Scandale : on pourrait confier l’éducation thérapeutique des asthmatiques à des ploucs ?

jeudi 4 décembre 2008 par Dr Stéphane Guez5730 visites

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Scandale : on pourrait confier l’éducation thérapeutique des asthmatiques à des ploucs ?

Scandale : on pourrait confier l’éducation thérapeutique des asthmatiques à des ploucs ?

jeudi 4 décembre 2008, par Dr Stéphane Guez

L’éducation thérapeutique s’immisce progressivement au cœur des débats portant sur l’amélioration de la qualité des soins : sans cette éducation l’observance est médiocre, les recommandations non suivies etc. Mais qui va faire cette éducation qui demande, en dehors d’un savoir faire, beaucoup de temps ?

Est-ce que des éducateurs profanes peuvent délivrer une éducation thérapeutique à asthmatiques de façon aussi efficace que des infirmières de soins primaires ? : Partridge MR, Caress AL, Brown C, Hennings J, Luker K, Woodcock A, Campbell M.

Imperial College London, NHLI Division, Charing Cross Hospital, St Dunstan’s Road, London W6 8RP, UK.

dans Thorax. 2008 Sep ;63(9):778-83. Epub 2008 Feb 15

- Objectif de l’étude :

  • Il a été de savoir si des personnes profanes bien entraînées pouvaient donner une éducation thérapeutique dans l’asthme à des patients avec les mêmes effets à long terme que de infirmières formées aux premiers soins.

- Matériel et Méthode :

  • Il s’agit d’une étude randomisée qui a inclus 39 médecins généralistes anglais (de Londres ouest et du nord-ouest de l’Angleterre).
  • 567 patients ayant un asthme avec un traitement de fond ont été inclus.
  • 15 éducateurs profanes ont été recrutés et formés à délivrer une éducation thérapeutique dans l’asthme.
  • L’intervention a consisté en une consultation de 45 minutes réalisée :
    • soit par un éducateur profane
    • soit par une infirmière,
    • suivie par une seconde intervention plus courte face à face et par une consultation téléphonique de suivi après un an.
  • Données principales étudiées : absence de recours non prévu au service de santé.
  • Objectifs secondaires : la satisfaction des patients et la nécessité ou non de prendre des corticoïdes per-os.

- Résultats :

  • 567 patients ont été randomisés avec une prise en charge :
    • soit par une infirmière (n=287)
    • soit par une personne profane (n=280)
    • et respectivement 146 et 171 personnes ont bénéficié d’une séance d’éducation thérapeutique.
  • Lors des 2 premières consultations, des modifications de la prise en charge ont été réalisées par les infirmières (24% soit 35 sur 146 patients) et par les éducateurs profanes (3.7% soit 56 sur 171).
  • Pour 418 patients sur 567 (73.7%) il y a une absence de recours non prévu au service de soins pendant 1 an.
  • Dans une approche en intention de traitement, 61 patients sur 205 dans le groupe des infirmières (29.8%) ont eu besoin d’un recours non prévu au service de santé, alors que dans le groupe des éducateurs profanes il a été de 65 patients sur 213 (30.5%) (IC de 90% pour une différence de -8.1% à 6.6% ; IC de 95% pour une différence de -9.5% à 8%).
  • L’IC de 90% contient la tranche des résultats non significatifs, entre 65% et +5%.
  • Malgré le fait que tous les patients soient sous un traitement de fond, 122 sur 418 (29.2%) patients ont du prendre des corticoïdes per-os durant l’année de suivi.
  • La satisfaction globale de patients après les faces-à faces est identique dans les 2 groupes.

- Conclusions :

  • Il est possible de recruter et former des éducateurs profanes à l’éducation thérapeutique dans l’asthme avec un devenir pour le patient, identique à une séance d’éducation réalisée par une infirmière.

Dans ce travail, les auteurs ont comparé des mesures d’éducation thérapeutique réalisées soit par des infirmières spécialisées soit par des profanes formés. Il n’apparaît aucune différence lorsque les patients sont réévalués à 1 an : il n’y a pas plus de recours non prévus aux soins d’urgence.

Ainsi, cette étude montre que l’éducation thérapeutique des asthmatiques, dans les pays anglo-saxons, peut être confiée avec la même efficacité à des personnes sans bagage médical mais avec une formation spécifique à l’éducation thérapeutique. Bien entendu, ce travail sous entend la possibilité donc de faire de l’éducation thérapeutique à moindre coût.

Mais en serait-il de même en France ?

Les 2 systèmes de santé sont très différents, et nos patients ont l’habitude d’être pris en charge directement par un médecin et non par une succession d’intermédiaires de santé avec des délais très longs parfois pour enfin rencontrer le praticien spécialisé.

Dans ce travail, le nombre de recours aux corticoïdes par voie générale est impressionnant, et d’autre part le nombre d’événements inattendus est loin d’être négligeable : presque 1/3.

Certes il n’y a pas de grandes différences entre l’éducation réalisée par les infirmières et par les profanes : elle semble tout aussi mauvaise !!