaient eu recours à plus de 365 doses de B2C, 22,7% avaient pris une CO, 1,1% avaient transité aux urgences et s’étaient vu prescrire une CO, et enfin 1,5% avaient été hospitalisés.

- Conclusion :

  • Plus de 2/3 des patients ont reçu une prescription de SRTD sans traitement préalable par un CSI ni élément évocateur d’un asthme sévère justifiant la prescription de l’association CSI et B2L.

Cette analyse me conforte dans l’idée que nous autres prescripteurs sommes énormément influencés par la communication de l’industrie pharmaceutique.

Les messages publicitaires de la presse médicale et les informations transmises oralement par les délégués ont plus d’influence sur la rédaction d’une ordonnance que les consignes de n’importe quel groupe d’experts internationaux.

Voilà qui incite à la plus grande prudence en matière de prescription, mais surtout à lire et relire sans relâche les résultats des conférences de consensus.

Ceci dit, combien parmi nous sont-ils capables d’écrire de mémoire les tableaux récapitulatifs qui aboutissent à étiqueter un patient « léger » ou « modéré » ou autre ? Combien faut-il de réveils nocturnes hebdomadaires pour basculer d’une catégorie à l’autre ?

Les spécialistes que nous sommes n’ont qu’une poignée de tableaux à retenir pour connaître le grade d’une rhinite ou d’un asthme et la conduite à tenir qui en découle. Et ce n’est pas si facile !

Alors imaginez pour un médecin généraliste qui doit multiplier ce genre de connaissances par un coefficient que je n’ose même pas imaginer…