Il s’en passe des choses sous la muqueuse des asthmatiques…et ça n’est pas sans dommage.

mardi 10 décembre 2013 par Dr Philippe Carré654 visites

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Il s’en passe des choses sous la muqueuse des asthmatiques…et ça n’est pas sans dommage.

Il s’en passe des choses sous la muqueuse des asthmatiques…et ça n’est pas sans dommage.

mardi 10 décembre 2013, par Dr Philippe Carré

Relation entre éosinophilie et remodelage des voies aériennes dans l’asthme léger. : S. J. Wilson, H. M. Rigden, J. A. Ward, M. Laviolette, N. N. Jarjour, R. Djukanović.

dans Clinical & Experimental Allergy, 2013 (43) 1342–1350.

- Contexte :

  • L’éosinophilie est un marqueur de la réponse aux corticoïdes et du risque d’exacerbation dans l’asthme
  • Bien qu’il ait été relié à une déposition dans la matrice de la sous-muqueuse, sa relation avec les autres caractéristiques du remodelage des voies aériennes est moins claire.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était de mettre en évidence la relation entre l’éosinophilie des voies aériennes et le remodelage des voies aériennes.

- Méthodes :

  • Des biopsies bronchiques de sujets (n=20 dans chaque groupe) ayant un asthme léger sans corticothérapie, avec des comptes d’éosinophiles dans la sous-muqueuse soit bas (0-0.45 mm-2) soit élevés (23.43-46.28 mm-2), ou des contrôles sains ont été évaluées quant à l’altération épithéliale in vivo (en utilisant un marquage du récepteur du facteur de croissance épidermique : FCE), l’expression de mucine, l’hypertrophie des cellules musculaires lisses (CML) des voies aériennes et le profil inflammatoire des CML.

- Résultats :

  • La proportion de dommage épithélial in vivo était significativement plus grande (p=0.02) dans le groupe des éosinophiles élevés (27.37%) que dans le groupe des éosinophiles bas (4.14%)
  • L’expression des mucines et le nombre de cellules à mucus étaient similaires dans les deux groupes ; cependant, l’expression de MUC-2 était augmentée (p=0.002) dans le groupe des éosinophiles élevés comparativement au groupe contrôle
  • La proportion de la sous-muqueuse occupée par des CML était plus élevée dans les 2 groupes d’asthmatiques (p=0.021 et p=0.046) comparativement aux contrôles
  • Dans les CML, les nombres d’éosinophiles et de lymphocytes T étaient plus élevés (p<0.05) dans le groupe des éosinophiles élevés qu’à la fois dans le groupe des éosinophiles bas et le groupe contrôle, alors que les nombres de mastocytes étaient augmentés dans le groupe des éosinophiles élevés (p=0.01) comparativement aux contrôles.

- Conclusion :

  • L’éosinophilie sous-muqueuse est un marqueur (et possiblement une cause) de dommage épithélial, elle est corrélée à une infiltration en éosinophiles et en lymphocytes T, mais pas à la métaplasie muqueuse et à l’hypertrophie du muscle lisse.

Les auteurs montrent à partir de l’analyse de biopsies bronchiques, chez des asthmatiques naïfs de toute corticothérapie, que le nombre élevé d’éosinophiles dans la sous-muqueuse bronchique est associé à un plus grand degré de dommage épithélial, et qu’il existe une augmentation du nombre des éosinophiles et des lymphocytes T dans les cellules musculaires lisses de la sous-muqueuse, comparativement à des sujets contrôles.

De plus, le dommage épithélial et le nombre de lymphocytes T dans la sous-muqueuse étaient significativement plus élevés chez les sujets ayant des taux d’éosinophiles élevés que chez ceux ayant des taux plus bas. Ces données confirment que des phénotypes éosinophiliques et non éosinophiliques peuvent être identifiés dans l’asthme léger et sont associés à des phénomènes de remodelage.

L’étude montre aussi une augmentation des mastocytes au niveau des cellules musculaires lisses des voies aériennes, confirmant l’hypothèse d’une « myosite » mastocytaire dans l’asthme. Par contre, l’hypertrophie des CML est indépendante de l’éosinophilie.

Toutes ces données viennent confirmer la notion que l’éosinophilie est un marqueur important des phénotypes aussi bien pathologiques que cliniques de la maladie asthmatique, et que l’éosinophilie de la sous-muqueuse bronchique est un bon marqueur de l’atteinte épithéliale et de l’infiltration en éosinophiles et en lymphocytes T dans les CML. Le rôle des autres cellules inflammatoires dans la pathogénie du remodelage reste à identifier précisément.