EAACI 2016 à Vienne - Le congrès de Philippe Auriol

dimanche 12 juin 2016 par Dr Philippe Auriol4059 visites

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EAACI 2016 à Vienne - Le congrès de Philippe Auriol

EAACI 2016 à Vienne - Le congrès de Philippe Auriol

dimanche 12 juin 2016, par Dr Philippe Auriol

L’EAACI est un moment fort en allergologie. De nombreuses interventions passionnantes, des lieux de rencontre et d’échange, un véritable carrefour des connaissances et des cultures comme l’Europe sait en créer parfois.
Je vais vous parler ici "allergènes recombinants" et "allergie alimentaire".

Ma dernière visite à VIenne c’était il y a dix ans lors du même congrès. Les Schnitzel, les Strüdel et les excellents cafés "Italiens" sont encore dans mon souvenir alors que 24h00 après je n’en ai toujours pas mangé. Le temps est à la pluie et la ville impériale est moins glorieuse que dans mon souvenir.


25 ans d’allergènes recombinants : Pièges et bénéfices

  • Que nous ont appris les allergènes recombinants ? par Heimo Breiteneder, Austria
    - Les produits allergisants sont des mosaïques d’allergènes assemblées.
    - Au sein d’un même produit, on peut distinguer une vingtaine d’isotypes différents
    - L’homologie fait la réactivité croisée mais quelques acides aminés de différence peuvent totalement modifier l’allergénicité.
  • Les allergènes recombinants : sont-ils vraiment de meilleurs extraits ? par Stefan Vieths, Germany
    - Les produits recombinés sont plus purs que les produits naturels.
    - Cette purification peut se faire au détriment d’allergènes inconnus
    - La comparaison de l’efficacité des désensibilisations recombinants et naturels ne semble pas donner de perte d’efficacité des produits recombinants.
    - La tolérance des allergènes recombinants est meilleure.

Induction de tolérance et allergie alimentaire

  • L’étude LEAP-on, l’expérience Londonienne par George du Toit, United Kingdom
    - l’introduction précoce de la cacahuète à 4 mois diminue le risque d’allergie à l’arachide
    - durant l’étude les sujets évitant la cacahuète ont été plus assidus que ceux devant en consommer régulièrement.
    - il existe pourtant une contamination forte en protéines de cacahuètes dans les poussières de lit chez les sujets consommant de la cacahuète.
    - le régime d’éviction chez la mère allaitante entraîne une modification alimentaire vers plus de carbohydrates tandis que celui qui comprend une consommation obligatoire de cacahuète amène plus de graisses. Une étude est en cours pour en voir les conséquences nutritionnelles.
    - du point de vue immun :
    • la papule du test cutané reste faible pour les sujets qui consomment de l’arachide depuis l’âge de 4 mois alors qu’elle augmente constamment chez les sujets sans.
    • on note une augmentation des taux d’IgG4 pour l’arachide de 4 mois à 30 mois puis ce taux se rapproche du taux des sujets sans.

  • Prévention primaire de l’allergie de l’autre côté du globe par Debra Palmer, Australia
    - la consommation d’oeuf précocément ne protège pas de l’apparition d’une allergie à l’oeuf.
    - la teneur en ovalbumine du lait maternel est directement liée à la quantité d’oeuf consommé
    - la teneur en IgG4 de l’enfant vis-à-vis de l’ovalbumine est également corrélé à la quantité d’oeuf consommée par la maman.
    - L’auteur préconise avant l’introduction des aliments solides :
    • réduire le développement de l’eczéma
    • réduire la réactivité aux allergènes alimentaires de l’enfant
    • Augmenter les taux d’IgG4 alimentaires pour promouvoir la tolérance
    • Réduire la réponse cytokinique de type th2

Les polynucléaires neutrophiles : trop longtemps oubliés dans l’allergie

Parmi les globules blancs, ceux traditionnellement attachés à l’allergie sont les basophiles et les mastocytes pour libérer l’histamine (etc.), les éosinophiles pour inflammer le lieu et les lymphocytes T et B (pour orienter la réaction et produire les IgE). Parfois, on y aborde rapidement la place des cellules présentatrices mais c’est déjà plus rare. la place des neutrophiles (pnn) est congrue, quasiment inexistante : c’est ce qui rendait cette intervention prometteuse.

La place des neutrophiles dans le système immunitaire par Marco Casatella de Verone

  • Ils sont traditionnellement vus comme des professionnels de la phagocytose dans l’immunité innée jouant un rôle de première défense contre les pathogènes en particulier les bactéries et les champignons.
  • Les avancées récentes leur octroient un panel de possibilités bien plus large :
    • Communication avec les autres leucocytes
    • Source de cytokines
    • Cellule migratrice intra-nodulaire
    • Présentation d’antigène
    • Capacité de restauration
    • Régulateur de l’angiogenèse
    • Freinateur de l’inflammation
    • Il se différencie en des sous classes spécialisées de PNN

Rôles des neutrophiles dans la dermatite de contact par Stefan Martin

Dans la dermatite de contact, ils ont de multiples fonctions.

  • il promeut l’inflammation (cytokines, protéases, ROS, NETosis)
  • il promeut également le recrutement cellulaire
  • il aide l’activation des lymphocytes T
  • il aide également le "homing" des cellules T dans la peau

Ils ont donc des fonctions beaucoup plus variées que nous ne le pensions, en particulier dans l’activation et la régulation de l’immunité innée ou adaptative. Ce sont des cibles intéressantes pour moduler la réponse immune.

L’axe IL-17 IL26 neutrophilique dans l’asthme par Anders Linden, Gothenburg

L’asthme sévère se traduit par une accumulation de polynucléaires, une prolifération du muscle lisse, un remodelage bronchique, une hypersécrétion locale, une réaction allergique, une réaction infectieuse.

La prolifération des polynucléaires neutrophiles (pnn) n’est pas rattachée à l’infection. Elle est par contre associée à la sévérité de l’asthme, en particulier par la production de deux chemokines : l’une de la famille des IL-17, l’autre de celle des IL-26

L’IL-17 est associé à une chute du dépit de pointe : plus le débit est bas, plus il y a d’IL-17 présente. Un profil Th2 est déjà associé à une chute de ce débit de pointe mais l’association de ce profil Th2 à un profil Th17 accentue notablement encore cette chute du débit de pointe.


Pour l’IL-26, les choses sont moins argumentées. Il semble bien être davantage présent dans les asthme non contrôlés sans que l’on ne puisse totalement l’expliquer.

Cet axe sécrétoire particulier pose donc quelques questions pour l’avenir :

  • Est-il corticosensible ?
  • Correspond-il à un phénotype particulier de patients ?
  • Sera-t-il intéressant à cibler par de nouvelles molécules ?

Mes Posters

Dans les congrès, il y a les sessions et puis, lors des pauses, une errance un peu forcée chez nos partenaires industriels pour arriver dans un coin de purgatoire appelé zone des posters. De nombreuses équipes de chercheur affichent ici des petites études, avec faible financement ou même sans, pour appuyer des convictions, des anecdotes.

Cette année j’y ai donc appris qu’il existait des cas d’allergie au hérisson (Hedgehog) en particulier en Afrique où il est un animal familier fréquent (donc si vous vous posiez la question je parle bien d’allergie aérienne et non alimentaire, nos amis hérissons apprécieront que vous ayez pu penser qu’on puisse les manger (ndr : c’est le cas à la Réunion par exemple mais chut). Cette allergie est reliée à la présence de différentes allergènes (Acidic mamalian chitinase-like elastase de 40kDa, Carboxypeptidase A1 de 32kDa, Chymotrypsin-like elastase family member CELA1 de 29kDa). J’ai vu également que des équipes, au Brésil et en Turquie, réalisent des "Sting challenge" dans l’allergie au venin d’abeille. Ils prennent une abeille à la pince et la forcent à piquer le patient. C’est un test à ranger dans les tests de provocation. Ils valident ainsi l’efficacité d’une désensibilisation ou la réalité d’une allergie. Il y a également un beau cas (en médecine on parle de beau cas quand c’est spectaculaire et surprenant, cela n’a rien d’esthétique évidemment et ne fait certainement pas preuve de compassion pour le patient) de photosensibilisation à la cetirizine qui est un anti-histaminique très répandu. Un peu plus loin une autre étude, Turque, montre la corrélation entre la fréquence des déficits des différentes classes et sous classes d’immunoglobulines et l’allergie. Il y en a plus chez les hommes, dans 46% il y a asthme lors de ces déficits, dans 61% une rhinite persistante, 11% une dermatite atopique et 2,7% une allergie alimentaire. Ce dernier chiffre me surprend car j’avais appris que le déficit en IgA, fréquent, était bien plus associé que cela aux allergies alimentaires.


Lors de la visite des stands j’ai noté l’apparition d’un nouveau stylo auto-injecteur d’adrénaline, l’Emerade® dosé en 150, 300 et 500µg avec pour les 2 derniers une aiguille plus longue que d’habitude (23mm versus 16mm) et un produit facile à manipuler (un bouchon à enlever et on appuie sur le muscle).

Un reproche ? Oui, deux ! sa fenêtre de visualisation de la péremption d’adrénaline n’est pas visible directement mais nécessite d’enlever une étiquette. Le deuxième est le design : très bel objet, très épuré, très blanc n’évoquant en rien un stylo d’adrénaline ! Pas encore de commercialisation en France.


Compte-rendu réalisé grâce au soutien du laboratoire

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