Ça gratte où ça fait mal dans la tête !

mardi 22 mai 2012 par Dr Alain Thillay2818 visites

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Ça gratte où ça fait mal dans la tête !

Ça gratte où ça fait mal dans la tête !

mardi 22 mai 2012, par Dr Alain Thillay

Urticaire chronique idiopathique et troubles du stress post-traumatique : une comorbidité peu reconnue. : Madhulika A. Gupta, Aditya K. Gupta

dans Clinics in Dermatology - May 2012 (Vol. 30, Issue 3, Pages 351-354, DOI : 10.1016/j.clindermatol.2012.01.012)

Une grande part de la littérature rend compte du rôle du stress psychologique dans l’urticaire, mais la comorbidité entre urticaire chronique idiopathique (UCI) et les troubles du stress post-traumatique (TSPT), un syndrome classique dû au stress, n’a reçu qu’une faible attention.

- L’étiologie sous-jacente de l’urticaire n’est pas identifiable chez environ 70% des patients, probablement en raison de difficultés d’identification d’une relation directe de cause à effet entre un facteur de relation causal potentiel et l’apparition de l’urticaire.
- Les principaux éléments des troubles du stress post-traumatique (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 4e édition, texte révisé [DSMIV-TR]) qui sont importants dans l’urticaire, incluent :

  • 1) la réactivité du système nerveux autonome et l’état de surexcitation sympathique qui peut se manifester dans le cadre de l’UCI, et
  • 2) la persistance de revivre des événements traumatiques dans le cadre des troubles du stress post-traumatique (TSPT), qui peut se manifester sous forme d’urticaire ou d’œdème de Quincke, ou les deux, affectant une région du corps préalablement traumatisées (par exemple, papules urticariennes affectant la région du corps où le patient avait été poignardé des années plus tôt).

- Les caractéristiques suivantes des troubles du stress post-traumatique rendent difficiles le recours au modèle de cause à effet pour la détermination de la causalité :

  • 1) le TSPT peut d’abord apparaître des années après le traumatisme initial et est classé comme TSPT à survenue différée (DSMIV-TR), et
  • 2) les déclencheurs traumatiques qui précipitent les symptômes du TSPT peuvent être uniques et idiosyncrasiques pour le patient et même ne pas être considéré comme stressant ou traumatisant par des critères normalisés (par exemple, la précipitation des événements pour les TSPT peuvent correspondre à l’odeur d’une certaine eau de Cologne qui a été utilisée par le patient ou bien la visualisation d’une scène d’un film qui n’est pas sans rappeler l’endroit où a eu lieu la situation stressante).

- Finalement, dans les TSPT à début retardé, les patients peuvent ne pas faire d’association consciente entre leur urticaire récurrente et leurs traumatismes antérieurs car ils peuvent développer des associations entre les stimuli conditionnés classiques qui rappellent la situation stressante initiale et leurs réactions somatiques telle que l’urticaire.
- Le clinicien doit être conscient de ces facteurs parce que la résolution satisfaisante de l’UCI ne peut survenir sans traitement des TSPT.
- Si le clinicien soupçonne un syndrome post-traumatique sous-jacent, il est préférable d’adresser le patient à un professionnel de santé mentale qualifié car la prise en charge de l’histoire détaillée du sujet et de ses expériences traumatisantes peuvent avoir un effet déstabilisateur aigu et accroître les symptômes du TSPT chez certains patients.


Au sein des publications concernant l’urticaire chronique idiopathique, une grande part traite de sa relation avec le stress psychologique. Par contre, peu de travaux rendent compte de l’interaction des troubles du stress post-traumatique, au sens du DSMIV-TR, et de l’urticaire chronique idiopathique. Cette étude canadienne, sous forme d’une mise au point sur le sujet, informe de cette relation qui peut être déconcertante dans la forme à début retardée des troubles du stress post-traumatique.

La peau et le cerveau sont issus du même feuillet embryologique, l’ectoblaste, il paraît ainsi assez facile de voir une cohérence entre le fonctionnement des ses deux entités tissulaires.

La peau serait ainsi, d’une certaine manière, le reflet du fonctionnement du cerveau.
A mon sens, l’urticaire chronique reste une maladie de la peau.

Le terme urticaire chronique idiopathique n’est qu’un pis-aller pour ne pas dire que l’on n’a pas su déterminer l’étiologie.

Ici, le propos est plus intéressant, car il rend compte du rapport entre les troubles du stress post-traumatique, entité nosologique dûment agréée dans le cadre du DSMIV-TR, et urticaire chronique.

Le DSMIV-TR insiste sur deux notions, d’une part, un dérèglement du système nerveux autonome avec hypersympathicotonie, et, d’autre part, l’apparition de l’urticaire sur des zones cutanées ayant fait l’objet d’une atteinte lors de l’événement traumatisant initial.

Autres notions, les TSPT peuvent apparaître tardivement mais ainsi la causalité peut apparaître totalement dénuée de sens du fait que le déclenchement est en rapport, par exemple, avec la réminiscence du type odeur ou mise en situation.

Les auteurs insistent sur le fait que la prise en charge devra être pluraliste.

L’allergologue s’aidera du concours d’un psychiatre rompu aux techniques comportementales et cognitives.

Bien sûr, la psychanalyse d’inspiration freudienne est une contre-indication absolue.

Le bilan chez l’allergologue est aussi important, il permettra au patient d’être pris en charge, il sera écouté attentivement, il sera examiné de façon consciencieuse, la peau sera touchée…

L’écoute sera, pour une fois, laissée libre ; il faut que le patient puisse dire son avis.
Sans doute, fera-t-il des rapports saugrenus entre prises alimentaires, ou autres évènements, et ses poussées urticariennes, mais, il racontera aussi des évènements traumatisants pour lui.

Il ne faut pas être juge de ce qui doit être un vrai stress psychologique par rapport à sa propre échelle.

Non, il faut tenir compte du niveau de base de dystonie neuro-végétative du patient et ça c’est assez facile avec l’expérience.

En un mot, l’urticarien chronique doit être prise en charge sérieusement.

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