Les inhalateurs pressurisés de salbutamol sont devenus un symbole inattendu de la transition écologique. Leur efficacité n’est pas remise en cause, mais leur gaz propulseur, le HFA-134a, possède un fort pouvoir de réchauffement climatique. Une équipe internationale a évalué l’impact environnemental d’un futur inhalateur utilisant un nouveau propulseur, le HFA-152a, dont le potentiel de réchauffement est environ 90 % inférieur.
L’analyse du cycle de vie, depuis la fabrication jusqu’à la fin de vie de l’inhalateur, montre que l’essentiel de l’empreinte carbone des aérosols-doseurs provient du propulseur lui-même. Le remplacement du HFA-134a par le HFA-152a permettrait d’obtenir une empreinte carbone proche de celle des inhalateurs à poudre sèche (DPI) qui sont aujourd’hui à préférer en terme d’impact carbone, tout en conservant les avantages d’un aérosol-doseur pressurisé : utilisation avec une chambre d’inhalation, faible dépendance au débit inspiratoire et facilité d’emploi lors des exacerbations.
Cette stratégie est particulièrement intéressante pour le salbutamol, car les inhalateurs à poudre ne conviennent pas à tous les patients et la force de l’habitude de prescription pour cet "utilisateur magique" est telle qu’il faut le changer à l’intérieur sans le changer à l’extérieur. Par ailleurs, les jeunes enfants, les personnes âgées, les patients en exacerbation sévère ou ceux ayant un faible débit inspiratoire ne génèrent pas toujours le flux nécessaire au bon fonctionnement d’une poudre.
À ce jour, aucun inhalateur commercialisé n’utilise encore le HFA-152a. Plusieurs industriels, notamment AstraZeneca et Chiesi, développent des aérosols-doseurs utilisant ce propulseur à faible impact climatique, mais leur mise sur le marché nécessitera une validation réglementaire.
La même approche pourra être appliquée à de nombreux autres aérosols-doseurs pressurisés contenant des corticoïdes inhalés, des associations corticoïdes/LABA ou des bronchodilatateurs de longue durée d’action.
En revanche, elle ne concerne pas :
- les inhalateurs à poudre sèche (DPI), qui ne contiennent aucun propulseur ;
- les inhalateurs de type Soft Mist (Respimat®), qui utilisent une énergie mécanique et non un gaz propulseur.
Le principal défi n’est donc plus clinique mais pharmaceutique : le changement de propulseur impose de reformuler les suspensions ou solutions afin de conserver une granulométrie, une stabilité et une délivrance du médicament identiques. Le HFA-152a possède des propriétés physicochimiques différentes du HFA-134a ; chaque spécialité devra donc être redéveloppée et validée individuellement avant commercialisation.
Cette évolution pourrait permettre de réduire fortement l’empreinte carbone des traitements inhalés sans demander aux patients de changer de dispositif lorsque celui-ci est médicalement le plus adapté. Une transition écologique qui, pour une fois, ne devrait pas obliger les asthmatiques à retenir leur souffle.