Diagnostic résolu par les composants allergéniques : ça marche même pour le moisi !

jeudi 3 mars 2011 par Dr Alain Thillay1247 visites

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Diagnostic résolu par les composants allergéniques : ça marche même pour le moisi !

Diagnostic résolu par les composants allergéniques : ça marche même pour le moisi !

jeudi 3 mars 2011, par Dr Alain Thillay

Valeur diagnostique d’Alt a 1, de l’énolase fongique et de la Superoxide dismutase à Mn dans le cadre du diagnostic résolu par les composants de l’allergie aux Pleosporaceae. : Postigo, I., Gutiérrez-Rodríguez, A., Fernández, J., Guisantes, J. A., Suñén, E. and Martínez, J. (2011),

Diagnostic value of Alt a 1, fungal enolase and manganese-dependent superoxide dismutase in the component-resolved diagnosis of allergy to pleosporaceae.

dans Clinical & Experimental Allergy, 41 : 443–451. doi : 10.1111/j.1365-2222.2010.03671.x

- Contexte :

  • Au cours des dernières décennies, la génomique et la protéomique ont contribué à mieux individualiser les composants allergéniques et leur utilisation potentielle dans le diagnostic des allergies IgE dépendantes.
  • Des recherches récentes ont démontré que Alt a 1 doit être considéré comme un allergène concernant la famille des Pleosporaceae et que l’énolase est le principal allergène impliqué dans la réactivité croisée entre les moisissures.
  • Toutefois, l’utilité réelle de ces allergènes comme outils pour le diagnostic de l’allergie à Alternaria reste encore incertaine.

- Objectif :

  • Démontrer la valeur des allergènes fongiques disponibles et la nécessité de construire un tableau précis de ces allergènes pour le diagnostic de l’allergie aux moisissures de la famille des Pleosporaceae.

- Méthodes :

  • Les IgE spécifiques des différents allergènes des moisissures et des allergènes d’extraits de moisissures ont été évaluées en utilisant le système ImmunoCAP ™ chez 30 patients allergiques à l’Alternaria et 100 donneurs de sang.
  • Des études de réactivité croisée ont été réalisées par dosage fluoro-immuno-enzymatique (FEIA) et inhibition de FEIA utilisant des allergènes individuels et des extraits allergéniques.
  • L’électrophorèse bidimensionnelle associée à une analyse MALDI-TOF a été réalisée pour identifier les molécules d’un nouvel allergène.

- Résultats :

  • Tous les patients allergiques ont des réponses positives aux IgE spécifiques à plusieurs moisissures de familles taxonomiques différentes.
  • Le diagnostic classique et moléculaire a démontré que 23% des patients avaient une polysensibilisation.
  • Les dosages d’allergènes fongiques actuellement disponibles ne sont pas suffisants pour établir un diagnostic précis.
  • Des corrélations inattendues entre Alternaria ou Alt a 1 et Curvularia ou Cladosporium encouragent à approfondir les investigations pour obtenir un panel d’allergènes plus précis.
  • Une Mn-Superoxide dismutase homologue de Asp f 6 a été identifiée comme une nouvelle molécule se liant aux IgE spécifiques d’Alternaria alternata.

- Conclusions et pertinence clinique :

  • Alt a 1 est le marqueur de l’allergie aux Pleosporaceae, hormis Curvularia.
  • La Mn-Superoxide dismutase peut expliquer 6,6% de l’allergie à Alternaria sans réactivité à Alt a 1 et devrait donc être incluse avec l’Alt a 1 et l’énolase fongique dans la grille de résolution moléculaire du diagnostic de l’allergie aux Pleosporaceae.

Le diagnostic résolu par les composants allergéniques révolutionne le monde de l’allergie IgE dépendante.

Clairement, il a déjà permis des diagnostics plus pertinents, l’élucidation de réactions croisées et une meilleure prise en charge thérapeutique. Cela est particulièrement vrai dans le domaine pollinique et celui des trophallergènes. Par contre, le large champ d’investigation que représente les moisissures reste, c’est le moins que l’on puisse dire, à défricher.

D’autant plus que les sectateurs de l’Afssaps, malgré le travail du groupe APSI, ne nous facilitent pas la tâche, en prick-test nous n’avons plus que l’Alternaria alternata chez ALK, et, Alternaria alternata, Botrytis cinera et Stemphylium botryosum chez STALLERGENES.

Heureusement, PHADIA est là avec un catalogue conséquent de tests d’IgE réactivité spécifique avec pas moins de 30 extraits de moisissures et autres levures et de 6 composants allergéniques, rAlt a 1, rAsp f 1(Ribonucléase), rAsp f 2 (Fibrinogen Binding Protein), rAsp f 3 (Peroxisomal Membrane Protein), rAsp f 4, rAsp f 6 (Mn-Superoxide Dismutase).

Toute l’importance de la question posée par les auteurs espagnols de ce travail est là.

Ces composants et ces extraits sont-ils suffisants en nombre pour assurer un diagnostic résolu par les composants de qualité ?

Ils ont sélectionnés 30 patients allergiques avérés à l’Alternaria et un groupe de témoins composé de 100 donneurs de sang.

Les 30 patients allergiques à l’Alternaria ont tous des IgE-réactivités pour des moisissures d’autres familles ; il existe donc des réactivités croisées interfamiliales.

Vingt-trois pour cent des allergiques avaient au moins deux réactivités différentes.

Mais force est de constater que les tests d’IgE-réactivité aux moisissures particulièrement pour les composants sont insuffisants pour pratiquer avec soins un diagnostic résolu par les composants.

Ainsi à considérer, via l’outil ALLERDATA, les relations entre Alternaria, Curvularia et Cladosporium, nous constatons une réactivité croisée réciproque produit à produit pour Alternaria et Cladosporium (une étude), des réactivités croisées de composants réciproques entre rAlt a 6 et rCla h 6(énolases) dans deux études, entre rAlt a 8 et rCla h 8 (Mannitol Déshydrogénases) dans une étude, entre les protéines TCTP de ces deux moisissures, et, enfin, une réactivité croisée entre les Nuclear Transport Factor2 des deux moisissures mais uniquement dans le sens Cladosporium vers Alternaria.

Pour Alternaria et Curvularia une seule étude, produit à produit, pour montrer une réactivité croisée dans le sens Alternaria vers Curvularia mais pas la réciproque.

Nous serons donc d’accord avec les auteurs pour dire que nous manquons de tests d’IgE-réactivité des composants de ces moisissures.

Enfin, les auteurs auraient montré que les Mn-Superoxide dismutases d’Aspergillus et d’Alternaria croisent, ce qui pourrait expliciter les 6,6% de patients allergiques avérés à l’Alternaria, rAlt a 1 négatifs.

Ainsi pour réaliser un diagnostic résolu par les composants allergéniques, il faudrait pratiquer les tests d’IgE réactivité in vitro pour rAlt a 1, r Asp f 6 (Mn-Superoxide dismutase) comme test biologique représentatif pour ce dernier.

Malheureusement, il manque un rAsp f 22 (énolase) qui semble être responsable des réactivités croisées entre moisissures.

Lorsque nous disposerons de l’ensemble des tests in vitro d’IgE-réactivités spécifiques des composants pertinents des moisissures nous serons beaucoup plus à l’aise dans cette matière.

Gageons que PHADIA sortira prochainement ces nouveaux tests.