L’étude publiée ici est originale et inédite.
La base de données qui en est à l’origine ne l’est pas moins. Moi-même j’ignorais son existence avant de mener mon enquête afin d’écrire ces lignes pour vous éclairer objectivement, comme seul le site allergique.org sait le faire.
Gagnons du temps : chacun sait que ce n’est pas mon genre de critiquer les travaux de mes confrères, n’est-ce pas Agnès (private joke) ? Je dois même dire que mon opinion initiale était assez favorable.
Le résumé traduit ci-dessus ouvre en effet une nouvelle voie bien différente des habituels rôles respectifs du patrimoine génétique et de l’environnement dans la genèse de la maladie asthmatique. Loin des antigènes recombinants et du rôle favorable ou pas d’un logis insalubre ou de la présence d’un pet (lire « animal domestique », en anglais), l’esprit du lecteur bascule dans le surnaturel, la psychiatrie, l’insolente psychosomatique, bref autant de domaines qui sont éloignés de nos préoccupations quotidiennes de cliniciens et d’experts en allergologie moléculaire.
Las ! Quelques recherches, et le bel édifice s’écroule…
Tout d’abord l’auteur principal exerce à Perth, mais après tout rien n’interdit, à notre époque, d’exploiter des données venues des antipodes, faute de travaux de recherche à mener dans un petit pays comme l’Australie.
C’est une cohorte d’environ 14000 femmes, incluses à l’occasion d’une grossesse survenue en 1991 ou 1992, qui constitue la base de données de l’étude longitudinale Avon. Ce nom dérive de la région anglaise s’étendant autour du fleuve Avon, lequel relie la ville de Bath à Bristol. Cette région administrative n’existe plus depuis 1996 : inutile de la rechercher sur une carte récente !
Lors de sa création par le gouvernement britannique en 1974, la région Avon était un reflet du monde ouvrier de l’ouest de l’Angleterre, d’ailleurs la région fut vite surnommée « Bristol travel-to-work area », autrement dit en traduction libre « grande banlieue où demeurent les ouvriers et employés modestes qui ne peuvent pas se payer un loyer à Bristol ». Autrement dit, le recrutement de cette population est biaisé par le niveau de vie des habitants. Ceci dit sans aucune idée de discrimination, mais plutôt comme indicateur de non représentativité d’une population moyenne d’Europe du nord.
On peut se demander quelle valeur réelle donner aux informations recueillies auprès de cette population par téléphone ou par courrier les années suivantes, car c’est bien ainsi que fonctionne l’étude familiale Avon… Sans faire d’élitisme, à quoi donc renvoie le mot « asthme » selon la catégorie socioprofessionnelle ? Déjà qu’entre médecins… mais passons !
« L’étude longitudinale des parents de l’ancienne région d’Avon dont la femme était enceinte en 1991 ou 1992, et des enfants nés de ces grossesses menées à terme » porte aussi en Angleterre le nom plus rapide à dire de « Children of the 90s » soit « Enfants des années 90 ».
Le lecteur attentif, et il y en a, aura observé que ces enfants avaient 7 ans ½ vers l’année 1998. L’auteur n’a pas été pressée (oui, c’est une femme, ceci dit sans misogynie aucune) de publier ses travaux : il aura fallu pas moins de 10 ans pour lire les conclusions que vous connaissez, l’article ayant été soumis à la lecture en octobre 2008.
Depuis cette date, les articles se sont multipliés, dans différentes revues, à croire que les données britanniques n’attendaient qu’un Dr Indiana Jones pour être enfin exhumées et exploitées. Qu’on en juge plutôt à la lecture des titres, authentiques et en rapport avec la fameuse étude que vous me permettrez de nommer « Avon » pour faire court.
Février 2009 : « Les mères exposées à plus de soleil en fin de grossesse ont des enfants de taille plus grande et dont les os sont plus denses que celles accouchant pendant des mois moins ensoleillés ». Permettez-moi de sourire : ceux qui sont déjà allés en Angleterre me comprendront et riront également sous cape et sous un parapluie.
Mars 2009 : « Les enfants qui regardent la télévision plus de 2 heures par jour ont un risque doublé de déclencher un asthme ». Je vous jure que je n’invente rien ! Même les familles ouvrières ont un téléviseur, ce qui prouve le dynamisme économique de la perfide Albion.
A ce stade (dépourvu de hooligans) de la réflexion, j’ai regardé de plus près la moindre ligne de l’article, et mon opinion finale fut déterminée par deux éléments majeurs.
D’abord, au paragraphe « résultats », on peut noter que ceux-ci ont été « ajustés » afin de ne pas tenir compte des données susceptibles de fausser le résultat final. En mathématiques des statistiques, c’est ce que signifie le mot « confounder » utilisé par l’auteur, laquelle prend des précautions quand on sait qu’un synonyme de ce mot, difficile à trouver dans le contexte, est par exemple « lurking variable » qui se traduit par « paramètre caché » et mène à des « spurious relationships ». Quand je vous dirai que « spurious » est l’adjectif qui qualifie la fausse monnaie, vous m’aurez compris.
Pour faire simple de nouveau, on peut résumer cela par « on a éliminé les résultats qui ne correspondaient pas à notre attente ». Joli !
Ensuite, le titre initial de l’article, modifié ensuite, concernait le stade tardif de la grossesse, les résultats étant discordants en cas de stress avéré aux deux termes de 18 et 32 semaines. Il eut été un peu exagéré peut-être de voir un rôle protecteur du stress au deuxième trimestre de la grossesse…
Enfin, sachez que l’index psychiatrique publié en 1966 et dénommé « Crown-Crisp Index », utilisé ici, ne concerne pas les histoires croustillantes (crisp) de la couronne (crown) britannique, chères à nos amis d’outre-Manche, mais est simplement le nom de famille des deux psychiatres qui l’ont inventé. Ou plus précisément baptisé de leur nom, reprenant à leur compte l’ancien « Middlesex Hospital Questionnaire » en n’y changeant qu’un ou deux détails seulement… Pardon ? Oui, en effet, cela s’appelle un plagiat ! Quoi qu’il en soit, ce test de réponse à 48 questions a une excellente sensibilité et une non moins bonne spécificité, de l’ordre de 75 à 80 % selon les études. Voilà qui renforce la crédibilité du lien entre angoisse de la femme enceinte (on jurerait du Claire Bretécher) et asthme de l’enfant à venir…
Pour voir, j’ai réalisé ce test en toute impartialité, répondant sans détour aux 48 questions qui ont le mérite d’être simple : par exemple, « avez-vous le vertige ? » ou bien « détestez-vous sortir seul à l’extérieur ? »
Il en découle que j’ai une tendance paranoïaque et obsessionnelle. N’importe quoi ! Je me demande bien pourquoi je relis pour la centième fois ces lignes afin d’y dépister une erreur fâcheuse qui me vaudrait les lazzi ou les quolibets de mes confrères.
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