Le syndrome du pancake, ou anaphylaxie orale aux acariens, reste un diagnostic clinique souvent méconnu. Ce cas japonais rappelle qu’en présence d’une réaction immédiate après ingestion d’un aliment à base de farine conservée longtemps à température ambiante, la recherche d’une contamination par les acariens peut être décisive, y compris avec un simple smartphone.

Une anaphylaxie alimentaire qui n’est pas une allergie au blé

Il existe des réactions alimentaires qui trompent facilement leur monde. Le syndrome du pancake en fait partie. Le tableau évoque d’abord une allergie alimentaire classique, alors que le problème ne vient pas nécessairement de la farine elle-même, mais de sa contamination par des acariens. Chez des patients déjà sensibilisés aux acariens domestiques, l’ingestion de farine stockée plusieurs mois à température ambiante peut ainsi déclencher une réaction sévère.

C’est précisément ce qu’illustre ce cas rapporté au Japon chez une adolescente de 12 ans ayant des antécédents de rhinite allergique. Après avoir consommé un takoyaki maison, préparé avec une pâte à base de farine de blé conservée à température ambiante pendant plusieurs mois, elle a présenté un gonflement des lèvres, une toux et une dysphonie. Peu après, sont apparus des éternuements, une rhinorrhée puis une gêne respiratoire franche, motivant un transfert aux urgences.

Un tableau clinique évocateur

À l’arrivée à l’hôpital (85 minutes après ingestion), la patiente était consciente mais hypoxémique, avec une saturation en oxygène dans les 80 % à l’air ambiant. L’examen retrouvait un érythème facial et tronculaire ainsi qu’un wheezing bilatéral. L’administration rapide d’adrénaline intramusculaire a permis une amélioration nette des signes respiratoires et cutanés, complétée par une corticothérapie IV.

Le bilan allergologique orientait loin d’une allergie au blé : IgE spécifiques blé/oméga-5 gliadine/gluten/poulpe négatives ou très basses, alors que les IgE spécifiques Dermatophagoides farinae et D. pteronyssinus étaient fortement positives. L’histoire clinique, l’absence d’arguments pour une allergie aux ingrédients habituels, la tolérance antérieure de farines non suspectes et le contexte de conservation prolongée rendait le diagnostic de syndrome du pancake très probable.

L’originalité du cas : un diagnostic appuyé par la photo macro d’un téléphone

L’intérêt particulier de cette observation tient à la manière dont la suspicion diagnostique a été confirmée. La farine incriminée a été examinée non pas d’emblée au microscope, mais avec le mode macro de l’appareil photo d’un iPhone 15 Pro : plusieurs acariens vivants ont pu être visualisés directement.

Un prick-to-prick a ensuite été réalisé avec différents aliments suspects : seule la farine utilisée pour le takoyaki était positive. L’examen microscopique secondaire a confirmé la présence de nombreux acariens vivants, identifiés comme D. farinae, avec une contamination très élevée.

Ce que cette observation change pour la pratique

Ce case report apporte un enseignement très concret : quand on suspecte un syndrome du pancake, l’examen macro d’un smartphone peut être une première étape simple, rapide et peu coûteuse avant un microscope ou un avis spécialisé.

Pour l’allergologue, le message est double : penser au syndrome du pancake devant une réaction immédiate après ingestion d’un aliment à base de farine chez un patient sensibilisé aux acariens, et interroger précisément les modalités de conservation des farines/mélanges (à température ambiante, emballage ouvert, durée de stockage).

Conclusion

Chez cette adolescente, l’association d’une histoire compatible, d’une sensibilisation marquée aux acariens, d’une tolérance antérieure au blé et de la visualisation rapide d’acariens dans la farine (smartphone) a permis de retenir le diagnostic de syndrome du pancake.