Un travail publié dans Nature Scientific Reports s’est attaqué à une question très concrète : à quoi ressemble, dans la vraie vie, l’exposition aux additifs alimentaires en France ?

Ce que montre l’étude

À partir de la grande enquête nationale Esteban (France, 2014–2016), les auteurs montrent que l’exposition aux additifs est fréquente et que ces substances sont majoritairement consommées sous forme de mélanges (“mixtures”).

  • Chez les adultes, 3 grands profils de mélanges ressortent
    • Gâteaux/snacks salés + plats salés ultra-transformés, plus souvent hommes, plus jeunes, niveau d’études élevé (≥ 2 ans après le bac), et moins souvent ouvriers
      • Additifs typiques : régulateurs d’acidité (carbonates de sodium, d’ammonium), émulsifiants/épaississants (diphosphates, glycérol, esters tartriques des mono-/diglycérides, polyphosphates, gomme de caroube, alginate de sodium), colorants (acide carminique, caroténoïdes).
      • Aliments associés : gâteaux/biscuits industriels, snacks salés (cacahuètes/fruits secs salés), aliments salés transformés/ultra-transformés (pizzas, burgers, tourtes salées) + sodas sucrés.
    • Plats préparés + desserts lactés, surtout associée à un IMC plus élevé
      • Additifs typiques : émulsifiants (amidons modifiés, gomme guar, pectine, cellulose, carraghénanes, gomme de caroube, alginate), colorants (curcumine, lutéine, caroténoïdes, extrait de paprika), conservateur (sorbate de potassium), exhausteur (glutamate monosodique).
      • Aliments associés : plats prêts-à-manger, desserts lactés, aliments salés transformés/ultra-transformés, snacks salés, produits laitiers, matières grasses/sauces.
    • Boissons sucrées et light + pâtisseries, faibles revenus, davantage hommes, 30–50 ans, fumeurs, travail manuel
      • Additifs typiques : émulsifiant (gomme arabique/acacia), régulateurs d’acidité (citrates de sodium, acides phosphorique/citrique/malique), édulcorants (acésulfame-K, aspartame), agent d’enrobage (cire de carnauba), colorants (dioxyde de titane, caramel au sulfite d’ammonium, paprika, acide carminique, bleu brillant FCF).
      • Aliments associés : boissons sucrées et boissons édulcorées + pâtisseries
  • Chez les enfants, 4 profils, avec des expositions globalement plus marquées dans les âges pédiatriques.
    • Biscuits/gâteaux + snacks salés + salé ultra-transformé, surtout 6–10 ans ; plus fréquent dans les foyers avec revenu mensuel 1 900 à 3 100 €
      • Additifs typiques : carbonates (Na/NH4/K), diphosphates, glycérol, polyphosphates, amidons modifiés, + lécithine (agent de texture).
      • Aliments associés : gâteaux/biscuits, snacks salés, aliments salés transformés/ultra-transformés.
    • Desserts lactés + plats préparés + sauces, surtout filles 15 à 17 ans, jamais fumeuses ; plus fréquent quand le parent référent a un niveau d’études intermédiaire et une catégorie sociale cadre ou employé (et associé à un IMC > 97e percentile)
      • Additifs typiques : amidons modifiés, alginate, gomme de caroube, cellulose, gomme guar, triphosphates, carraghénanes, gomme xanthane + glutamate, sorbate de potassium, carbonates de sodium, caramel “plain”.
      • Aliments associés : desserts lactés, plats prêts-à-manger, salé transformé/ultra-transformé, matières grasses/sauces
    • Sodas sucrés + confiseries + boissons édulcorées, surtout filles 11–14 ans, jamais fumeuses, venant d’un milieu plus défavorisé sur le plan scolaire (niveau d’études plus bas)
      • Additifs typiques : gomme arabique/acacia, colorants (paprika, TiO₂, anthocyanes, carbonate de calcium), antioxydants (acide citrique, lécithine, tocophérols, citrate de sodium), cire de carnauba, carbonate d’ammonium, acésulfame-K.
      • Aliments associés : sodas sucrés, gâteaux/biscuits, confiseries, boissons édulcorées.
    • Edulcorants (light) + pâtisseries, plus fréquent quand le parent référent est en profession intermédiaire
      • Additifs typiques : édulcorant intense (aspartame) + polyols (isomalt, maltitol, sorbitol) + esters polyglycérol d’acides gras (émulsifiant).
      • Aliments associés : boissons édulcorées et pâtisseries.

Méthodologie

  • Enquête transversale Esteban : échantillon national représentatif, 3 à 74 ans, recrutement 2014–2016.
  • Consommations : rappels/records alimentaires sur 24 h (avec marques), plus questionnaires et mesures standardisées.
  • Estimation des doses d’additifs via bases multi-sources (dont données EFSA/Codex en “secours” si besoin) + identification des mélanges par factorisation de matrice non négative (NMF).

Pourquoi ça intéresse l’allergologue ?

Limites : données déclaratives (biais), additifs rares potentiellement sous-captés, absence de biomarqueurs spécifiques d’exposition, enquête réalisée il y a 9 ans, et pas de données chez les enfants <6 ans.