Les maladies allergiques augmentent partout, et surtout chez l’enfant, et pèsent à la fois sur les patients, les soignants… et l’environnement. Cette prise de position de l’EAACI propose un cadre pratique pour accélérer deux transitions : numérique (mHealth, IA, objets connectés) et durable (réduction d’émissions, « green prescribing », circuits de recyclage). L’idée : soigner mieux, plus tôt, et plus “léger” pour la planète. (Note de l’auteur : je travaille actuellement à la mise à disposition d’une lancette pour tests cutanés allergologique qui limite notre impact lors de nos tests.
A strategic framework for digital and sustainabletransformation in allergy care : An EAACI position paper Gavriela Feketea and al.
Pour aller plus loin
Méthode
Document de position (Task Force) fondé sur :
- une analyse approfondie des données existantes et d’un débat sur des consensus dans trois domaines clés : la transformation numérique, la durabilité écologique et la coopération internationale ;
- une démarche de consensus avec un seuil minimal d’approbation (≥80 %) pour des propositions-clés, suivie de réunions (en ligne et en personne) pour évaluer la faisabilité et l’équité, avant la finalisation.
Résultats
- Trois priorités stratégiques :
- Digitaliser de manière utile : suivi des symptômes et du traitement, téléconsultation, intégration de données environnementales et outils d’aide au diagnostic (en veillant à la fiabilité clinique).
- Assurer une prise en charge plus durable : prescriptions « plus vertes » quand c’est pertinent (par exemple pour les inhalateurs), limiter les déplacements inutiles et mieux organiser l’élimination et le recyclage des dispositifs.
- Atténuer les disparités : outils faciles à utiliser et multilingues, conçus en collaboration avec les patients et bénéficiant d’investissements publics (infrastructures et accès au numérique).
- Exemples concrets cités :
- Faible taux de réutilisation des inhalateurs en situation réelle en raison d’une information insuffisante des patients ; en revanche, des programmes de récupération et de recyclage(type « postal ») démontrent leur faisabilité et leur impact positif sur l’empreinte carbone.
- Plateformes de suivi standardisées du type MASK-air (ARIA/EAACI) pour lier les données de « vraie vie » et les directives.
Discussion
- Atouts majeurs :
- Vision « système » : qualité des soins, efficience, durabilité et équité (logique ESG).
- Message très opérationnel : la durabilité commence par la base (technique d’inhalation, adhésion, prévention des exacerbations = moins de soins “lourds” et moins d’émissions).
- Limites :
- niveau de preuve hétérogène selon les outils digitaux ;
- besoin d’études dans les régions à ressources limitées ;
- obstacles structurels : cadre règlementaire, cybersécurité, interopérabilité des dossiers, pérennité des infrastructures.
- Risque de « fracture numérique » si l’accès n’est pas financé ou si les interfaces ne sont pas simplifiées.
Conclusion
Cette feuille de route EAACI met de l’avant une idée simple : la « modernisation » n’est pas un gadget, mais bien une stratégie de santé publique, à condition qu’elle reste clinique, mesurable et inclusive. Les ouvertures sont nettes : suivi en temps réel, triage plus rapide, données harmonisées, prévention des exacerbations, prescriptions plus durables. L’organisation est le principal défi à relever : sans interopérabilité, financement adéquat, règles de sécurité et accompagnement des patients, le numérique peut exacerber les inégalités au lieu de les atténuer.
Envie de réagir?