Théorie hygiéniste : mythe ou réalité ?

lundi 5 décembre 2011 par Dr Cécilia Nocent1594 visites

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Théorie hygiéniste : mythe ou réalité ?

Théorie hygiéniste : mythe ou réalité ?

lundi 5 décembre 2011, par Dr Cécilia Nocent

Effets d’une ou plusieurs infections sur l’atopie et les sifflements chez les enfants : Neuza Maria Alcantara-Neves, Rafael Valente Veiga, Vitor Camilo Cavalcante Dattoli, Rosimeire Leovigildo Fiaccone, Renata Esquivel, Álvaro Augusto Cruz, Philip John Cooper, Laura Cunha Rodrigues, Maurício Lima Barreto

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - 31 October 2011 (10.1016/j.jaci.2011.09.015)

- Contexte  :

  • L’épidémie actuelle d’asthme et d’atopie a été expliquée par une altération de la réponse immunitaire secondaire à la diminution des infections dans l’enfance.
  • Pourtant, les conclusions des études épidémiologiques s’intéressant à l’association entre infection et atopie et infection et asthme ne sont pas si claires.

- Objectif :

  • Nous cherchons à étudier l’effet d’une ou plusieurs infections sur l’atopie et les sifflements chez des enfants citadins d’Amérique latine.

- Méthodes :

  • Les IgE spécifiques des aéroallergènes et la réactivité des tests cutanés pour les allergènes locaux les plus courants ont été mesurés chez 1128 enfants âgés de 4 à 11 ans.
  • Les informations sur les sifflements et les facteurs confondants ont été obtenus par questionnaire.
  • Les infections concernant 8 agents pathogènes sont explorées par sérologies et examens directs.
  • Les associations entre sifflements, terrain atopique et infections uniques ou multiples sont analysées par régression logistique.

-  Résultats :

  • Les résultats négatifs concernant Toxoplasma gondii étaient associés à un taux élevé d’IgE spécifiques (>0.70kU/L) alors que les résultats négatifs pour Ascaris lumbricoides, T gondii, herpes virus simplex, et EBV étaient associés à une réactivité importante aux tests cutanés.
  • Les enfants avec des marqueurs de 3 infections ou moins avaient une prévalence plus élevée d’IgE spécifiques ou de tests cutanés positifs que les enfants ayant des marqueurs positifs pour au moins 4 infections.
  • Cependant, les infections prouvées n’étaient pas associées à la prévalence des sifflements d’origine atopique ou non.

- Conclusion :

  • Cette étude semble montrer que l’hypothèse hygiéniste s’applique dans les villes d’Amérique latine mais son expression concerne uniquement le statut atopique des patients et pas la perception des symptômes d’asthme.

Cette étude est intéressante car elle essaye de prouver scientifiquement la valeur de l’hypothèse hygiéniste qui est actuellement avancée pour expliquer l’épidémie d’asthme et d’atopie.

Effectivement, on admet actuellement que l’amélioration des conditions d’hygiène et de la prise en charge préventive et thérapeutique des infections explique au moins en partie l’augmentation des atopiques et de l’asthme. On considère que la différenciation des lymphocytes se fait plus du côté Th2 (atopie) que du côté Th1 (infection) du fait de ces modifications de notre environnement. Cette théorie nommée « théorie hygiéniste » est acceptée par beaucoup mais a encore besoin d’être prouvée.

Cette étude essaye donc de confirmer ou infirmer cette hypothèse. Le design complet de l’étude serait intéressant à lire mais je n’ai pas eu accès au texte complet. On ne sait pas si les enfants testés sont recrutés de façon aléatoire (dans des écoles ou autre) ou s’ils ont été sélectionnés sur d’autres critères. La liste complète des agents infectieux testés n’est pas non plus connue. On sait que les enfants présentent de nombreuses infections virales. Cependant il est intéressant de voir que les enfants ayant le moins de marqueurs d’infection positifs sont ceux qui ont le plus de marqueurs biologiques ou cutanés d’atopie mais que cette relation ne sort pas avec les symptômes d’asthme. Peut-être faudrait-il un échantillon plus important d’enfants ?

La lecture de cette étude nous donne envie de retrouver d’autres études ayant le même objectif afin de confirmer les hypothèses physiopathologiques que nous adoptons actuellement.