Tertile et pollen : une histoire de désensibilisation…

par Dr Geneviève DEMONET

publié le  12 mars 2012

L’analyse des études sur l’immunothérapie allergénique montre une augmentation de l’efficacité clinique chez les patients hautement symptomatiques : Howarth, P., Malling, H.-J., Molimard, M. and Devillier, P. (2012),

Analysis of allergen immunotherapy studies shows increased clinical efficacy in highly symptomatic patients.

dans Allergy, 67 : 321–327. doi : 10.1111/j.1398-9995.2011.02759.x

- Contexte :

  • L’évaluation de l’efficacité de l’immunothérapie allergénique (ITA) dans le traitement des symptômes de rhino-conjonctivite allergique saisonnière (RAS) représente un défi.
  • L’immunothérapie allergénique diffère du traitement symptomatique en ce que celui-ci traite les patients une fois que les symptômes sont apparus et a pour but de les réduire, alors que l’ITA est administrée avant l’apparition des symptômes et vise à les prévenir.
  • Ainsi, les études cliniques sur l’ITA ne peuvent ni établir un niveau symptomatique de base ni limiter l’inclusion des patients à ceux ayant les symptômes les plus sévères.
  • Les effets du traitement par immunothérapie allergénique sont donc dilués par les patients ayant peu de symptômes lors d’une saison pollinique particulière.
  • L’objectif de cette analyse était de vérifier l’efficacité pouvant être atteinte dans les groupes de patients présentant les symptômes allergiques les plus sévères.

- Méthodes :

  • Les centres d’étude ont été groupés en tertiles catégorisés selon les scores symptomatiques de sévérité observés chez les patients traités par placebo dans chaque centre (tertiles faibles, moyens et hauts).
  • On a vérifié la différence observée dans chaque tertile pour le score moyen entre les patients du groupe actif vs ceux traités par placebo.
  • Ceci a permis l’estimation de l’efficacité qui pourrait être atteinte chez les patients des sites où les symptômes étaient élevés durant la saison pollinique.

- Résultats :

  • Une augmentation de l’efficacité du traitement a été observée chez les patients les plus sévères ; elle était indépendante de l’étude analysée et du score symptomatique utilisé.

- Conclusions :

  • L’utilisation d’une approche par tertile pour analyser l’efficacité de l’ITA dans les études cliniques sur la RAS peut permettre une évaluation plus performante du bénéfice clinique potentiel.

 Dr Geneviève DEMONET

Commentaire de l'auteur :

L’évaluation de l’efficacité clinique de l’immunothérapie pollinique diffère de celle des traitements classiques. Ceux-ci sont en effet administrés chez des patients symptomatiques alors que la désensibilisation est prescrite avant l’apparition des signes cliniques et vise à prévenir leur survenue.

On se heurte bien évidemment à des inconnus au moment de l’initiation du traitement tels que l’intensité de la saison pollinique à venir et des symptômes cliniques résultants. L’efficacité de l’immunothérapie spécifique peut alors être sous-estimée.

Pour contourner la difficulté, une nouvelle approche a été proposée dans l’analyse des résultats de 3 études européennes randomisées en double aveugle contre placebo sur le traitement de la rhino-conjonctivite pollinique par Oralair° (5 pollens de graminées 300 IR Stallergènes°) regroupant 1539 patients (2 études chez l’adulte et 1 chez l’enfant).

Des tertiles ont été déterminés selon les scores symptomatiques observés dans le groupe placebo : faible, moyen et élevé.

Une plus grande efficacité de l’immunothérapie spécifique a été mise en évidence dans les tertiles moyen et surtout élevé.

Une augmentation de l’efficacité du traitement a été observée chez les patients les plus sévères.

Les résultats se sont avérés indépendant du type de score symptomatique utilisé.

L’utilisation de cette technique d’analyse pourrait améliorer l’évaluation de l’efficacité de l’immunothérapie spécifique dans les études à venir…

référence :

http://www.allergique.org/article4393.html

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