L’asthme est l’une des maladies chroniques les plus fréquentes pendant la grossesse, avec un taux de prévalence variant entre 10 et 17 % selon les pays et les définitions. Or, la grossesse brouille les repères : essoufflement « physiologique » fréquent, rhinite gravidique, modifications mécaniques (diaphragme ascensionné, baisse des volumes de réserve) qui ne devraient pas altérer en principe le VEMS ou la CVF. Résultat : on banalise parfois les symptômes d’asthme… et on allège le traitement à tort. Denton, E. and al. Asthma in Pregnancy. Allergy, 81 : 84-108.
Sur le même sujet :
- Asthme et grossesse : traite-t-on la mère ou le bébé ?
- Comment prédire la morbidité de l’asthme gravidique ?
- Grossesse et tabagisme passif chez la femme asthmatique : un écran de fumée
Méthode
- Mise au point centrée sur l’épidémiologie, la physiologie respiratoire de la grossesse, les exacerbations, les comorbidités et la “translation” des preuves thérapeutiques (ICS, LABA, OCS, biologiques)
- Appui sur de grandes bases médico-administratives, des cohortes, des méta-analyses et des registres (notamment pour les biothérapies), avec synthèses tabulées des facteurs de risque et des issues périnatales.
- Lecture des éléments clés : identifier des traits mesurables et traitables (obésité, diabète gestationnel, rhinite, anxiété/dépression, tabac, etc.) qui aggravent le contrôle et le pronostic.
Résultat
- Les épisodes de crise pendant la grossesse varient considérablement (entre 4 % et plus de 30 %) selon les critères de définition. Il est crucial d’unifier les critères pour comparer les pays et prendre des mesures appropriées.
- Les facteurs de risque bien établis sont les antécédents d’exacerbations, l’obésité, le tabagisme et le taux élevé d’éosinophiles dans le sang. Cependant, la baisse ou l’arrêt des médicaments ICS (OR d’environ 2,29) est le facteur de risque le plus crucial.
- Les comorbidités sont la “face cachée » des asthmes chez les femmes enceintes : celles-ci cumulent davantage obésité/diabète/anxiété-dépression, avec plus de recours aux soins.
- Les traitements ICS/LABA ont un profil de sécurité solide ; la non-observance est fréquente (jusqu’à des niveaux très élevés selon les études), et doit devenir une cible clinique prioritaire.
- Biothérapies : les données restent surtout observationnelles, mais une synthèse récente et un consensus international soutiennent la poursuite (omalizumab, anti-IL5/IL5R, dupilumab…) quand le bénéfice est persistant pour le tézépelumab.
Discussion
- Le cœur du problème est “humain” : la crainte (souvent infondée) des médicaments pousse à arrêter, alors que l’asthme non contrôlé expose mère et fœtus.
- Le FeNO peut aider à objectiver l’inflammation dans des contextes où la dyspnée est fréquente, mais la stratégie FeNO-guidée n’a pas démontré d’amélioration significative des résultats périnatals dans les essais cliniques.
- Approche pratique proposée : réviser souvent, vérifier la technique d’inhalation, sécuriser l’adhésion, traiter la rhinite, dépister/agir sur l’obésité et le diabète gestationnel, et anticiper le
risque.
Définitions :
- FeNO (NO expiré) : marqueur biologique de l’inflammation de type 2, qui permet d’évaluer l’inflammation bronchique et d’ajuster le traitement par ICS.
- Méthode Delphi : procédure structurée de consensus d’experts par questionnaires itératifs.
- Appariement par score de propension : technique des études observationnelles visant à limiter les biais de confusion.
Conclusion
Cette revue repositionne l’allergologue au cœur du suivi de la grossesse. Il y est question de pédagogie, d’objectivation (spirométrie/FeNO) et de stratégie « traits traitables » visant à réduire les exacerbations et les complications. Les limites restent celles des données disponibles (hétérogénéité des définitions, peu d’essais randomisés en grossesse, suivi infantile à long terme encore incomplet, notamment pour les biothérapies).
Envie de réagir?