L’UCS (urticaire chronique spontané) touche environ 1% de la population et repose sur l’activation/dégranulation des mastocytes (papules/plaques prurigineuses, parfois angio-œdème, >6 semaines). Les recommandations internationales proposent : antihistaminiques H1 de 2e génération (avec augmentation progressive jusqu’à x4 si besoin), puis omalizumab, puis ciclosporine ou autres options/biothérapies selon les cas. Kwiek, B., Sieczych, J., Łukowska, K. et al. Improvement of Chronic Spontaneous Urticaria After Glucagon-Like Peptide 1 Receptor Agonist Therapy : Report of Two Cases. Dermatol Ther (Heidelb) (2026)
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Méthode
Il s’agit d’études de cas : deux observations cliniques détaillées, sans groupe contrôle.
Points clés à garder en tête :
- Niveau de preuve faible (pas de randomisation, pas d’aveugle, pas de statistiques robustes).
- Mais signal clinique intrigant : temporalité très courte (3 semaines) + maintien prolongé sous traitement.
- Les deux patientes étaient initialement présélectionnées pour barzolvolimab (anti-KIT/mastocytes), finalement non nécessaire du fait de la rémission.
Résultats
- Cas 1 (45 ans, UC mptômes persistants malgré rupatadine jusqu’à 4 cp/j (UAS7 14–18), dermographisme + angio-œdème.
- Terrain auto-immun : thyroïdite avec auto-anticorps élevés (567 UI/L), IgE totales normales, éosinophiles/basophiles/CRP basse.
- Introduction de sémaglutide per os (3 mg puis 7 mg) pour intolérance au glucose.
- Rémission complète (UAS7=0), puis contrôle durable (UAS7 ≤2) pendant 20 mois avec seulement ≤10 mg de rupatadine/semaine.
- Perte de poids rapide (64 kg, IMC 24,2 puis 50,5 kg, IMC 18,7 en 3 mois) + baisse des besoins en L-thyroxine, sans effet indésirable rapporté.
- Cas 2 (44 ans, UCS depuis 2020)
- Urticaire quotidienne malgré fexofénadine (juin 2024) avec UAS7 16–18.
- Contexte : endométriose profonde, pas de thyroïdite, IgE basses, CRP/basophiles/éosinophiles normal” (HbA1c, lipides, TA).
- Introduction tirzépatide 2,5 mg/sem puis 7,5 mg/sem pour perte pondérale (3 semaines : chute nette de l’activité, puis possibilité de réduire la fexofénadine à 180 mg/j ; rémission maintenue 18 mois (UAS7 0–2) sous tir sans EI (effet indésirable) rapporté.
Définition
- UAS7 : score sur 7 jours qui additionne chaque jour (1) le nombre de plaques d’urticaire et (2) l’intensité du prurit ; total de 0 à 42 (plus c’est haut, plus c’est actif). Exemple de feuille UAS7->https://www.imperial.nhs.uk/~/media/website/services/dermatology/patient-forms/uas7-weekly-urticaria-activity-score-sheet.pdf].
- Augmentation des antihistaminiques H1 : les recommandations autorisent une escalade jusqu’à quatre fois la dose standard si besoin
- Endotypes UCS aiTI vs aiTIIb : des marqueurs simples (IgE totales, anti-TPO, CRP, basophiles/éosinophiles) aident parfois à “orienter” (sans certitude absolue) vers une UCS plus auto-allergique (type I) ou plus auto-immune (type IIb).
Discussion
Les auteurs proposent une lecture immunométabolique : les agonistes du GLP-1 ne font pas que baisser la glycémie/le poids ; ils modulent aussi l’inflammation (NF-κB, IL-6, TNF-α…), l’immunité intestinale et le microbiote, et pourraient influencer (directement ou indirectement) le seuil de dégranulation mastocytaire.
Quatre pistes sont privilégiées :
- Poids/inflammation de bas grade : baisse des cytokines pro-inflammatoires liées au tissu adipeux
- Axe intestin–immunité : amélioration de la barrière, modification du microbiote, changement du régime alimentaire.
- Effets sur des cellules immunes (Treg, macrophages, neutrophiles…)
- Th2 : plausible dans certaines maladies (asthme), mais ici les deux patientes n’avaient pas de marqueurs “Th2/atopie” marqués, rendant cette piste moins convaincante pour expliquer un effet si rapide.
Limites
- Deux cas seulement, une rémission spontanée reste possible, même si la cinétique (3 semaines) et la persistance rendent l’hypothèse médicamenteuse plausible.
- Attention : les GLP-1RA peuvent aussi induire des réactions cutanées, y compris urticaire/angio-œdème ; ce n’est donc pas un “traitement d’urticaire” à prescrire hors AMM sur cette seule base.
- En consultation d’allergologie : si un patient UCS débute un GLP-1RA (diabète/obésité) et va mieux, cela vaut la peine de documenter (UAS7, traitement associé, poids, biologie simple).
Conclusion
Ces deux observations suggèrent qu’une modulation métabolique (sémaglutide/tirzépatide) pourrait, chez certains influer rapidement sur l’activité mastocytaire de l’UCS et diminuer le recours aux biothérapies. Prochaine étape logique : cohortes observationnelles puis essais prospectifs, avec phénotypage (UAS7, endotypes, biomarqueur données métaboliques, microbiote/diet) pour identifier qui pourrait répondre.
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