19 janvier 2026 ·  · 85 lectures

min de lecture  Aller à la conclusion

Le prick-test manuel reste l’examen de base pour dépister une sensibilisation IgE, mais sa réalisation dépend beaucoup du geste (profondeur, pression, lecture), ce qui crée une variabilité inutile. L’étude de Seys et coll. (Allergy, 2025) montre qu’un prick-test automatisé (SPAT) devient aussi fiable que le test manuel pour la rhinite au bouleau et aux acariens si l’on retient un seuil de positivité ≥ 4,5 mm, avec l’avantage d’une piqûre standardisée et d’une lecture numérique reproductible.

Les tests cutanés par prick demeurent l’outil de première ligne pour détecter une sensibilisation IgE. Cependant, leur réalisation manuelle introduit une variabilité parfois déconcertante : profondeur de piqûre, angle, pression, lecture hâtive. À une époque où l’allergologie se standardise, peut-on encore accepter que l’examen clé dépende autant du « coup de main » de l’opérateur ?

Un système automatisé, appelé Skin Prick Automated Test (SPAT), a été conçu pour normaliser la piqûre et offrir une lecture numérique des boutons. Après des travaux méthodologiques montrant des papules plus grandes mais plus reproductibles que les prick-tests manuels, une question très pratique restait en suspens : avec quel diamètre de papule doit-on considérer un test SPAT comme positif en vraie vie chez des patients souffrant d’une rhinite allergique aux pollens de bouleau ou aux acariens ? C’est à cette question que Seys et coll. tentent de répondre dans leur étude publiée en 2025 dans Allergy. Validation of the Skin Prick Automated Test (SPAT)Cut-Off Value in Birch Pollen and House Dust Mite AllergicRhinitis Patients by Sven F. Seys and al.

Méthode

  • Population
    • 75 adultes : 25 témoins non allergiques, 25 sujets souffrant d’une rhinite allergique au bouleau, 25 avec rhinite allergique aux acariens.
    • L’allergie a été confirmée par l’association d’une histoire clinique compatible, d’un test cutané positif et d’un test de provocation nasale (NAC) au bouleau ou aux acariens.
  • Tests réalisés
    • Tous : prick-test manuel classique (SPT) et SPAT sur l’avant-bras avec les mêmes extraits (Betula verrucosa, Dermatophagoides pteronyssinus, D. farinae, témoins positif et négatif).
    • Mesure de la papule à partir du plus grand diamètre, en millimètres, pour chaque allergène.
  • Lecture et analyse
    • Pour SPAT : mesure du diamètre au moyen d’un réglet directement sur le bras, et mesure numérique sur une image composite à l’aide d’un visualiseur web.
    • Analyse statistique à l’aide de courbes ROC, calcul de l’exactitude, de la sensibilité, de la spécificité et du score F1 pour déterminer le meilleur seuil de positivité SPAT et le comparer au seuil habituel du SPT (≥ 3 mm).

Définitions des méthodes

  • Prick test cutané (SPT)  : dépôt d’une goutte d’extrait allergénique sur la peau, puis piqûre superficielle à travers la goutte ; lecture à 15–20 minutes. Pour un rappel pratique sur la signification du diamètre de la papule, voir « Et le César du meilleur test allergologique est attribué à… Mr Prick Test !! » et le site de référence prick-test.com pour tout comprendre aux prick-tests, à leurs lancettes et à leurs bonnes pratiques.
  • Skin Prick Automated Test (SPAT)  : dispositif réalisant automatiquement la piqûre (profondeur, angle, pression standardisés) et permettant une lecture numérique des papules sur photo, visant à réduire la variabilité inter-opérateur.
  • Nasal Allergen Challenge (NAC)  : on administre un allergène dans la fosse nasale, avec enregistrement des symptômes et du débit nasal ; c’est ici le « gold standard » clinique pour confirmer que la sensibilisation est réellement responsable de la rhinite. Nous en avons parlé récemment dans la rhinite locale.

Résultats

  • Seuil optimisé SPAT
    • Une analyse minutieuse des courbes ROC révèle un point de coupure optimal de 4,2 mm pour le bouleau et de 4,1 mm pour les acariens (meilleur équilibre entre sensibilité et spécificité).
    • Ces résultats sont remarquablement similaires au seuil de 4,5 mm proposé initialement à partir des témoins glycéro-salins, quasiment impossibles à distinguer à l’œil nu. Compte tenu de cette constatation, les auteurs décident de maintenir le seuil SPAT à 4,5 mm.
  • Performance diagnostique
    • Bouleau : avec un seuil SPAT de 4,5 mm ou plus et un seuil SPT de 3 mm ou plus, l’exactitude, la sensibilité, la spécificité, la VPP et la VPN sont toutes de 100 %. Aucun faux positif, aucun faux négatif.
    • Acariens : précision de 96 % pour le SPAT (≥ 4,5 mm) contre 98 % pour le SPT (≥ 3 mm), sans différence statistiquement significative. Les performances restent élevées (F1-score et valeurs prédictives proches).
    • Tous les témoins négatifs restent sous le seuil (0/75 faux positifs) pour les deux techniques, et presque tous les témoins histamine sont correctement positifs.
  • Lecture numérique versus réglette
    • Les mesures des diamètres de papules SPAT avec un réglet ou via la photo ne diffèrent pas de manière significative, suggérant que l’outil numérique peut être utilisé en routine sans perte de fiabilité.

Discussion

  • Un prick-test automatisé qui fait jeu égal avec le manuel
    • Compte tenu du fait que SPAT produit des boutons légèrement plus gros, un seuil de 4,5 mm offre une précision diagnostique similaire à celle du test cutané standard (SPT) à 3 mm pour la rhinite due au bouleau ou aux acariens.
    • L’avantage principal de SPAT est la normalisation de la procédure, la réduction de la variation entre opérateurs et la possibilité d’une lecture numérique centralisée. Ces fonctionnalités pourraient s’avérer utiles dans les études multicentriques et au sein des réseaux d’allergologie.
  • Forces de l’étude
    • Allergie confirmée par deux critères (SPT + NAC), ce qui renforce la pertinence clinique des cut-offs proposés.
    • Équilibre dans l’inclusion de témoins non allergiques et de sujets allergiques, ce qui assure une estimation fiable de la sensibilité et de la spécificité.
  • Limites
    • Étude monocentrique, sur un effectif limité de 75 adultes, et restreinte à deux pneumallergènes (bouleau, acariens) ; l’extension à d’autres allergènes et à l’enfant reste à démontrer.
    • L’évaluation du dispositif s’est déroulée dans un contexte de financement industriel (Hippo Dx), ce qui nécessite des validations indépendantes complémentaires.
    • Design ouvert : la lecture reste théoriquement exposée à des biais d’interprétation, même si la standardisation technique limite cette dérive.
    • dans mon expérience la taille de la papule, qui est variable selon le praticien, est à relier à la pression exercée sur la lancette. Probablement que l’appareil appuye un peu plus fort.

Conclusion

L’allergologue de terrain tire une information très concrète de ce travail : en utilisant un seuil de positivité de 4,5 mm, le SPAT semble tout aussi fiable qu’un prick-test manuel à 3 mm pour confirmer une rhinite allergique au bouleau ou aux acariens, tout en offrant une meilleure standardisation. Il ne s’agit pas de remplacer immédiatement le prick traditionnel, mais d’ouvrir la voie à des tests cutanés plus homogènes, mieux documentés et plus faciles à comparer entre différents centres. Il reste à confirmer ces performances pour d’autres allergènes et dans des populations plus diverses, notamment pédiatriques.

Pour aller plus loin sur allergique.org


Le mot de l'allergo

Cette étude met en évidence un aspect dont tous les allergologues sont conscients, mais qu’il peut être difficile d’expliquer au patient : le prick-test n’est pas un geste « anodin », il est au cœur de notre raisonnement clinique. Lorsque la taille de la papule détermine une indication d’immunothérapie ou une éviction lourde, la variabilité liée au geste manuel devient un véritable enjeu de qualité des soins. L’automatisation du SPAT s’inscrit dans le mouvement plus vaste de normalisation en allergologie, qui comprend les chambres d’exposition contrôlée, la standardisation des NAC, les recommandations GRADE, etc.

Devrions-nous nous hâter de passer à l’automatisation ? Probablement pas. Le prick manuel reste accessible, peu coûteux, maîtrisé par des milliers de praticiens formés. Cependant, pour les centres de référence, les réseaux de recherche ou les études sur l’immunothérapie, un instrument capable de minimiser les écarts entre les centres et de faciliter une évaluation numérique centralisée pourrait s’avérer très utile. On peut envisager une allergologie qui allie une standardisation technique poussée et une attention clinique individualisée : l’appareil pour piquer et mesurer, le médecin pour analyser et interpréter, replacer le résultat dans le contexte du patient et décider, finalement, si 4,5 mm « veut vraiment dire quelque chose » pour lui.

Dans cette logique, je travaille justement au développement d’une lancette de test cutané plus reproductible et avec un meilleur bilan écologique : la Vegetic lancet®, au sein du projet Allerclear.fr. L’objectif est de concilier performance diagnostique, confort d’utilisation et réduction de l’empreinte environnementale des prick-tests en routine.

Noter cet article (sur 10)

0 vote
comprendre

Envie de réagir?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.