Allergie au lait de chèvre et de brebis sans allergie au lait de vache. : S. Ah-Leung1, H. Bernard1, E. Bidat2, E. Paty3, F. Rancé4, P. Scheinmann3, J. M. Wal1
1Laboratoire d’Immuno-Allergie Alimentaire INRA, CEA-Saclay, Gif sur Yvette ; 2Hôpital Ambroise Paré, Boulogne, Assistance Publique-Hopitaux de Paris, Paris ; 3Hôpital Necker-Enfants-Malades, Assistance Publique-Hopitaux de Paris, Paris ; 4Hôpital des Enfants, Toulouse, France
dans Allergy 61 (11), 1358-1365
– Contexte :
- L’allergie au lait de vache (LDV) est la cause la plus fréquente de l’allergie alimentaire chez les enfants en bas âge.
- La plupart des enfants qui sont allergiques au LDV sont également sensibilisés aux protéines de lactalbumine et/ou à la fraction de caséine et bon nombre d’entre eux ne peuvent tolérer ni le lait de chèvre ni celui de brebis (LCM).
- Réciproquement, les allergies au LCM qui ne sont pas associées à une réactivité croisée au LDV sont rares.
– Méthodes :
- Vingt-huit enfants qui ont eu des réactions allergiques sévères, y compris anaphylactiques, après consommation de LCM mais qui toléraient le LDV ont été recrutés dans une étude rétrospective.
- A partir du LDV et du LCM, on a fractionné la caséine et les protéines de lactalbumine entières.
- La β-lactoglobuline et les différentes caséines ont été isolées, purifiées et utilisées pour réaliser des tests enzymatiques allergosorbent (EAST) et des tests d’inhibition d’EAST avec les sérums des enfants allergiques.
– Résultats :
- Les observations cliniques, les tests cutanés et les tests de liaison des IgE ont confirmé le diagnostic d’allergie au LCM sans allergie associée au LDV.
- Les déterminations EAST ont démontré que l’allergie au LCM impliquait la fraction de caséine et pas les protéines de lactalbumine.
- Les caséines du lait de la vache n’étaient pas du tout ou mal reconnues par les IgE des patients, alors que αS1-, αS2- et les β-caséines de LCM étaient identifiés avec une spécificité et une affinité élevées.
- Dans tous les cas, des concentrations croissantes de caséines de LDV n’ont pas inhibé les liaisons des IgE des patients aux caséines de lait de brebis ou de chèvre, tandis que cette liaison a été complètement inhibée par des caséines de LCM.
– Conclusions :
- Les caractéristiques de l’allergie au LCM diffèrent de celles de l’allergie au LDV en ce qu’elle affecte des enfants plus âgés et apparaît plus tard.
- Les produits à base de LDV ne déclenchent aucune manifestation clinique chez les patients allergiques au LCM, tandis que les patients allergiques au LDV, réagissent habituellement de façon croisée au LCM.
- Pour tous les enfants allergiques au LCM, les anticorps IgE ont « reconnu » les caséines mais pas les protéines de lactalbumine.
- De plus, l’affinité et la spécificité des liaisons IgE - LCM était élevée tandis qu’elles étaient faibles pour les liaisons IgE- caséines de LDV en dépit d’une homologie de séquence marquée.
- Les médecins et les individus allergiques devraient être informés que l’allergie au LCM exige une éviction stricte du LCM et des produits dérivés du lait de chèvre et de brebis en raison du risque de réaction sévère en cas d’ingestion des aliments incriminés, même à très faible dose.
Envie de réagir?