Asthme du boulanger : il reste du pain sur la planche.

jeudi 2 octobre 2008 par Dr Gérald Gay3065 visites

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Asthme du boulanger : il reste du pain sur la planche.

Asthme du boulanger : il reste du pain sur la planche.

jeudi 2 octobre 2008, par Dr Gérald Gay

Voici une étude de médecine du travail concernant l’allergie professionnelle à la farine dont les résultats sont un peu surprenants. Les conclusions des auteurs le sont aussi : après tout, ils n’ont peut-être pas vu les patients mais juste des chiffres !

Prédiction du résultat du test de provocation à la farine chez les boulangers allergiques selon les résultats des IgE spécifiques et des tests cutanés. : van Kampen V, Rabstein S, Sander I, Merget R, Brüning T, Broding HC, Keller C, Müsken H, Overlack A, Schultze-Werninghaus G, Walusiak J, Raulf-Heimsoth M.

BGFA - Research Institute of Occupational Medicine, German Social Accident Insurance, Ruhr-University Bochum, Germany

dans Allergy. 2008 Jul ;63(7):897-902.Click here to read

Les farines de blé et de seigle sont parmi les plus fréquents allergènes à l’origine d’asthme professionnel.

Le diagnostic d’asthme du boulanger repose habituellement sur le test de provocation aux farines de céréales.

- Objectif :

  • Évaluer la pertinence du taux d’IgE spécifiques et du prick test à la farine dans le diagnostic de l’asthme du boulanger afin de déterminer un seuil prédictif de positivité du test réaliste selon le dosage des immunoglobulines et la taille de la papule.

- Méthodes :

  • Des tests réalistes bronchiaux et nasaux à la farine de blé ont été réalisés chez 71 boulangers symptomatiques et à la farine de seigle chez 95 autres.
  • Le dosage d’IgE spécifiques à la farine et les tests cutanés ont été réalisés chez tous les patients de l’étude.
  • L’analyse statistique ultérieure des résultats obtenus comporte le calcul de la sensibilité et de la spécificité ainsi que des valeurs prédictives positives (VPP) et négatives (VPN) du test de provocation (TP) selon le taux d’IgE et la taille de la papule du test cutané.
  • Les nuages de points montrant la valeur des IgE spécifiques de chaque patient associé à la taille de sa papule ont été tracés pour chacune des farines.
  • Le résultat du test réaliste respiratoire est la référence unique et indiscutable pour cette étude.

- Résultats :

  • Trente-sept boulangers ont réagi au test réaliste à la farine de blé, et 63 à celle de seigle.
  • La VPP du TP selon le taux d’IgE pour la farine de blé varie de 74% à 100%.
  • La VPP du TP selon la taille de la papule pour la farine de blé varie de 74% à 100% également.
  • La VPP du TP selon le taux d’IgE pour la farine de seigle varie de 82% à 100%.
  • La VPP du TP selon la taille de la papule pour la farine de seigle varie de 91% à 100%.
  • Pour le blé, le seuil de prédiction certaine de positivité du test de provocation a été calculé à 2,32 kU/l pour les IgE spécifiques, et à 5 mm pour la taille de la papule.
  • En ce qui concerne le seigle, le seuil de prédiction certaine de positivité du test de provocation a été calculé à 9,64 kU/l pour les IgE spécifiques, et à 4,5 mm pour la taille de la papule.
  • Les droites de régression issues des nuages de points obtenus en associant les IgE spécifiques et la taille des papules individuelles sont identiques pour les deux céréales.

- Conclusions :

  • Des taux d’IgE spécifiques élevés et des résultats indiscutablement positifs des tests cutanés sont de bons indicateurs de positivité ultérieure du test réaliste avec la farine chez les boulangers symptomatiques.
  • Il est donc possible de se passer des tests de provocation respiratoire chez les boulangers très sensibilisés pour poser le diagnostic d’allergie à la farine.

En première lecture, j’ai pensé que l’étude présentée enfonçait des portes ouvertes : il ne faut pas une bien longue expérience pour subodorer sans grand risque d’erreur qu’un patient est véritablement allergique à un antigène lorsque son taux d’IgE spécifiques est élevé (surtout s’il n’est sensibilisé à rien d’autre biologiquement) ou bien que l’on voit pousser à vue d’œil des pseudopodes sur la papule de son test cutané !

En deuxième lecture, j’ai été assez surpris du faible pourcentage de tests réalistes respiratoires déclarés positifs chez, ne l’oublions pas, des boulangers symptomatiques et sensibilisés : 52% pour la farine de blé et 66% pour le seigle.

Moi qui me serait attendu au contraire à une cohorte de faux positifs rien qu’en songeant à l’intensité habituelle de l’hyper réactivité bronchique non spécifique chez ce type de patients aux EFR souvent catastrophiques.

Ayant vocation à être l’avocat du diable, je suis également époustouflé qu’un taux d’IgE à un peu plus de 2 kU/l soit qualifié « d’élevé », notamment chez des individus exposés quotidiennement et en quantité importante à l’allergène étudié. Quant à des papules de 5 mm, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’en vois tous les jours !

Au total, je suis bien d’accord que lorsque l’on a réuni un faisceau de présomptions cliniques d’allergie à la farine chez un boulanger, les résultats biologiques et cutanés confinent à une quasi-certitude d’imputabilité professionnelle d’autant plus qu’ils sont importants.

Il en découle que le test réaliste peut sembler bien inutile à réaliser, surtout qu’il n’est pas vraiment dépourvu de risque.

Fallait-il aligner des chiffres pour savoir cela ? Je ne crois pas, et j’ai l’impression d’avoir été roulé dans la farine !