Faut-il phénotyper les asthmatiques sévères en les clustérisant ?

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Faut-il phénotyper les asthmatiques sévères en les clustérisant ?

Faut-il phénotyper les asthmatiques sévères en les clustérisant ?

vendredi 2 octobre 2015, par Dr Philippe Carré

Identification et caractérisation des phénotypes d’asthme presque fatal par analyse en cluster.:Serrano-Pariente J, Rodrigo G, Fiz JA, Crespo A, Plaza V.

Identification and characterization of near-fatal asthma phenotypes by cluster analysis.

dans Allergy 2015 ; 70 : 1139–1147.

- Contexte :

  • L’asthme presque fatal (APF) est une entité clinique hétérogène et plusieurs profils de patients ont été décrits en fonction des caractéristiques cliniques, physiopathologiques et histologiques
  • Cependant, il n’y a pas d’études cliniques antérieures qui identifient selon un moyen non biaisé différents phénotypes d’APF, en utilisant des méthodes statistiques comme l’analyse en cluster
  • Le but de cette étude était donc d’identifier et de caractériser les phénotypes d’APF en utilisant une analyse en cluster.

- Méthodes :

  • Sur une période de 2 ans, 33 hôpitaux espagnols ont inclus 179 asthmatiques admis pour un épisode d’APF
  • Une analyse en cluster, utilisant un algorythme à deux paliers, a été réalisée à partir des données de 84 de ces cas.

- Résultats :

  • L’analyse a défini trois clusters de patients avec un APF :
    • le cluster 1, le plus important, incluant les patients les plus âgés avec des critères cliniques et thérapeutiques d’asthme sévère ;
    • le cluster 2, avec une grande proportion d’arrêts respiratoires (68%), de troubles de conscience (82%) et de ventilation mécanique (93%) ; et
    • le cluster 3, qui incluait des patients plus jeunes caractérisés par un traitement anti-inflammatoire insuffisant et une fréquente sensibilisation à Alternaria alternata et au soja.

- Conclusions :

  • Ces résultats identifient des phénotypes spécifiques d’asthme impliqués dans l’APF, confirmant en partie les données antérieures observées dans des études avec une approche clinique
  • L’identification des patients ayant un phénotype spécifique d’APF pourrait suggérer des actions particulières visant à prévenir les exacerbations futures d’asthme sévère.

Cette étude espagnole a repris l’Etude Multicentique sur les Asthmes à Pronostic Vital (MLTAS), qui visait à identifier et caractériser les différents sous-types cliniques d’APF, en utilisant une technique d’analyse en cluster, chez 84 asthmatiques hospitalisés pour un APF.

Ceci a permis d’identifier un modèle de trois clusters d’asthmatiques ayant eu un APF et qui regroupent les caractères phénotypiques suivantes :

  • le cluster 1 regroupe les patients les plus âgés, avec un asthme de base sévère et des facteurs de risque connus d’APF
  • le cluster 2 regroupe les patients ayant le plus d’arrêts respiratoires, de troubles de conscience, et la nécessité d’une ventilation mécanique
  • le cluster 3 regroupe les patients avec un traitement stéroïde inapproprié et par ailleurs un profil de sensibilisation particulier à Alternaria et au soja, la plupart étant des hommes.

L’analyse en cluster permet d’inclure un grand nombre de données multiples, touchant à l’ensemble des caractéristiques de la maladie (44 variables recueillies chez chaque patient ont été inclues dans cette analyse).

Les résultats sont cohérents avec beaucoup d’études cliniques antérieures qui suggéraient que l’APF était de nature hétérogène ; l’analyse en cluster permet de confirmer, en excluant les biais, un certain nombre de facteurs de risque ; par exemple, le phénotype relié à une sensibilisation au soja ou à Alternaria (facteur de risque déjà connu d’asthme grave) suggère l’existence d’un mécanisme pathogénique spécifique.

La reconnaissance de ces différents profils devrait idéalement permettre de mettre en place des stratégies thérapeutiques spécifiques pour chaque phénotype.