EAACI 2016 : le congrès du Dr Alain Thillay

mardi 14 juin 2016 par Dr Alain Thillay2727 visites

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EAACI 2016 : le congrès du Dr Alain Thillay

EAACI 2016 : le congrès du Dr Alain Thillay

mardi 14 juin 2016, par Dr Alain Thillay

Dernière mise à jour le 14 juin à 17 H 00 -


Session de présentations d’abstracts dont le thème central était la pathologie des mécanismes de la dermatite atopique.

Présidents : Karsten Weller et Rodoslav Spiewak

Eleni Papakonstantinou, Allemagne, a présenté un travail concernant le BDNF (facteur neutrophique dérivé du cerveau) et la dermatite atopique (DA) de l’enfant.

Plusieurs études ont montré que les neuromécanismes ont un rôle dans les maladies inflammatoires allergiques.

Ainsi, chez l’adulte atteint de DA persistante, il a été constaté que le BDNF était augmenté et que les éosinophiles montraient une augmentation de BDNF.

L’auteur a voulu vérifier ce constat chez l’enfant atteint de DA avec prise en compte du SCORAD, de l’âge, prurit, ECP, filaggrine et les cytokines Th2, IL-4 et IL-13 comparativement à un groupe témoin d’enfants non atopique.

Les résultats de l’étude objectivent que le BDNF est augmenté chez les enfants souffrant de DA avec une corrélation en fonction du SCORAD et du prurit.
- De plus, le BDNF est corrélé avec l’ECP mais pas avec les cytokines du profil Th2.
- Cette étude apporte une donnée nouvelle, le BDNF apparaît jouer un rôle physiopathologique de la DA et pourrait ainsi devenir un nouveau biomarqueur de l’évolution de la DA.

Le taux de la périostine sérique et facteurs de risque de la sévérité de la DA chez l’enfant, Pinar Uysal, Turquie

La périostine, protéine de la matrice extracellulaire, joue un rôle central dans les maladies cutanées allergiques.

Le but de l’étude était de vérifier la pertinence du dosage de la périostine sérique comme facteur de risque de la sévérité de la DA.
- Les 120 enfants sélectionnés, âgés de un à 12 ans, ont été évalués et suivis à l’aide du SCORAD, dosage de la vitamine D et celui des IgE totales sériques.
- Le statut d’atopie était déterminé par les tests cutanés.
- De façon significative, le niveau de la périostine sérique est associé avec la DA sévère, l’atopie et le statut en vitamine D chez des enfants atteints de DA.

Caractérisation de la réactivité IgE dépendante à l’encontre du virus herpès simplex 1 (HSV-1) chez des patients atteints de DA compliquée d’eczéma herpétique. Cabanillas B, Allemagne.

La surinfection de la DA par HSV-1 constitue la complication virale la plus reconnue de cette maladie cutanée allergique.

Les infections virales ont la capacité d’augmenter la production des IgE pouvant ainsi contribuer à des exacerbations des maladies atopiques.

Le but de ce travail était de vérifier l’IgE-réactivité à l’encontre de HSV-1 et sa pertinence dans un sous-groupe de patients atteints de DA compliquée d’eczéma herpétique (EH).
- Chez les patients DAEH, l’auteur a noté des taux plus élevés d’IgE spécifiques d’HSV-1 comparativement à ceux des patients DA.
- Il a été aussi montré une plus grande activation des effecteurs cellulaires liés aux IgE ainsi que les cellules T à mémoire et avec une augmentation de la production de l’IL-4, cytokine de profil Th2 chez les patients DAEH.
- Ces mécanismes d’échappement de l’IgE-réactivité virale pourrait expliquer en partie la plus grande susceptibilité aux infections virales des patients DAEH.

Éducation du patient chez des adultes atteints de dermatite atopique. Résultats d’une étude allemande randomisée, contrôlée, multicentrique.

La dermatite atopique atteint 1 à 3% des adultes des pays industrialisés occidentaux.

Le but de cette étude était d’évaluer les effets d’une formation éducative structurée chez des patients suivis en ambulatoire dont les thèmes concernaient les facteurs psychosociaux, la sévérité de la DA et la perception subjective du stress.
- Il s’agissait d’adultes souffrant de DA.
- 315 patients adultes atteints d’une DA dont le score du SCORAD s’établissait à au moins 20 ont été inclus dans cette étude allemande prospective, randomisée, contrôlée, multicentrique.
- 234 patients ont suivi l’étude complète durant un an.
- Un groupe témoin de patients comparables pour la DA a été constitué qui ne suivaient pas le parcours éducatifs.
- Les patients ont reçu 12 heures de formation réparties dans une période de 3 à 8 semaines.

Les points essentiels de l’étude étaient :

  • 1) une diminution significativement plus importante des facteurs négatifs de cognition ;
  • 2) une diminution significativement plus importante de « l’anxiété sociale » ;
  • 3) une amélioration significativement plus importante de la charge subjective due aux symptômes de la maladie ;
  • 4) une amélioration significativement plus élevée des symptômes de la DA par le score du SCORAD.
  • Et tout cela en comparaison des résultats du groupe témoin dont les sujets ne recevaient pas de formation.
  • Les patients du groupe formation ont montré une amélioration dans les 4 points essentiels que s’étaient fixés les expérimentateurs.
  • Les résultats sont tous significatifs par rapport à ceux du groupe témoin.

Ainsi, ce programme éducationnel représente un outil efficace pour améliorer les soins ambulatoires de patients adultes atteints de dermatite atopique.


Anaphylaxie induite par l’exercice : état des lieux.

Pour ce symposium, trois intervenants sont venus apporter leur pierre à l’édifice : Stefano Del Giacco, Italie ; Marcin Kurowski, Pologne ; Morton Juncker Christensen, Danemark.

Généralités
La première description de l’anaphylaxie à l’effort remonte à 1979, allergie aux fruits de mer Maulitz RM et al, suivi d’une autre en 1980 Sheffer AL et al.

Dans l’anaphylaxie induite par l’effort physique (AIE), il convient de distinguer :
- AIE non dépendante de l’aliment ;
- AIE dépendante de l’aliment :

  • spécifique d’un aliment, exemple le blé,
  • non spécifique d’un aliment.

L’AIE :
- est rare, non prédictible ;
- touche plutôt les sujets jeunes (4-30 ans) ;
- l’anaphylaxie en général est responsable de 1 à 2 % de mortalité.
- 5 à 15% des anaphylaxies sont associées à l’exercice physique.

Diagnostics différentiels
- œdèmes, angio-œdèmes :

  • urticaire et angio-œdème chroniques,
  • ACE I, prise de médicaments,
  • déficit ou dysfonctionnement du complément.

- Atteintes cutanées, flush :

  • urticaire cholinergique,
  • urticaire physique,
  • flush physiologique,
  • mastocytose

- malaise vagal.
- Vasculaires :

  • anomalies cardiaques, arythmies,
  • syndromes inflammatoires systémiques.

- Symptômes des voies respiratoires supérieures :

  • dysfonctionnement des cordes vocales,
  • accès de panique.

- Symptômes de voies respiratoires basses :

  • asthme induit par l’effort.

Les aliments responsables
- Ils sont nombreux, les principaux sont :

  • le blé et ses produits ;
  • les crevettes ;
  • le soja ;
  • les fruits à coques.

Les cofacteurs de l’anaphylaxie
- Les cofacteurs jouent un rôle dans 30% des réactions anaphylactiques chez l’adulte et 18% chez l’enfant.
- Les cofacteurs communs :

  • l’exercice physique
  • aspirine/AINS
  • alcool
  • infection aiguë
  • menstruation
  • stress
  • privation de sommeil.

- Effets des cofacteurs :

  • diminution du seuil de réactivité
  • augmentation de la sévérité
  • annulation de la tolérance clinique acquise.

Clinique
- Les symptômes les plus fréquents sont :

  • prurit,
  • urticaire,
  • angio-œdème,
  • dyspnée, sifflements thoraciques.

- Les autres symptômes moins fréquents :

  • dysphagie,
  • striction thoracique,
  • perte de connaissance,
  • sueurs,
  • céphalées,
  • colique, diarrhée, vomissement,
  • choc, striction laryngée, dysphonie.

- La durée entre la prise du repas et l’exercice physique est variable selon les études allant de 30 à 240 minutes.
- La durée de l’exercice physique avant l’apparition des symptômes varie de 10 à 50 minutes.
- Parfois l’aliment responsable est ingéré dans un délai très court juste après l’effort physique.

Mécanismes physiopathologiques
- Les publications pertinentes montrent différents mécanismes possibles :

  • L’exercice induit une augmentation de la perméabilité du tractus gastro-digestif.
  • Il augmente l’activité de la transglutaminase tissulaire au sein de la muqueuse digestive.
  • L’exercice entraîne en redistribution de la circulation sanguine et une hétérogénéité des mastocytes.
  • l’exercice augmente l’osmolalité plasmatique susceptible d’induire la sécrétion d’histamine par les basophiles.
  • l’exercice induit une augmentation de l’acidose et de la dégranulation des mastocytes.

- Augmentation de la perméabilité gastro-intestinale en rapport avec l’activation du transport transcellulaire et paracellulaire.

  • Des études, Jeukendrup et al, Pals K et al, suggèrent que seul l’exercice physique important et de longue durée serait susceptible d’altérer l’intégrité digestive et la perméabilité.
  • Ce constat semble particulièrement marqué pour l’intestin grêle.

- Exercice et aspirine.

  • l’exercice + aspirine augmente le taux de gliadine sérique à la fois chez les patients atteints d’anaphylaxie à l’effort au blé et chez les sujets contrôle.
  • l’exercice + aspirine augmente aussi la perméabilité intestinale chez les patients et les contrôles.
  • Ce constat suggère qu’il est fortement peu probable que l’exercice physique entraîne à lui seul l’altération de la perméabilité intestinale.

- Augmentation de l’activation de la transglutaminase tissulaire au niveau de la muqueuse digestive.

  • Le blé est souvent impliqué dans l’AIE.
  • L’augmentation des IgE spécifiques de la fraction éthanol-soluble des protéines de stockage comme l’oméga-5 gliadine (Tri a 19) avec réactivité croisée concernant le seigle (sécalines) et l’orge (gamme-3 hordéine).
  • L’exercice physique augmente l’activité des transglutaminases tissulaires du fait d’une agrégation des peptides et d’une meilleure liaison aux IgE.
  • Les transglutaminases tissulaires sont localisées sous la monocouche cellulaire épithéliale, elles sont sécrétées par les cellules stressées, y compris par l’exercice physique.
  • Elles sont impliquées aussi dans la maladie cœliaque.
  • Les médiateurs inflammatoires comme IL-6 augmente la sécrétion des transglutaminases tissulaires.
  • Les principales sources de l’IL-6 sont les fibroblastes et les cellules endothéliales.
  • Durant l’exercice l’IL-6 est aussi produite par les muscles squelettiques.
  • Le rôle de l’IL-6 vis-à-vis des transglutaminases reste toutefois à préciser.

- Redistribution de la circulation sanguine durant l’exercice physique et hétérogénéité des mastocytes.

  • Cette redistribution se fait surtout au bénéfice du cœur et des muscles squelettiques tout en conservant une perfusion correcte pour le cerveau et les os, et au détriment du système digestif, y compris le foie, de la peau et de la masse grasse.
  • La redistribution de la circulation sanguine durant l’effort est sous la dépendance du système sympathique même pour un effort peu important.
  • Cette redistribution implique aussi la circulation des leucocytes au niveau des zones impliquées dans l’AIE.
  • Les mastocytes tendent moins à circuler avec une hétérogénéité, les mastocytes conjonctivaux étant plus représentés que les mastocytes muqueux.
  • La redistribution de la circulation lors de l’effort peut jouer un rôle déclencheur dans l’AIE, mais là aussi, nous manquons de preuves expérimentales.

- L’effort physique augmente l’osmolalité plasmatique induisant la sécrétion d’histamine par les basophiles.

  • L’osmolalité plasmatique est conditionnée par la température et l’apport hydrique.
  • Le pourcentage de basophiles CD203c+ augmente avec l’augmentation de l’osmolalité.
  • L’activation des basophiles CD203c+ peut servir de test pour le diagnostic de l’AIE au blé.

- L’exercice physique induit l’acidose et la dégranulation des mastocytes.

  • L’exercice physique modéré à intense est associé à des modifications de l’équilibre acide/base tant du point de vue local que systémique.
  • Il s’agit d’un processus naturel qui survient comme conséquence du métabolisme cellulaire durant l’effort entraînant la libération de différents produits pouvant modifier l’équilibre acido-basique.
  • Un cas clinique provenant du Japon (Katsunuma et al. en 1992) révèle l’histoire d’un patient souffrant d’AIE liée au blé à qui il a été proposé un test de provocation à l’effort précédé ou non de l’ingestion de bicarbonate de soude. La prise de 3 grammes de bicarbonate de soude a permis d’atténuer les symptômes de l’AIE précédé par l’ingestion de 70 grammes de pain.
  • Il a été montré qu’un pH inférieur à 7 est responsable de l’activation des mastocytes.
  • Malheureusement, il n’existe qu’une seule étude et concernant un seul cas.

- Avancée récente

  • Kai P et al ont publié la première étude, cas-contrôles, génétique chez des patients atteints d’AIE.
  • Ils ont mis en évidence une grande fréquence d’expression de gènes codant pour 3 cytokines dont IL-4-C590T+ chez tous les patients par rapport au groupe contrôle.

Diagnostic
- L’histoire de la maladie.
- Test in vivo :

  • tests cutanés
  • tests de provocation.

- Test in vitro :

  • IgE spécifiques des trophallergènes
  • test d’activation des basophiles
  • test de libération de l’histamine.

- Test de provocation (proposé par Christensen :

  • course sur tapis roulant durant 15 à 60 minutes
  • 30 à 180 minutes après la prise alimentaire.
  • pour l’alcool, prise 10-35 ml d’éthanol à 95%, 30 minutes avant la prise alimentaire.
  • pour l’aspirine, prise de 100-1000 mg avant ou après la prise alimentaire, 30 à 60 minutes avant la prise alimentaire.
  • A savoir que pour les tests de provocation avec cofacteur, il n’existe pas de protocole établi ou largement utilisé.

    Nouveaux allergènes chez les animaux à fourrure. Christiane Hilger, Luxembourg

35% des ménages européens possèdent un animal de compagnie ; 65% aux Etats-Unis.

Les animaux à fourrures ont deux grandes familles d’allergènes :
- Albumines sériques :

  • composant principal du sérum
  • présent au niveau des poils, de la salive, de la viande et du lait
  • structure d’hélice alpha
  • thermolabile
  • fortes identités de séquence entre les albumines de mammifères.

- lipocalines :

  • présentes au niveau poils, salive et urine
  • petites protéines de transport
  • structure de feuillets Bêta.
  • haute identité structurelle
  • séquences divergentes avec une faible identité de séquence
  • la majorité des lipocalines ne croisent pas
  • quelques unes démontrent toutefois une réactivité croisée à IgE : Fel d 4, Can f 6 et Equ c 1

- Fel d 1 est l’allergène majeur du chat, marqueur spécifique de l’allergie au chat.
- pour le chien les choses sont moins claires

  • pas de marqueur spécifique de l’allergie au chien disponible
  • la salive du chien contient plus d’allergènes que les poils.
  • Can f 5 serait l’allergène dominant du chien

- Chez un patient ayant un test cutané et/ou IgE spécifiques du produit chat (e1) si :

  • Fel d 1 + et Fel d 2/4 - : sensibilisation primaire au chat
  • Fel d 1 + et Fel d 2/4 + : sensibilisation primaire au chat, potentiellement sensibilisation croisée ou co-sensibilisation à un autre animal ou un aliment, dans ce cas :
    • si Bos d 6+ : marqueur d’une allergie à la viande ou au lait
    • si Sus s 1+ : marqueur du syndrome chat/porc
  • Fel d 1 – et Fel d 2/4 + : sensibilisation croisée au chat, vérifier l’allergie primaire :
    • Can f 1/2/5 +, Equ c 1 +/- : sensibilisation primaire au chien
    • Can f 1/2/5 -, Equ c 1 + : sensibilisation primaire au cheval.

- Une étude suédoise ( Bjerg et al) montre que :

  • pour le chat co-sensibilisation à Fel d 1 et Fel d 4 est associée à l’existence d’un asthme
  • pour le chien, co-sensibilisation à Can f 5 et Can f 1/2 est associée à l’existence d’un asthme.
  • l’asthme est associé à de plus hauts niveaux d’IgE sensibilisation et de composants allergéniques pour le même animal.

- Une étude de Arsanoj et al. suggère que chez l’enfant la présence d’IgE spécifiques de Fel d 1 et de Can f 1 et une polysensibilisation à des allergènes moléculaires du chat et du chien sont prédictives du développement d’une allergie au chat ou au chien à l’âge de 16 ans.
- Une étude Wisniewski et al tend à démontrer que la dermatite atopique est fortement liée à la présence d’IgE spécifique de Fel d 2.
- L’allergie au cheval souffre toujours d’un nombre d’études insuffisant, toutefois, à priori, pas de marqueur spécifique de l’allergie au cheval ; Equ c 1 serait associé à l’asthme sévère chez l’enfant.

- Allergie au bétail

  • Bos d 2 est l’allergène majeur des allergies respiratoires au bétail.
  • les albumines Sus s 1 et Bos d 6 sont impliquées dans des cas d’asthme professionnel.
  • attention les manifestations respiratoires fréquentes chez les éleveurs de porcs ne sont pas IgE dépendantes.

- Allergie au lapin

  • la structure de Ory c 3 est comparable à Fel d 1

- Allergie au cobaye

  • elle est liée au lipocalines Cav p 1, 2 et 3

- Allergie aux petits animaux

  • pour le rat et la souris (allergie professionnelle) les lipocalines Rat n 1 et Mus m 1 ont une forte homologie séquentielle (64%) et croisent.
  • chez le hamster roux la lipocaline Mes a 1 est l’allergène majeur
  • chez le hamster nain un nouvel allergène de 21 k Da a été mis en évidence, il s’agit là aussi d’une lipocaline.

L’allergie aux animaux domestiques exotiques sans fourrure.

  • des cas de rhinoconjonctivite et d’asthme au contact d’iguane, avec IgE réagissant à l’encontre d’un extrait d’écailles
  • plusieurs cas d’anaphylaxie ont été décrits après morsure de différentes espèces de lézards.
  • des allergies au hérisson africain avec symptômes respiratoires et urticaire ont été mises en évidence, accompagnées d’une IgE réactivité à l’encontre d’un extrait d’épines et de poils.
  • Attention il faut distinguer les réactions allergiques vraies à ces animaux des réactions toxiques, attention aussi au risque d’allergie aux aliments (graines, fruits à coque, larves, crevettes et poissons séchées).

Contribution des aéroallergènes à l’inflammation digestive, Valérie Verhasselt, France

Les acariens sont retrouvés dans la poussière de maison provenant des matelas, les tapis, les moquettes mais aussi dans les lieux publics ; globalement en tout lieu humide.

6 à 40%, selon les études, de la population générale sont sensibilisés aux acariens.

Ils sont impliqués dans plus de 50% des allergies respiratoires (rhinite/asthme) et dans la dermatite atopique.

Nombre d’allergènes moléculaires de l’acarien sont des enzymes (Der p 1, Der p 3, Der p 6, Der p 9, Der p 18, 19 et 20).

  • Der p 1 est une cystéine protéase.
  • les cystéines protéases et sérines protéases de Der p peuvent détériorer la barrière épithéliale et activer le système immunitaire (mastocytes, basophiles, cellules dendritiques, Th2).

Question importante : est-ce que les allergènes respiratoires peuvent être retrouvés au niveau du tube digestif chez l’adulte (Beamish et al.).
- Une étude ancienne a montré que 70% de l’ovalbumine inhalée est retrouvée dans le tube digestif.

  • Les particules > 5µm sont bloquées dans l’oropharynx et avalées.
  • Les aliments contaminés par les protéines d’acariens peuvent donc apporter ces protéines au niveau du tube digestif.
  • dans cette étude, il a été mis en évidence la présence de Der p 1 tout du long du TD du duodénum au rectum, en valeurs décroissantes.

Der p augmente la perméabilité de la barrière digestive.

  • la cystéine protéase (Der p 1) et/ou les sérines protéases (Der p 3, 6, 9) perturbent la barrière épithéliale.
  • ces conséquences sur l’intégrité de la barrière épithéliale ne requiert pas d’IgE réactivité vis-à-vis de Der p 1 mais est susceptible de l’induire.
  • la cystéine protéase induit la sécrétion de cytokines.
  • Der p 1 augmente la détérioration de la barrière intestinale chez les patients atteints du syndrome du colon irritable (SCI) tout en induisant une balance pro-inflammatoire.
  • la protéase de type Der p survit à la digestion et augmente la perméabilité digestive in vivo.

Une étude (Miacchiaverni et al. 2014) suggère fortement que l’exposition orale à Der p, lors de l’allaitement maternel, initie une sensibilisation chez la souris.

Lors d’une session de présentation orale qui aura lieu le 14 juin à Vienne, l’auteur suggère la même possibilité mais chez le nourrisson.


Symposium : biomarqueurs de l’allergie et de l’inflammation.

Biomarqueurs dans l’asthme et le remodelage des voies respiratoires. Hae-Sim PARK, Corée.

Le biomarqueur idéal répond à une définition précise, la mesure doit être reproductible, peu ou pas invasive, facile à mettre en œuvre, peu coûteuse.

Le biomarqueur s’inscrit dans la détermination du phénotype de l’asthme ou de la maladie respiratoire prise en compte.

Dans le cadre de l’inflammation à éosinophiles, on recherche un ou des biomarqueurs pour évaluer la sévérité et de la réponse thérapeutique.
De longue date les explorations fonctionnelles respiratoires et le NO exhalé autorisent une première approche ; ce dernier test qualifie la sévérité de l’asthme mais aussi, en cas de résultat très élevé, suggère une bonne réponse aux corticoïdes inhalés.

Le dosage de la BrTyr urinaire est un biomarqueur d’une haute réversibilité au Beta2mimétiques.

L’EBC (Exhaled Breath Condensate) est une source importante de biomarqueurs de la fonction respiratoire.

Le dosage de la périostine, si élevé, indique une inflammation plutôt à éosinophiles associée à une atteinte pituitaire et à une corrélation de l’augmentation du NO exhalé ; mais aussi du remodelage (déposition dans les bronches).

L’IL-13 est un biomarqueur pour évaluer le contrôle de l’asthme. Tsogglianni et al. ont mis en évidence cette particularité en accord avec le taux d’éosinophiles des sécrétions pulmonaires et du NO exhalé.

Les biomarqueurs spécifiques de l’inflammation TH2, le taux du NO exhalé, l’éosinophilie sanguine ou des sécrétions pulmonaires, le taux de la périostine sérique, aident à caractériser un phénotype d’asthme de type 2 moléculaire.
Les traitements à l’aide d’agents biologiques ayant pour cible les IgE (omalizumab) ou toutes autres cibles du profil TH2, IL-4, 5 et 13, sont donc indiqués dans ce phénotype type 2 élevé d’asthme.

Dans le cadre de l’AERD (Asprin-Exacerbated Respiratory Disease), les biomarqueurs sont utiles pour déterminer différents sous-types :

  • AERD avec rhinosinusite chronique/atopie sans urticaire : augmentation des éosinophiles sanguins/sécrétions pulmonaires et des IgE totales sériques.
  • AERD avec rhinosinusite chronique sans urticaire/atopie : surexpression sexe féminin, augmentation éosinophiles sanguins et des sécrétions pulmonaires.
  • AERD sans urticaire, sans rhinosinusite chronique : diminution des éosinophiles circulantes et des sécrétions pulmonaires.
  • AERD avec urticaire : augmentation du VEMS, augmentation des IgE spécifiques de d1 et d2, diminution des éosinophiles circulantes et des sécrétions pulmonaires.

Toutes ces données permettent une meilleure prise en charge thérapeutique.

Au total, dans les maladies inflammatoires respiratoires, tout particulièrement dans l’asthme, les biomarqueurs s’inscrivent dans :

  • le diagnostic incluant le degré d’évolution ;
  • le pronostic ;
  • la surveillance ;
  • le suivi de l’efficacité ;
  • la stratification sélective ou discriminative ;
  • la valeur prédictive.

Intérêt des biomarqueurs dans l’immunothérapie : statut et attentes. Adam Chaker, Germany

Dans l’immunothérapie allergénique (ITA), les biomarqueurs se répartissent en 7 domaines :
- IgE : IgE totales, IgE spécifiques, rapport IgE spécifiques/IgE totales ;
- IgG : IgG1 et IgG4 spécifiques incluant le rapport IgE spécifiques/IgG4 spécifiques ;
- activité inhibitrice sérique des IgE : IgE FAB et IgE BF ;
- activation des basophiles ;
- cytokines et chémokines ;
- marqueurs cellulaires (cellules T régulatrices, cellules B régulatrices et cellules dendritiques) ;
- biomarqueurs in vivo (tests de provocation nasale et en chambre).

1- IgE
- les IgE spécifiques et les symptômes en relation avec l’exposition allergénique constituent la pierre angulaire du diagnostic et du traitement de la maladie allergique.
- Nombre d’études concernant l’ITA ont montré une augmentation transitoire des IgE spécifiques après une période de diminution avant l’augmentation saisonnière de ces IgE ; pour autant, ce pic transitoire n’est pas associé à une augmentation de la sévérité.
- les études de long terme sur l’ITA mettent en évidence une diminution du taux des IgE spécifiques au cours du temps.
- les réponses des IgE totales sériques sont hétérogènes au cours de l’ITA.
- Une étude, Lorenz et al, concernant à la fois ITASL et ITASC, regroupant 279 patients, sur 4 ans d’ITA (pollens de Graminées, d’olivier, de pariétaire et acariens domestiques) a montré la valeur prédictive de la réussite d’une ITA du marqueur rapport IgE spécifiques/IgE totales (courbe ROC), seuil à 16,2%, sensibilité à 97,2% et spécificité de 88,1%.

Avantages et inconvénients des IgE
- Avantages :

  • le dosage des IgE sériques représente l’étalon-or de la sélection des patients éligibles à l’ITA ;
  • les IgE augmentent durant la phase d’ascension des doses, se maintiennent durant la phase de stabilisation tout en subissant des fluctuations en fonction de l’exposition allergénique.

- Inconvénients et problèmes :

  • Les IgE spécifiques subissent une augmentation lors de la montée initiale des doses de l’ITASC et de façon plus prononcée pour l’ITASL cependant sans effets secondaires ;
  • Le rapport IgEs/IgE n’a pas encore été vraiment évalué dans le cadre de d’études contrôlées en double aveugle contre placebo ;
  • l’équivalence de l’unité de mesure des IgE totales kUI/l avec l’unité de mesure des IgE spécifiques kUa/l n’a été démontrée que dans une seule étude.

- Besoins non satisfaits et recommandations.

  • Plus de données sont requises pour évaluer la relation entre IgEs/IgE et les données cliniques chez les répondeurs et non-répondeurs à l’ITA ;
  • le rapport IgEs/IgE nécessite d’être évalué comme biomarqueur de l’ITA dans des études contrôlées pour mieux préciser la valeur seuil, la sensibilité et la spécificité ;
  • pour comparer de façon efficace les résultats il faut établir une technique de mesure standardisée.

2- IgG (IgG1 et 4 spécifiques, rapport IgG4spécifiques/IgE totales)
- Les sous-types des IgG augmentent durant l’ITA, particulièrement les IgG4 dans une gamme de 10 à 100 fois.
- Quelques études rapportent, mais pas toutes, une corrélation entre IgG4s et résultats cliniques, cette donnée reste donc à préciser.
- Après l’arrêt de l’ITA, les IgG4 spécifiques se maintiennent.
- les IgG4 spécifiques peuvent entrer en compétition avec les IgEs au niveau des récepteurs epsilon des mastocytes et des basophiles ayant alors un rôle préventif sur leur activation.
- ces faits pourraient donner une double spécificité des IgG4s, diminution du lien des IgE et rôle anti-inflammatoire.
- le mucus des voies respiratoires contient des IgG1 et des IgG4 qui sont augmentées chez l’allergique et après ITA.

- Avantages et désavantages

  • Avantages :
    • des études pertinentes montrent une élévation des IgG4 dans l’ITASL et l’ITASC ;
    • les IgG4 indiquent le niveau d’exposition à l’allergène ce qui permet une approche personnalisée ;
  • Inconvénients et critiques des résultats
    • Pas de relation solide entre quantification des IgG4s et l’efficacité de l’ITA ;
    • les données sont controversées concernant le rapport IgG4/IgE dans l’ITASL.

3- inhibition de l’activité sérique des IgE (IgE-FAB, cellules B et facteur bloquant des IgE).

- Trois concepts :

  • blocage de la liaison des IgE à l’allergène (IgE-BF)
  • liaison d’un complexe IgE-allergène aux cellules B via CD-23 (IgE-FAB)
  • inhibition des basophiles.

- Après IAT les sera des patients montrent une diminution de la facilitation de la présentation de l’allergène par les cellules B au clone de cellules T spécifiques de l’allergène.
- L’IgE-FAB diminue après ITA mais n’est corrélé que modestement à la réponse clinique.

4 - basophiles

- les basophiles ont des caractéristiques communes avec les mastocytes mais ont un rôle propre dans la réponse immune innée et les réponses allergies systémiques.

- l’ITA est associée à l’inhibition de l’activation des basophiles :

  • en prévenant l’interaction avec les IgE ;
  • en interaction avec Fc gammaRIIb/IgG.

- pas de diminution cohérente de la réponse des basophiles démontrée dans les études.

- pour avoir des basophiles viables, il faut intervenir sur le prélèvement sanguin dans les deux heures.

- 5 à 10% des patients n’ont pas de réactivité des basophiles par liaison aux IgE.

5- interleukines et chémokines.
- Beaucoup d’étude sur les interleukines du profil Th1 (INF gamma, IL-12) et les cytokines régulatrices (IL-10 et TGF bêta.
- pas de relation clairement établie entre cytokines sériques et résultats cliniques de l’ITA.
- l’expression des cytokines locales paraît plus indiquée.

6- réponses cellulaires (cellules régulatrices, B régulatrices, cellules dendritiques).
- l’ITA est associée à l’induction d’une réponse cellulaire dans laquelle les cellules régulatrices, les cellules B régulatrices et les cellules dendritiques sont impliquées.
- les cellules régulatrices sont sous la surveillance :

  • Foxp3+ des cellules T (Tregs) ;
  • l’induction précoce des Tregs peut être associée à une déviation différée du profil Th2 au profil Th1.

7- : test de provocation nasale et tests d’exposition.
- les tests de provocation reflètent les modifications de la tolérance allergénique.
- ils permettent de pratiquer des procédures standardisées reproductibles.
- peuvent être utilisés en tant que substitut des marqueurs de la réponse clinique à l’ITA.
- il est facile de pratiquer des études de suivi ou de dose-réponse.
- moins de coût et moins de patients.


Compte-rendu réalisé grâce au soutien du laboratoire

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