Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

jeudi 2 février 2012 par Dr Alain Thillay16051 visites

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Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

jeudi 2 février 2012, par Dr Alain Thillay

Anaphylaxie induite par le riz : allergie IgE dépendante à l’encontre d’une glycoprotéine de 56 kDa. : Jiri Trckaa, Susanne G. Schäda, Stephan Scheurerb, Amedeo Contid, Stefan Viethsb, Gerd Grossa, Axel Trautmannc

aDepartment of Dermatology and Venereology, University of Rostock, Rostock,
bDivision of Allergology, Paul-Ehrlich-Institut, Langen, and
cDepartment of Dermatology, Venereology and Allergology, University of Würzburg, Würzburg, Germany ;
dNational Research Council, Institute of Science of Food Production, Turin, Italy

dans Int Arch Allergy Immunol 2012 ;158:9-17 (DOI : 10.1159/000330641)

- Contexte :

  • Bien que le riz (Oryza sativa) soit une des céréales les plus produites et consommées dans le monde, il n’y a eu que quelques rapports sur les réactions d’hypersensibilité immédiate après ingestion de riz.
  • Peu d’études cliniques sur l’allergie au riz en Asie ont été signalées concernant la rhinite, l’asthme et la dermatite atopique.

- Objectif :

  • Dans cette étude de cas, nous identifions les allergènes présumés responsables de l’anaphylaxie après ingestion de riz chez un patient allemand.

- Méthodes :

  • Les tests cutanés (prick-to-prick), la détermination des IgE spécifiques et le test d’activation des basophiles (TAB) ont été effectués pour confirmer l’allergie IgE dépendante.
  • La réactivité des IgE a été ensuite analysée par immunoblot d’extraits protéiques de riz cuits, riz vendus dans le commerce.
  • Les allergènes du riz ont été purifiés, soumis à séquençage N-terminal et caractérisés par la liaison aux IgE ; des tests d’inhibition IgE supplémentaires utilisant les sera de 8 sujets présentant une sensibilisation au riz et/ou des antécédents de symptômes d’hypersensibilité après l’ingestion de riz ont été effectués.

- Résultats :

  • Les tests cutanés étaient positifs au riz crus et cuits (riz basmati et riz à grains longs) et à des préparations d’extraits de riz différents.
  • Les IgE spécifiques du riz (f9) étaient mesurées à 1,87 kUA/l.
  • Le test de dégranulation des basophiles a montré une activation des basophiles spécifique, IgE-dépendante après stimulation par des extraits de riz.
  • Quatre protéines de riz IgE-réactives avec un poids moléculaire de 49, 52, 56 et 98 kDa ont été identifiées.
  • De façon intéressante, seule la liaison à la glycoprotéine de 56 kDa était au moins partiellement indépendante d’une réactivité croisée à épitope glucidique croisant, alors que les liaisons à IgE avec les autres protéines du riz étaient totalement inhibées par la pré-incubation avec l’épitope glucidique croisant MUXF dérivé de la broméline.

- Conclusions :

  • Des allergènes de haut poids moléculaire non encore identifiés issus du riz, particulièrement une glycoprotéine de 56 kDa, semblent être responsables d’anaphylaxie après consommation de riz par un patient allemand.

Le riz est la céréale la plus consommée de par le monde. Pourtant, peu de cas d’allergie à cette céréale sont rapportés. Ainsi, le Réseau d’Allergo-Vigilance rapportait, en mai 2010, deux observations concernant le riz sur 900 déclarations.

Dans cette étude, à propos du cas d’un patient allemand ayant subi une anaphylaxie après absorption de riz, les auteurs ont eu pour objectif d’identifier le ou les allergènes potentiellement responsables.

La lecture d’AllerData permet de connaître les allergènes du riz déjà mis en lumière.
- Les inhibiteurs d’amylase/trypsine (ATI) sont des protéines de 14-16 kDa IgE-réactives capables de croiser avec les ATI du blé et de l’orge.
- La glyoxalase, protéine de 33 kDa serait également IgE-réactive.
- Une LTP, protéine de 9 kDa, des études suggèrent des réactions cliniques dans le cadre d’un syndrome LTP.

Malandain évoque la possibilité de l’existence d’autres protéines non encore vraiment explorées, particulièrement, une de 56 kDa IgE-réactive mais considérée comme un épitope glucidique croisant se référant à un poster exposé à Vienne en 2006 pour l’EAACI, Trcka J et coll.

Nous regrettons avec lui que les études concernant ces protéines du riz que l’IgE-réactivité soit repérée en blot sans caractérisation des protéines correspondantes.

De fait, dans ce travail, les auteurs sont allés plus loin.

Le patient a été exploré de façon exhaustive, tests cutanés, IgE sériques spécifiques du riz, TAB afin de s’assurer qu’il s’agit bien d’une réaction IgE-réactive.

Ensuite, l’immunoblot a permis de séparer les protéines pour découvrir celles qui portent l’IgE-réactivité.

Enfin, ces allergènes ont été purifiés par séquençage N-terminal ce qui a permis de mieux caractériser encore l’IgE-réactivité.

Tout cela a été confirmé sur les sera de 8 sujets IgE-réactifs au riz, symptomatiques ou non par des tests d’inhibition.

Avec ce processus, les auteurs ont pu mettre en évidence 4 protéines clairement IgE réactives, il ne restait plus alors à préciser les protéines qui devaient cette réactivité à des épitopes glucidiques croisants.

C’est ce qu’ils ont fait à l’aide d’une inhibition par MUXF (broméline) qui rappelle fortement la méthode princeps que Malandain avait présenté lors de l’EAACI de Varsovie en 2009.

Résultat, seule la protéine de 56 kDa montre une certaine indépendance vis-à-vis de l’IgE-réactivité à ces épitopes glucidiques croisants, CQFD.

En conclusion, voici une étude à la méthodologie des plus futées qui permet de suggérer cette protéine de 56 kDa comme responsable de l’anaphylaxie au riz.

Etude qu’il faudra confirmer bien sûr avec des études comptant plusieurs patients.
Nous voyons là tout ce que peut apporter l’allergologie moléculaire.

Vos commentaires

  • Le 6 novembre 2016 à 14:20, par valls lirio En réponse à : Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

    bonjour
    depuis qq années , j’ai des réactions bizarres en mangeant du riz,mais uniquement en mangeant du riz blanc en accompagnement de plat.j’ai l’impression que mon œsophage se contracte et ne laisse plus passer le riz . Cela me provoque une douleur trés forte au plexus comme lorsque on avale trop vite et que on sent que ça a du mal à passer. Lorsque le riz est en sauce cela ne me le fait pas . Pensez vous que ce soit un signe d’allergie au riz ?merci pour votre réponse. Lirio Valls

  • Le 11 décembre 2016 à 13:53, par Sebastien En réponse à : Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

    Bonjour,

    J’ai depuis plusieurs mois exactement les mêmes symptômes lorsque je mange du riz.

    Existe t’il des allergies au riz ?

  • Le 27 décembre 2016 à 02:06, par Carole En réponse à : Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

    J’ai aussi c’est symptômes d’avoir de la difficulté à avaler le riz , il descend très péniblement dans mon œsophage mais comme j’ai eu un diagnostique de hernie hiatale je me demande si ce n’est pas plutôt l’hernie qui cause la difficulté à avaler le plus tôt que l’allergie , mais mon doute plane encore .

  • Le 4 mai à 01:27, par Céline En réponse à : Allergie au riz : ce n’est pas de la poudre aux yeux !

    Depuis quelques mois, j’ai des contractions douloureuses à l’oesophage quand je mange du riz.

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