Les recombinants à l’assaut de l’angioedème héréditaire.

vendredi 1er juin 2012 par Dr Stéphane Guez1018 visites

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Les recombinants à l’assaut de l’angioedème héréditaire.

Les recombinants à l’assaut de l’angioedème héréditaire.

vendredi 1er juin 2012, par Dr Stéphane Guez

Efficacité et sécurité du C1inhibiteur recombinant pour le traitement des crises aigues d’angioedème héréditaire : étude ouverte Européenne. : D. Moldovan, A. Reshef, J. Fabiani, S. Kivity, E. Toubi, M. Shlesinger, M. Triggiani, V. Montinaro, E. Cillari, G. Realdi, M. Cancian, S. Visscher, A. Zanichelli, A. Relan and M. Cicardi,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2012 (42) 929–935.

- Introduction :

  • L’angioedème héréditaire (HAE) est du à un déficit autosomique dominant en C1 inhibiteur, caractérisé par des crises récurrentes, d’évolution parfois mortelle, de d’angioedèmes.
  • Le traitement habituel fait appel à des transfusions de C1 inhibiteur, protéines recueillies à partir de plasma humain.

- Objectif de l’étude :

  • Cette étude ouverte randomisée réalisée en Europe, Israël et Argentine a étudié l’efficacité et la sécurité d’un C1inhibiteur recombinant (rhC1-INH) comme traitement de première intention lors d’une crise d’HAE, ainsi que se effets sur les crises ultérieures.

- Matériel et Méthode :

  • Une échelle visuelle analogique (VAS) de 0 à 100 mm a été utilisée par les patients pour évaluer la sévérité de leur crise sur 4 localisations anatomiques.
    - Les patients ont été traités avec 1 dose fixe de rhC1-INH (2100 U), suivie par 2 autres injections en fonction du jugement des investigateurs.
  • L’objectif principal de l’étude a été d’évaluer le temps de réponse de l’injection par rapport à la diminution des symptômes (diminution sur la VAS > ou = 20 mm).
  • La réponse au traitement a été définie comme l’apparition de soulagement dans les 4 heures

- Résultats :

  • Un total de 57 patients a été traité pour 194 crises d’HAE.
  • Dans tous les cas, l’amélioration de symptômes a été obtenue chez 87% des patients traités par rhC1-INH dans les 4 heures après l’administration du traitement, avec 57% des crises qui ont nécessité une seule administration de rhC1-INH.
  • Lorsqu’on classe les crises successives en fonction de chaque patient, le taux de réponse au traitement par rhC1-INH a été respectivement de 96%, 83%, 87%, 80% et 80% pour des crises de 1 à 5.
  • Le traitement par rhC1-INH a été bien toléré, avec aucun arrêt du à des effets indésirables et aucun effet secondaire lié à un problème immunologique.

- Conclusion et implication clinique :

  • Le traitement par le recombinant de C1-INH entraîne une amélioration rapide des symptômes de crise aigue d’angioedème, avec un taux élevé de réponses thérapeutiques, taux qui se maintient lors d’attaques ultérieures.

Les auteurs ont évalué l’efficacité et la sécurité d’un recombinant de C1 inhibiteur chez des patients souffrants d’un angioedème héréditaire.

L’administration de ce recombinant améliore 87% des patients, et dans 57% des cas par une seule injection. Le traitement diminue également la récurrence des crises d’oedèmes.

Ce travail est très intéressant et important pour la prise en charge en urgence des patients souffrants d’une angioedème héréditaire et présentant une crise aigue, dont on sait que l’atteinte laryngée est potentiellement mortelle dans 25% des cas.

Jusqu’à présent le traitement de référence était l’administration de C1inhibiteurs obtenus à partir du plasma de donneurs volontaires sains. Même si toutes les précautions sont prises concernant une éventuelle contamination virale, un produit dérivé sanguin n’est pas sûr à 100%.

La mise sur le marché d’un recombinant était donc attendu par les thérapeutes pour ne pas avoir à redouter un éventuel effet indésirable à long terme lié par exemple à une contamination par un prion. Il fallait néanmoins vérifier si ce traitement recombinant était bien aussi efficace que les concentrés humains de C1 inhibiteurs.

Cette étude montre que le recombinant de C1-INH est tout aussi efficace avec une excellent réponse dés la première injection dans 57% des cas, avec une efficacité non seulement sur la crise immédiate mais également sur la prévention des crises récurrentes. Il n’y a pas d’effets indésirables notables.

Cependant, il faut probablement prendre un peu de recul avec ce nouveau traitement : en effet il est issu d’une technique de recombinant à partir de cellules de lapines, et le C1 inhibiteur est produit et recueilli dans le lait de lapines puis purifié et concentré.

Les premiers essais ont fait apparaitre un risque possible d’allergie à des protéines résiduelles de lapin conduisant le laboratoire à recommander un dosage d’IgE spécifique anti-lapin avant traitement et de façon systématique toutes les 10 administration de recombinant C1-INH. On peut également penser que des protéines virales contaminantes du lapin pourraient se retrouver également dans le produit final.

Il ne faut donc pas oublier une autre abord thérapeutique de ces crises aigues d’angioedème : l’action sur le récepteur de la bradykinine, ce médiateur étant produit en grande quantité du fait de l’absence de C1 inhibiteur et étant responsable directement de l’œdème.

L’icatibant, qui s’administre par voie sous-cutanée semble tout aussi efficace que les perfusions de C1 inhibiteur avec l’avantage d’être présenté sous la forme d’une seringue auto-injectable et auto administrable par le patient dés qu’il sent venir une crise d’angioedème.