Allergie conjointe au rat et à la souris, une histoire de lipocalines ?

vendredi 22 mai 2009 par Dr Alain Thillay2224 visites

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Allergie conjointe au rat et à la souris, une histoire de lipocalines ?

Allergie conjointe au rat et à la souris, une histoire de lipocalines ?

vendredi 22 mai 2009, par Dr Alain Thillay

L’atopie est reconnue comme facteur de risque d’allergie aux protéines de rongeurs chez les professionnels d’animalerie. A partir de ce fait connu et reconnu de toute la communauté allergologique, il paraît bizarre de vouloir juger de l’influence de l’atopie chez les sujets sensibilisés à la fois au rat et à la souris alors que mono-exposés. Heureusement, l’allergologie moléculaire est là pour nous aider.

La double sensibilisation aux allergènes urinaires de la souris et du rat reflète plutôt une réactivité croisée moléculaire que l’atopie. : H. Jeal 1 , J. Harris 1 , A. Draper 2 , A. Newman Taylor 1 , P. Cullinan 1 , M. Jones 1

1 Department of Occupational and Environmental Medicine, Imperial College ; 2 St Georges Hospital, London, UK

dans Allergy
Volume 64 Issue 6, Pages 855 - 861

- Contexte :

  • La sensibilisation au rat et à la souris peut se développer chez les employés d’animalerie de laboratoire exposés à une seule espèce.
  • Les raisons de cette double sensibilisation ne sont pas claires mais pourrait refléter soit une prédisposition génétique à développer une allergie (atopie), soit une réactivité croisée entre les allergènes urinaires du rat et de la souris.
  • Nous avons examiné la réactivité croisée entre les allergènes urinaires et l’effet de l’atopie sur la double sensibilisation chez des travailleurs d’animalerie de laboratoire.

- Méthodes :

  • Dans une étude transversale, la fréquence de la sensibilisation au rat et/ou à la souris a été analysée chez 498 salariés exposés professionnellement à la fois au rat et à la souris et 220 exposés uniquement au rat.
  • L’inhibition du RAST, l’immunotransfert et l’inhibition du blot ont été effectués sur un sous-groupe de cinq individus pour évaluer la réactivité croisée.

- Résultats :

  • Quatorze pour cent des travailleurs étaient sensibilisés au rat et 9% à la souris.
  • Plus de la moitié (62%) des individus sensibilisés au rat l’était également à la souris et la majorité (91%) des individus sensibilisés à la souris l’était également au rat.
  • La réactivité croisée des IgE a été démontrée entre l’urine du rat et celle de la souris en utilisant l’inhibition du RAST.
  • Le taux de l’atopie ne diffère pas entre les individus sensibilisés au rat par rapport à ceux sensibilisés aux deux espèces.
  • La sensibilisation au chat et au lapin était plus fréquente chez les personnes ayant une double sensibilisation.

- Conclusions :

  • La double sensibilisation au rat et à la souris reflète l’IgE réactivité croisée plutôt que de l’atopie.
  • Les personnes ayant la double sensibilisation sont plus susceptibles d’être sensibilisés à d’autres allergènes d’origine animale.
  • Ces résultats ont des implications pour les personnes travaillant avec une seule espèce de rongeur qui s’y sensibilisent et deviennent symptomatiques, ils devront être avertis du risque d’allergie à d’autres espèces.

Cette étude a été réalisée par l’équipe du service de médecine du travail de l’hôpital Saint Georges de Londres.

Le titre de l’étude m’apparaît un peu naïf dans sa formulation. J’aurais préféré : « En cas de double sensibilisation rat/souris, s’agit-il d’allergies individuelles à des molécules spécifiques ou d’une réactivité croisée ? ».

D’autant plus que ce titre recèle une autre ambiguïté sachant que l’atopie est considérée par de nombreux auteurs comme un facteur de risque de sensibilisation professionnelle aux animaux de laboratoire.

Autre critique, les auteurs n’ont considéré que les allergènes urinaires, or, la poussière d’animalerie est un mélange d’allergènes provenant aussi bien de l’urine que de la salive comme des épithélias.

Enfin, une dernière remarque, les auteurs se sont contentés de démontrer la réactivité croisée in vitro que sur cinq individus sur un total de sept cent dix-huit patients.

Une étude de Lieuter-Colas en 2002 objectivait 12% d’IgE réactivité au rat chez 113 sujets exposés à ce rongeur pour 39% de sujets symptomatique.

Pour la souris, les études s’accordent sur 10 à 15% de sujets exposés symptomatiques. On s’aperçoit que les chiffres de sensibilisation retrouvés dans l’étude sont cohérents avec ces résultats antérieurs.

De plus, les résultats indiquent clairement que 91% des sujets sensibilisés à la souris le sont aussi au rat, ce chiffre est de 61% pour la réciproque. Et bien sûr, la prévalence de l’atopie est identique que les sujets soient sensibilisés à l’un des rongeurs ou aux deux.

Les allergènes urinaires connus du rat sont :

  • Rat n 1.01 et 1.02, lipocalines, sont deux isoformes d’Alpha 2 microglobuline et l’albumine.

Chez la souris on connaît un allergène urinaire :

  • Mus m 1 qui est une lipocaline.

Une étude de 2004 publiée sous forme de poster à la AAAAI de San Francisco, montrait une réactivité croisée entre urine de souris et de rat (RAST respectifs positifs), sérums testés individuellement. L’étude des londoniens la confirme donc.

Vous l’aurez compris cette étude ne m’emballe pas outre mesure. Le titre lui-même et la démonstration concernant l’influence de l’atopie m’apparaissent hors sujet.

Rappelons le, l’atopie fait le lit de l’allergie aux rongeurs chez les professionnels exposés.

Une publication maladroite provenant d’une équipe qui ne semble pas au top des données récentes des maladies allergiques IgE dépendantes professionnelles.

Je pense que nos connaissances de l’allergie moléculaire nous apprendront plus dans l’avenir sur l’allergie aux rongeurs quand nous connaîtrons toutes les protéines allergéniques.

PS : ces commentaires doivent beaucoup à la lecture des données du site www.allerdata.com.