6 avril 2026 ·  · 79 lectures

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La cessation ou la réduction de la prise de corticoïdes inhalés pendant la grossesse semble être un des facteurs de risque les plus élevés de crise d’asthme. Le message principal de cette étude est que le danger ne réside pas dans le traitement bien conduit, mais dans l’asthme mal contrôlé, avec ses conséquences sur la mère et le fœtus.

L’asthme est l’une des maladies chroniques les plus fréquentes pendant la grossesse, avec un taux de prévalence variant entre 10 et 17 % selon les pays et les définitions. Or, la grossesse brouille les repères : essoufflement « physiologique » fréquent, rhinite gravidique, modifications mécaniques (diaphragme ascensionné, baisse des volumes de réserve) qui ne devraient pas altérer en principe le VEMS ou la CVF. Résultat : on banalise parfois les symptômes d’asthme… et on allège le traitement à tort. Denton, E. and al. Asthma in Pregnancy. Allergy, 81 : 84-108.

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Méthode

  • Mise au point centrée sur l’épidémiologie, la physiologie respiratoire de la grossesse, les exacerbations, les comorbidités et la “translation” des preuves thérapeutiques (ICS, LABA, OCS, biologiques)
  • Appui sur de grandes bases médico-administratives, des cohortes, des méta-analyses et des registres (notamment pour les biothérapies), avec synthèses tabulées des facteurs de risque et des issues périnatales.
  • Lecture des éléments clés : identifier des traits mesurables et traitables (obésité, diabète gestationnel, rhinite, anxiété/dépression, tabac, etc.) qui aggravent le contrôle et le pronostic.

Résultat

  • Les épisodes de crise pendant la grossesse varient considérablement (entre 4 % et plus de 30 %) selon les critères de définition. Il est crucial d’unifier les critères pour comparer les pays et prendre des mesures appropriées.
  • Les facteurs de risque bien établis sont les antécédents d’exacerbations, l’obésité, le tabagisme et le taux élevé d’éosinophiles dans le sang. Cependant, la baisse ou l’arrêt des médicaments ICS (OR d’environ 2,29) est le facteur de risque le plus crucial.
  • Les comorbidités sont la “face cachée » des asthmes chez les femmes enceintes : celles-ci cumulent davantage obésité/diabète/anxiété-dépression, avec plus de recours aux soins.
  • Les traitements ICS/LABA ont un profil de sécurité solide ; la non-observance est fréquente (jusqu’à des niveaux très élevés selon les études), et doit devenir une cible clinique prioritaire.
  • Biothérapies : les données restent surtout observationnelles, mais une synthèse récente et un consensus international soutiennent la poursuite (omalizumab, anti-IL5/IL5R, dupilumab…) quand le bénéfice est persistant pour le tézépelumab.

Discussion

  • Le cœur du problème est “humain” : la crainte (souvent infondée) des médicaments pousse à arrêter, alors que l’asthme non contrôlé expose mère et fœtus.
  • Le FeNO peut aider à objectiver l’inflammation dans des contextes où la dyspnée est fréquente, mais la stratégie FeNO-guidée n’a pas démontré d’amélioration significative des résultats périnatals dans les essais cliniques.
  • Approche pratique proposée : réviser souvent, vérifier la technique d’inhalation, sécuriser l’adhésion, traiter la rhinite, dépister/agir sur l’obésité et le diabète gestationnel, et anticiper le
    risque.

Définitions :

  • FeNO (NO expiré) : marqueur biologique de l’inflammation de type 2, qui permet d’évaluer l’inflammation bronchique et d’ajuster le traitement par ICS.
  • Méthode Delphi : procédure structurée de consensus d’experts par questionnaires itératifs.
  • Appariement par score de propension : technique des études observationnelles visant à limiter les biais de confusion.

Conclusion

Cette revue repositionne l’allergologue au cœur du suivi de la grossesse. Il y est question de pédagogie, d’objectivation (spirométrie/FeNO) et de stratégie « traits traitables » visant à réduire les exacerbations et les complications. Les limites restent celles des données disponibles (hétérogénéité des définitions, peu d’essais randomisés en grossesse, suivi infantile à long terme encore incomplet, notamment pour les biothérapies).


Le mot de l'allergo

Chez la femme enceinte souffrant d’asthme, il y a un véritable risque de cesser son traitement par crainte qu’il affecte le bébé. Or, cette étude souligne plutôt que ce sont les crises d’asthme non maîtrisées qui représentent le plus grand danger pour la mère… et pour le fœtus. Les corticoïdes inhalés sont généralement sans danger et permettent d’éviter les exacerbations. Un suivi régulier est recommandé, notamment pour surveiller les « co-facteurs » qui peuvent aggraver l’asthme durant la grossesse : rhinite, tabagisme, surpoids, diabète gestationnel, anxiété, etc. Objectif : respirer mieux, pour deux.

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