Enfin un avantage à être un enfant allergique : il existe une contre-indication à passer au tableau !

mercredi 22 mai 2013 par Dr Céline Palussière4441 visites

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Enfin un avantage à être un enfant allergique : il existe une contre-indication à passer au tableau !

Enfin un avantage à être un enfant allergique : il existe une contre-indication à passer au tableau !

mercredi 22 mai 2013, par Dr Céline Palussière

Allergénicité de la craie contenant de la caséine chez les écoliers allergiques au lait. : Carlos H. Larramendi, Francisco M. Marco, Mónica Llombart, Ana de la Vega, Eusebi Chiner, José Luis García-Abujeta, José Miguel Sempere

dans Annals of Allergy, Asthma & Immunology - May 2013 (Vol. 110, Issue 5, Pages 335-339, DOI : 10.1016/j.anai.2013.02.006)

- Contexte :

  • L’exposition non alimentaire aux protéines de lait chez les écoliers pourrait constituer un risque pour les enfants dont l’allergie au lait n’a pas guéri à l’âge scolaire.

- Objectifs :

  • Un enfant de six ans, allergique au lait, a présenté un asthme et une rhinoconjonctivite pendant le temps scolaire.
  • Les causes suspectées étaient les poussières de craie contenant de la caséine.
  • Afin d’étudier les relations entre la poussière de craie contenant de la caséine et l’asthme et la rhinoconjonctivite, 13 patients supplémentaires allergiques au lait ont été étudiés : 3 enfants en âge scolaire, 8 enfants d’âge préscolaire et deux enfants ayant guéri de leur allergie au lait.
  • Les tests cutanés et/ou les IgE spécifiques pour la craie et pour la caséine ont été menés.
  • Un test d’usage de la craie a été réalisé chez les enfants les plus grands.
  • Les allergènes de lait contenus dans la craie étaient caractérisés par électrophorèse en gel de polyacrylamide de sodium dodecyl sulfate, par immunoblot et par tests d’inhibition des IgE.

- Résultats :

  • Tous les enfants allergiques au lait en âge scolaire ont été exposés à la craie et ont rapporté des symptômes attribués à l’exposition à la craie.
  • Les résultats des tests cutanés pour la craie étaient positifs dans 5 cas sur 12, et les résultats des IgE spécifiques étaient positifs chez les 12 sujets ayant participé à l’étude et chez qui les tests étaient menés.
  • La caséine a fortement inhibé la liaison des IgE à la craie.
  • La SDS-PAGE a mis en évidence des protéines ayant un poids moléculaire similaire à celui des caséines.
  • L’immunoblot à montré une forte liaison des IgE à la craie dans une gamme imprécise et dans une bande de 30kDa, inhibée par la caséine.
  • Les tests d’exposition à la craie ont eu des résultats positifs chez deux enfants allergiques d’âge scolaire ayant eu des tests cutanés positifs pour la craie.
  • Les symptômes se sont amendés après éviction de la craie dans l’école.
  • Dans deux autres cas dans lesquels les résultats des tests d’exposition à la craie étaient négatifs, la craie a pu être réintroduite dans problème.

- Conclusion :

  • L’inhalation de poussière de craie contenant de la caséine peut induire des symptômes d’asthme chez les patients allergiques à la craie.
  • Les sources d’exposition cachées et non alimentaires devraient toujours être prises en compte par les patients ayant des allergies alimentaires.

Il semblerait d’après cette étude que nos petits patients allergiques au lait pourraient être gênés par la craie des tableaux... Faut-il rajouter un nouveau paragraphe aux PAI ?

Les auteurs sont partis du cas clinique d’un enfant de six ans, allergique aux protéines de lait de vache, ayant présenté une crise de rhinoconjonctivite et d’asthme après exposition à la poussière de craie.

La suspicion s’est portée sur les protéines de caséine présentes dans la craie, et non sur les acariens potentiellement présents dans la classe, les poils de chats du camarade voisin, les pollens de la cour de récréation. Il fallait y penser.

Les craies utilisées dans les écoles contiendraient ainsi de la caséine. Après quelques recherches sur la composition des craies de tableau, je n’en ai trouvé aucune trace officielle. On ne parle que de carbonate de calcium. Peut-être est-ce une particularité des craies espagnoles ?

Plusieurs études ont cependant mis en évidence des allergies professionnelles par inhalation de plâtre contenant de la caséine.

Toujours est-il que les craies analysées en terme de composition SDS-page et en immunoblot montraient clairement des bandes de fixation tout à fait dans la zone des caséines du lait de vache. Les protéines réactives n’ont pas été analysées plus précisément. Les poids moléculaires sont toutefois similaires et IgE des sujets allergiques au lait se fixaient dans cette zone.

Les tests cliniques semblent plus difficiles à interpréter. La poussière de craie pourrait en effet provoquer des symptômes non spécifiques de rhinoconjonctivite et d’asthme, par effet irritatif sur les voies respiratoires.

Des tests d’exposition à la poussière de craie ont été menés chez 4 enfants ayant eu des tests cutanés positifs pour la craie. Le test de provocation a été positif dans 2 cas sur 4, et chez ces enfants l’éviction de la craie a permis une amélioration des symptômes respiratoires.

Cette hypothèse est donc intéressante, même si elle mériterait quelques étayages. D’une part il faudrait confirmer la présence courante de caséine dans les craies de tableau. D’autre part il faudrait confirmer que les bandes IgE réactives correspondent bien à ces allergènes de lait. Enfin il faudrait éliminer les facteurs confondants, notamment les autres aéroallergènes plus classiques.

Je me demande aussi si les auteurs ne commercialiseraient pas, par hasard, des tableaux numériques !