8 octobre 2024
· Dr Philippe Auriol
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La rhinite allergique est-elle une maladie du nez ou une maladie plus générale que cela ? Ce sont deux visions de la rhinite qui s’opposent et les auteurs nous proposent de visualiser cette dichotomie par une étude comparative entre le traitement local et le traitement per os, donc plus systémique.
Intranasal versus oral treatments for allergic rhinitis : A systematic review with meta-analysis
Author links open overlay panel by Maria Inês Torres MD and col.
Objectif
Comparer l’efficacité d’un traitement local (corticoïdes ou anti-histaminique), habituellement conseillé dans la rhinite allergique, avec un traitement général (antihistaminique ou anti-leucotriènes) au travers d’une méta-analyse.
Méthode
- Recherche dans quatre bases de données bibliographiques et trois ensembles de données d’essais cliniques des essais contrôlés randomisés
- Évaluant des patients âgés de plus de 12 ans
- Souffrant de rhinite allergique saisonnière ou perannuelle
- Comparant des corticostéroïdes ou des antihistaminiques intranasaux à des antihistaminiques oraux ou à des antagonistes des récepteurs des leucotriènes.
- Méta-analyse :
- du score total des symptômes nasaux (TNSS),
- du score total des symptômes oculaires (TOSS),
- du questionnaire sur la qualité de vie de la rhinoconjonctivite (RQLQ),
- de l’apparition d’effets indésirables et des abandons pour cause d’effets indésirables.
- La certitude des preuves a été évaluée à l’aide de la méthode GRADE
Résultats
- 35 études ont été retenues
- La plupart portaient sur des patients souffrant de rhinite allergique saisonnière et dont le risque de biais n’était pas clair.
- La supériorité des traitements intranasaux a été constatée pour tous les résultats évalués.
- Les corticostéroïdes intranasaux ont été plus efficaces que les antihistaminiques oraux pour améliorer le TNSS , le TOSS et le RQLQ, étant pour la plupart associés à des améliorations cliniquement significatives.
- La supériorité des corticostéroïdes intranasaux sur les antagonistes oraux des récepteurs des leucotriènes pour l’amélioration du TNSS a également été constatée.
- Les antihistaminiques intranasaux étaient plus efficaces que les antihistaminiques oraux pour améliorer le TNSS et le RQLQ.
Conclusion
Cette méta-analyse d’essais contrôlés randomisés suggère nettement que les traitements intranasaux sont plus efficaces que les traitements oraux pour améliorer les symptômes et la qualité de vie dans la rhinite allergique saisonnière.
Le mot de l'allergo
Faut-il traiter la rhinite au pif ?
À en croire cette méta-analyse c’est oui. Clairement pour les patients souffrant de ces rhinites allergiques, le traitement local est bien plus performant sur tous les critères d’efficacité.
Mais alors pourquoi les allergologues continuent-ils à prescrire des anti-histaminiques en comprimé ? Pourquoi les patients en sont-ils souvent satisfaits ? Et enfin, pourquoi y a t il parfois des anti-leucotriènes prescrits alors même qu’ils n’ont pas en France d’indication en l’absence d’asthme ?
Allergologues, accusés : qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
- S’il s’agit de stopper les symptômes d’une rhinite actuellement active, le traitement local est évidemment le plus efficace.
- il dépose les médicaments au lieu même de la réaction
- il n’y a pas ou peu d’effet secondaires à attendre d’un traitement local (sauf si on vise mal bien sûr).
- S’il s’agit de prendre en charge un patient souffrant de rhinite de manière chronique ou au moins durant plusieurs semaines : la prise de médicaments orale trouve une place certaine.
- les anti-histaminiques per os n’ont d’efficacité qu’une demi-heure environ après leur prise : ils seront donc pris le matin avant l’exposition aux pollens pour les polliniques et le soir avant l’exposition aux acariens pour les allergiques aux acariens. La prise avant de s’exposer au chat, au moins une demi-heure avant, à un intérêt chez l’allergique aux chats également.
- rappelons que les anti-histaminiques se mettent en compétition avec l’histamine libérée lors de la réaction allergique : le traitement préventif est donc utile et bien souvent le comprimé est préféré au spray local.
- Concernant les anti-leucotriènes en comprimés : ils n’ont rien à voir avec la rhinite allergique. Ils diminuent l’inflammation à leucotriènes qui suit la libération d’histamine dans les heures qui suivent. Celle-ci pouvant être responsable de chronicisation et d’asthme, c’est dans ce cadre là uniquement qu’elle peut avoir un intérêt. Prévention de l’asthme d’effort, traitement de l’asthme léger allergique qui se présente sous forme d’oppression, de dyspnée ou autre toux chronique.
Doit-on traiter en local ou en général alors monsieur l’allergologue ?
- le traitement des symptômes, de la crise, privilégiera le traitement local
- la prise en charge de la maladie allergique justifiera un traitement général
mais tout ça, votre allergologue le sait… il ne vous dit juste pas toujours tout.
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